Fête nationale: le discours du Roi Philippe plus politique qu'il n'y paraît
Sur la forme, le discours est très classique. Enregistré dans le bureau du Roi au Palais de Bruxelles, il ne cherche pas l'effet de surprise. Mais derrière cette sobriété se cache une intervention plus politique qu'il n'y paraît.
Philippe dresse le portrait d'un pays confronté à une accumulation de crises : la canicule meurtrière, la fragilité des finances publiques, les tensions sociales, les guerres, le dérèglement climatique ou encore les fractures de la société. Son fil conducteur est incontournable, presque martelé : face à ces défis immenses, la Belgique ne pourra tenir qu'en renforçant sa cohésion.
Le Roi Philippe appelle à la cohésion: "Nous appuyer sur ce qui nous unit, plutôt que sur ce qui nous divise"Le Roi pose une exigence aux politiques
Le chef de l'État reconnaît la nécessité des efforts budgétaires pour réduire le déficit, maîtriser la dette et financer la Défense. Il ne remet évidemment pas en cause les réformes engagées par le gouvernement fédéral, qui est appelé à trouver encore 10 milliards d'euros d'économies. En revanche, il pose l'exigence que ces efforts soient menés "dans la concertation et dans un esprit d'équité". À sa manière, Philippe invite les responsables politiques à privilégier le dialogue, le respect mutuel et la recherche de solutions structurelles.
Cette volonté de renforcer la cohésion, le Roi l'illustre par sa première mission économique organisée en Belgique, qui l'a conduit avec des chefs d'entreprise en Flandre puis en Wallonie. Son initiative démontrerait que les Régions ont davantage à gagner en travaillant ensemble qu'en s'ignorant. En évoquant ensuite la coopération entre les services publics de l'emploi et une plus grande mobilité des travailleurs entre les Régions, il plaide pour une Belgique plus intégrée sur le plan économique. Une manière de rappeler que les grands défis du pays ne se relèveront pas dans le repli communautaire mais par davantage de coopération.
Présence remarquée du Roi Philippe au Grand Prix de Belgique F1 à Spa-FrancorchampsLe Roi accorde une attention particulière à ceux qui se trouvent en première ligne des crises. Il ouvre son allocution sur les victimes de la vague de chaleur, rappelant que les personnes âgées, précarisées ou isolées en paient le prix le plus lourd. Il se tourne ensuite vers l'école, éprouvée par des mois de tensions sociales, en appelant au retour de la sérénité et du respect mutuel entre tous les acteurs.
En vue du débat sur l'euthanasie
L'un des passages les plus personnels concerne les personnes atteintes de troubles cognitifs, et ceux qui les entourent au quotidien. Depuis près d'une décennie, Philippe fait de la démence l'un de ses principaux engagements. Ses nombreuses visites de maisons de soins, ses rencontres avec les patients atteints d'Alzheimer, les aidants proches et les professionnels, les tables rondes organisées au Palais ainsi que son soutien à la toute nouvelle Dementia Alliance Belgium témoignent d'une réelle implication.
"Dans une époque qui valorise l'autonomie de l'individu et la performance", le Roi invite à mesurer la force d'une société à la manière dont elle traite les plus vulnérables. Son appel à davantage "d'humanité et de tendresse" résonne d'autant plus que les questions de l'accompagnement des personnes atteintes de démence et, plus largement, de la fin de vie reviendront à l'agenda politique dans les prochains mois.
Le Roi Philippe et la Reine Mathilde à Libramont ce mercredi 22 juillet pour découvrir les préparatifs de la FoireEnfin, le Roi élargit son propos aux grands défis internationaux. Sans citer explicitement les conflits ou les belligérants qui déchirent aujourd'hui le monde, il condamne les violations du droit international et plaide pour un multilatéralisme fort. Il refuse également que les crises géopolitiques fassent oublier les autres urgences mondiales, telles que la pauvreté, le dérèglement climatique, l'effondrement de la biodiversité ou l'épuisement des ressources naturelles.
Fidèle à sa philosophie, le roi Philippe rappelle que la Belgique ne pourra traverser les crises actuelles qu'en cultivant la concertation, l'équité et ce qu'il appelle lui-même la "faculté de faire société".
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.