France : critique vue à la TV
Par Simon Riaux
13 octobre 2026
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Bruno Dumont quitte le nord de la France pour Paris et son microcosme médiatique. Avec France, il suit France (Léa Seydoux), journaliste star d’une grande chaîne de télévision, dont le quotidien artificiel va se lézarder jusqu’à tout à fait exploser. Présenté à Cannes, le long-métrage y a été reçu avec intensité, clivant une presse pour partie décontenancée par une proposition aussi inclassable qu’inconfortable notamment nous dans notre premier avis.
La critique de France a été remise en avant pour sa diffusion sur France 4 ce 13 octobre
© ARP Sélection
PRESSE PEUPLE
Manipulant les grands-messes qui lui tiennent lieu de reportage, entourée d’un aréopage de courtisans en tout genre, encadrée par une manageuse plus toxique qu’une marée noire et méprisée par son mari, la star des écrans évolue dans un nuage numérique qu’elle paraît ne jamais saisir, dont elle triomphe sans jouir de rien. Dès ses premières scènes, et une conférence de presse présidentielle factice jusqu’au moindre de ses photogrammes, le ton est donné.
Quelque chose sonne faux, ne cesse jamais, au gré des séquences et de leur faux rythme, de dévisser, inexorablement. Et pour cause, l’univers dans lequel se déroule l’action se compose exclusivement de faux semblants. Conscient que les stars hertziennes telles que France ont déjà disparu, que la gloire télévisée se fane, Bruno Dumont en profite pour reconstruire un portrait délirant, aux airs de monstres de Frankenstein. Là où un Michel Denisot se plantait cosmiquement en ne trouvant jamais le ton de son Toute ressemblance…, il effectue un geste plus malin, plus pervers.

Il est palpable dès l’écriture de France, avec laquelle le spectateur ne sait pas initialement sur quel pied danser. Virginale et crapoteuse, boulimique d’attention, mais pas véritablement cynique, addicte aux flash étonnamment lumineuse, elle déjoue notre regard et celui de la caméra tant grâce au scénario qu’à travers la précision du jeu de son interprète.
France n’est pas tant une dénonciation des saints médiatiques que la constatation d’une vérité plus inquiétante. Peut-être n’ont-ils jamais existé, ce qui autorise le cinéaste à créer un monstre de fiction, et par là même nous tendre le miroir de nos fantasmes d’identification. Ce n’est évidemment pas un hasard si le réalisateur a demandé à son chef opérateur, David Chambille, de composer une image qui évoque le roman photo (ainsi qu’il le détaille dans un passionnant entretien accordé à l’AFC). Un genre déprécié pour sa supposée bêtise, moqué pour sa vulgarité aux petits pieds. Le film conserve son étrange brillance, sa qualité figée, réceptacle creux de nos chimères de gloire javellisée.

ON VIT DANS UNE SOCIÉTÉ DU SPECTACLE
Comme dans Ma Loute, mais avec une jubilation froide, l’auteur laisse tout se désagréger, à mesure qu’il enchaîne les faux gags, la monstration de mécanismes outrés. Comme s’il dégustait un menu gastronomique passé à la sableuse, le spectateur crisse des dents alors qu’aucune échappatoire ne lui est proposée. Juste un malaise de plus en plus intense, qui n’est en rien entamé par la tentative de rédemption de son héroïne.
Usant du talent de Léa Seydoux autant que de son image, de ce qu’elle symbolise comme de l’aversion qu’elle génère chez une frange du public, le film grossit évidemment le trait de son obscénité, pas tant pour établir une dénonciation en règle du cirque médiatique, que pourscruter la fausseté venimeuse du régime du tout image. Et si obscénité il y a bien du côté de ceux qui orchestrent le grand récit du monde, elle réside avant tout dans l’oeil de celui qui accepte d’être guidé par eux.

C’est là que gît la provocation véritable du film, ce qui achève de le rendre si plaisamment mal-aimable : sa capacité à nous confronter aux idoles que nous n’avons pas encore abattues. Expérience désagréable, mais passionnante, France souffre néanmoins du désir de Dumont d’abattre parfois ses cartes trop fort, trop vite.
Quand il évoluait dans le domaine de la farce, avec P’tit Quinquin, ou de la comédie musicale azimutée, ses coups de marteau filmiques soutenaient avec force des projets périlleux. Ici, son désir de toujours tout faire exploser, séquence après séquence, de scander un discours fort et jusqu’au-boutiste, mais in fine relativement simple, entame trop le tempo du film pour que ce dernier ne paraisse pas trop démonstratif dans son dernier tiers.
Et quand Blanche Gardin assène avec gourmandise « le pire, c’est le mieux », on ne peut s’empêcher de regretter que le metteur en scène ne laisse pas son image parler pour certains de ses protagonistes, tant celle-ci est plus efficiente et accomplie que certains dialogues aux airs de démonstration de philo expédiée.

Rédacteurs :
Décoction au vitriol jetée au visage des saints médiatiques, France est également (surtout) une remise en question cruelle de nos propres fantasmes de gloire et de nos superstitions de papier glacé. Inconfortable, parfois un peu bourrin, mais salvateur.
Autres avis
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Alexandre Janowiak
France se rêve en satire pertinente sur le monde des médias, mais tend plutôt rapidement vers le drame grotesque, complètement imbu de lui-même. Avec une bonne heure de trop, le film est une interminable farce grandiloquente, moche de surcroît, extrêmement répétitive et où tout sonne faux. A éviter.
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