Face au Palais Garnier, la boutique Camper fait peau neuve grâce à Piovenefabi
La boutique Camper rouvre ses portes face à l’Opéra de Paris, avec un nouveau design conçu par l’agence italienne Piovenefabi.
Quand on pense à Paris, on pense à Georges-Eugène Haussmann, fonctionnaire et baron qui est entré dans l’histoire pour avoir conçu le Paris moderne et, ce faisant, détruit le Paris médiéval. Sous sa direction, et à la demande de Napoléon III, 60 % de la ville a été réaménagée selon une série de directives très précises : des murs en calcaire, des rosaces, des moulures et une hauteur uniforme permettant de prendre comme points de repère des édifices tels que le Palais Garnier (conçu par Charles Garnier selon ce même plan). Près de 200 ans plus tard, les rues et les bâtiments construits à cette époque dessinent le profil de la deuxième ville la plus visitée au monde.
C’est justement à côté de l’Opéra Garnier que l’on découvre un petit coin de Majorque. Depuis des années, la boutique de la marque Camper située sur la place se détache dans ce paysage monumental comme un fleuron du design contemporain. Pour cette raison, l’inauguration de son nouvel aménagement intérieur, réalisé par les architectes italiens de Piovenefabi (Ambra Fabi et Giovanni Piovene), a constitué un véritable événement lors de la semaine de la mode de Paris 2026.

La structure en bois proposée par Piovenefabi perd son aspect matériel grâce à la peinture, qui se fond dans les façades extérieures.
© Alexis Armanet.Avec un ADN marqué par l’innovation – rares sont les marques qui peuvent aujourd’hui se vanter d’avoir des boutiques toutes différentes les unes des autres –, Camper fait à nouveau appel à Piovenefabi pour transformer l’un de ses points de vente les plus emblématiques. Les Italiens ont fait leurs débuts dans le monde du commerce de détail en 2022, précisément aux côtés de la maison majorquine, en concevant l’une de ses boutiques à Rome. « Jusqu’à maintenant, nous n’avions jamais conçu de magasin », expliquent Ambra Fabi et Giovanni Piovene. « En tant qu’architectes, nous concevons des bâtiments, nous travaillons à une échelle bien plus grande, mais nous ne sommes pas à proprement parler des architectes d’intérieur, ce n’est pas notre spécialité. »
Deux niveaux et un miroir donnant sur la rue
Dans cette deuxième aventure commune, Piovenefabi devait relever le défi de réaménager une boutique située dans un cadre emblématique. L’inspiration leur est venue de deux sources distinctes. D’une part, le paysage urbain environnant : « Nous avons l’aspect théâtral du bâtiment, tant par sa façade que par le fait qu’il s’agisse d’un opéra, d’un théâtre. De plus, il a été au cœur de la transformation haussmannienne de Paris à la fin du XIXe siècle », raconte Giovanni. D’autre part, le magasin Camper de Rome, où tous deux ont conçu une pièce dans une autre pièce, avec des étagères peintes à la main en rose pâle. « Ce sont deux déclinaisons d’une même idée, mais radicalement différentes au final », ajoute Ambra.

Professeurs à l’École nationale supérieure d’architecture de Marne-la-Vallée Paris Est, Ambra Fabi et Giovanni Piovene partagent leur temps entre Bruxelles et Milan.
© Alexis Armanet.Ici, ce principe se répète. Une structure en bois assemblée délimite les espaces du magasin : vitrines, présentoirs et caisse. Les étagères, courbes et sinueuses, ne touchent ni le plafond ni les murs adjacents, donnant un effet « poupées russes ». La partie inférieure cache un espace de rangement, tandis que les miroirs verticaux pivotants agrandissent l’espace tout en remplissant leur fonction première. « Pour moi, qui ne suis ni Parisien ni Français, la quantité de miroirs utilisés dans la ville me semble impressionnante », commente Giovanni. « C’est très typique des bistrots, des cafés ; on y utilise souvent des miroirs inclinés, de manière à offrir une vue d’ensemble sur les clients. C’est comme une vitrine sur les personnes assises. Je trouve que c’est une idée très XIXe siècle. »
Pour accentuer encore davantage l’impression d’être à la fois à l’intérieur et à l’extérieur d’une scène – comme c’est le cas à l’opéra –, un miroir incliné situé en haut du magasin, dès l’entrée, reflète le paysage urbain et empêche de voir l’étage supérieur, réservé à l’entrepôt. « L’ancienne conception masquait la partie supérieure de la baie vitrée [qui fait office de vitrine] ; nous l’avons réhabilitée pour laisser passer la lumière et faire en sorte que la première chose que l’on voie en entrant, si l’on lève les yeux, soit l’endroit d’où l’on vient », précisent les architectes. Par temps clair, comme ce fut le cas le 28 septembre dernier, à quelques heures de l’inauguration officielle, on pouvait voir le ciel de Paris se refléter dans son intégralité.

© Alexis Armanet.
La couleur de base de la structure imite celle de la façade extérieure des bâtiments, de sorte que, de l’extérieur, on ne voit que les lignes peintes à la main en rouge et jaune, ainsi que les chaussures emblématiques de la marque. « L’idée était de faire en sorte que tout disparaisse et que seules les lignes définissent cette nouvelle architecture », explique le studio. Le processus de conception du motif n’a pas été simple : réalisé de manière artisanale, il a dû faire l’objet de plusieurs essais à l’échelle 1:1. « Le fabricant nous a demandé de le reproduire sous forme imprimée, mais après l’avoir testé, nous nous sommes rendu compte que cela faisait complètement perdre la sensation de la finition. Pour nous, il était important d’ajouter cette dimension humaine que représentent les imperfections. » En effet, l’une des principales sources d’inspiration de leur pratique est l’anti-design italien, avec Superstudio (1966-1978) et Achizoom (1960-1970). Ces deux groupes se sont opposés au rationalisme, s’inspirant de l’Art nouveau et de l’Art déco et développant des idées pour parvenir aux villes utopiques du futur.
Article initialement publié dans AD Espagne.