Football. « Le plus gros danger pour lui est à l'intérieur de la Fifa » : Infantino, une victoire en clair-obscur ?

Football. « Le plus gros danger pour lui est à l'intérieur de la Fifa » : Infantino, une victoire en clair-obscur ?

Il est apparu tout sourire, furtivement, aux côtés de son N.2 Mattias Grafström. L’espace d’un instant, mercredi à Fès (Maroc) lors du match de CAN féminine entre le Malawi et la Zambie, Gianni Infantino a semblé bien loin de la tornade qui secoue la Fifa depuis dix jours, après le projet avorté d’ouvrir ses compétitions à des investisseurs privés.

Il faut dire que plus tôt dans la journée, les prémices d’une grande réconciliation familiale s’étaient dessinées, près de Rabat lors d’une réunion de crise de l’instance mondiale. Lâché par plusieurs de ses soutiens la semaine dernière, dont Grafström, le Suisse a tenté de resserrer les rangs et contre-attaqué ceux qui souhaitent sa chute.

« S’il y a des éléments probants contre lui dans l'affaire Balogun, ça va être très difficile de s’en sortir »

Un mea culpa, d’abord, reconnaissant que « des erreurs ont été commises après la fuite de la proposition dans les médias. Des excuses ont été présentées pour ces erreurs, assorties d’un engagement à veiller à ce qu’elles ne se reproduisent plus. » Une offensive, ensuite, arguant que « les membres du Conseil de direction de la Fifa présents ont réaffirmé leur plein soutien à Gianni Infantino » et que l’instance « ne tolérera plus aucune attaque contre son intégrité, sa bonne gouvernance et ses procédures équitables et prendra toutes les mesures nécessaires pour protéger et sauvegarder son nom et sa réputation. »

Pour Infantino, qui a subi un pressing tout-terrain pour sa démission, ce raccommodement lui permet de remettre le pied sur le ballon. Ou presque ? « Derrière Infantino, il y a surtout Infantino lui-même, image Antoine Duval, chercheur senior à l’institut Asser et spécialiste du droit international du sport. Ce qu’on peut noter, c’est qu’il y a des affaires qui sortent depuis l’intérieur de la Fifa et c’est le plus gros danger pour lui. On peut citer l'information selon laquelle il a voulu sponsoriser le projet de Superligue européenne en 2021 et on peut se demander si l’affaire Balogun (pendant le Mondial, la suspension de l’attaquant américain avait été levée par la Fifa après intervention de Donald Trump, ndlr) ne va pas remonter tôt ou tard. S’il y a des éléments probants contre lui dans cette affaire, ça va être très difficile de s’en sortir. »

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Absence de contre-pouvoir

Les excuses de la nuit de mercredi à jeudi n’ont en tout cas pas convaincu l’UEFA, qui a annoncé maintenir son boycott des compétitions de la Fifa. Histoire de pousser encore davantage pour la démission du Suisse ? « Il n’est pas prêt à partir de lui-même, constate Antoine Duval. Avec ce communiqué, il met au défi les fédérations nationales qui souhaitent le voir partir de le faire lors de l’élection de mars 2027. »

La confédération européenne doit d’abord faire comme Infantino : compter ses partisans. Elle n’a pas le droit à l’erreur et c’est d’ailleurs pour cela qu’elle hésite encore à convoquer un congrès exceptionnel pour proposer une motion de censure à l’encontre du président de la Fifa. « Si une majorité ne se dessine pas, Infantino en sortira renforcé », explique Antoine Duval.

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Car avec le principe d’une voix par fédération membre de la Fifa (211 au total), le rapport de forces est assez peu perceptible et n’importe quelle petite instance dans le monde, suffisamment soudoyée, peut faire basculer un vote. Ce qui doit poser, selon Antoine Duval, la question de la gouvernance de la Fifa au-delà même du président, lequel a mis ses œillères sur le sujet : « Il n’y a pas de contre-pouvoir au sein de la Fifa et le processus y est très antidémocratique. Les commissions d’éthiques et disciplinaires ne sont pas indépendantes, leurs membres peuvent être virés par les instances exécutives de la Fifa. Infantino à l’origine, c’est un avocat suisse gris que personne n’aurait imaginé en dictateur il y a dix ans. Donc on peut très bien le remplacer par un autre profil qui, si rien ne change, aura toujours le contrôle de l’organisation quasiment de manière dictatoriale, en faisant du clientélisme. »

C'est en ce sens que la puissante FIFPro, syndicat international des joueurs, a dénoncé jeudi dans un communiqué au vitriol « un abus profond du pouvoir présidentiel », pointant du doigt la gestion de crise de l'organisation mondiale : « Le plus révélateur est l'insistance de la Fifa, malgré les ''erreurs'' qu'elle admet, à dire que tout a été fait ''en totale conformité avec le cadre réglementaire de l'instance''. Si c'est vrai, ce n'est pas une défense, c'est une condamnation du cadre de gouvernance actuel. »

L'UEFA aura tout intérêt à se saisir de ce sujet dans sa campagne anti-Infantino, qu'elle passe par une motion de défiance ou par les élections de 2027. Car il sera vraisemblablement crucial dans le football de demain.

La politique peut-elle s'inviter dans les débats ?

L'affaire déclenchée il y a maintenant dix jours a suscité plusieurs réactions politiques, les Premiers ministres britannique et canadien ayant notamment exprimé leur défiance à l'égard de Gianni Infantino. Si Emmanuel Macron a oeuvré en coulisses selon les informations de L'Equipe, le président français n'a pas pris position publiquement, pas plus que Donald Trump, pourtant très sollicité par Gianni Infantino pour prendre sa défense. 

« Pour le moment, la politique s'est très peu investi, constate Antoine Duval. Elle avait d'ailleurs plus réagi au moment de la Superligue. L'Union européenne pourrait être le cadre d'une action de régulation, pour encadrer, démocratiser et augmenter la transparence dans les organisations sportives internationales. Car les états eux-même sont, face à ces organisations, dans des relations très inégales, très asymétriques. »