France: il y a trente ans, l'expulsion violente des sans-papiers de l'église Saint-Bernard
Il y a trente ans jour pour jour, le 23 août 1996, plus de 300 familles, avec de nombreux enfants, réfugiées dans l’église Saint-Bernard à Paris (XVIIIe arrondissement) sont violemment expulsées par les forces de l’ordre. Le bâtiment est pris d’assaut et les portes de l'église sont fracassées à coups de hache. Les occupants, sans-papiers, sont aspergés de gaz lacrymogènes avant d’être jetés à la rue ou mis en centre de rétention.
Publié le : 23/08/2026 - 07:18Modifié le : 23/08/2026 - 09:23
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Les images avaient marqué dans le monde entier : les forces de l'ordre forçant l'entrée de l'église Saint-Bernard, en plein Paris, pour y déloger des familles à la rue. C'était le 23 août 1996, dans la capitale de la France, il y a trente ans jour pour jour. Au total, 300 hommes, femmes et enfants sans-papiers avaient décidé d'occuper l'édifice, avec le soutien du curé de la paroisse, Henri Coindé.
Les coups de hache dans la porte de l'église Saint-Bernard hantent encore sa mémoire. Auprès de Laurence Théault de RFI, Moussa se souvient très bien de la violence de l'évacuation des 300 sans-papiers qui occupaient l'église pour demander leur régularisation. « Ça m'a beaucoup marqué parce qu'ils ont forcé la porte avec des haches, avec de gros marteaux pour entrer, pour prendre les gens, les traîner à terre. On aurait dit des animaux. Mais on ne pouvait rien faire ».
Pour Sissoko de la coordination 75 des sans-papiers, la mémoire de Saint-Bernard ne doit pas disparaître. « C'est historique dans la mesure où ça a permis aux gens de sortir de la clandestinité, même s'ils sont sans-papiers. Ça a été le départ du mouvement des sans-papiers partout sur le territoire national ».
Militante au syndicat Solidaires, Violette invite à reprendre le chemin de Saint-Bernard. « On le voit bien aujourd'hui, c'est encore plus difficile pour obtenir la régularisation des personnes en situation irrégulière en France. On le voit, nous, au syndicat Solidaires, on fait des permanences pour le droit du travail et les régularisations et on voit bien que le patronat profite pleinement de la situation des personnes sans-papiers ».
Collectifs, syndicats, associations présents à la manifestation exigent la régularisation de tous les sans-papiers en France.
Anniversaire aussi de la solidarité
En France, le 23 août 1996, d’autres images firent également le tour du monde : celles de la solidarité concrète. Avertis de l’imminence de l’intervention de la police à l’église Saint-Bernard, à Paris, des milliers de citoyennes et de citoyens s’y étaient rendus et se donnaient la main pour dresser une barrière humaine devant l’église. À l'appel de collectifs de sans-papiers, quelques 200 personnes ont marché ce samedi 22 août de la place de la République à l'église Saint-Bernard pour défendre le droit des sans-papiers.
L'un des habitants du quartier de la Goutte d'Or est revenu avec Amélie Beaucour de RFI sur ces semaines de solidarités entre travailleurs immigrés et riverains, avant la brutalité de leur expulsion. « Dans la journée, quand il y avait un office, on mettait les chaises. Les gens repartaient par là pour se faire discret ».
Voisin de l'église depuis les années 70, Bernard Massera se souvient de cet été 1996. Le curé de l'époque est pris au dépourvu mais accepte, pourvu que ses offices ne soient pas dérangés.
« Le curé avait dit : "moi, samedi, j'ai un mariage, par exemple". Et donc il avait dit "pas de problème". Quand les mariés sont arrivés, les femmes qui occupaient l'église s'étaient mises en vêtements de fête et ils avaient été accueillis par une haie d'honneur de femmes qui les applaudissaient. Ça avait été une fête... voilà. Il y avait des gens qui prêtaient leur machine à laver pour que les femmes, en particulier celles qui avaient des enfants, puissent laver leur linge, etc... », explique Bernard Massera.
Pendant près de huit semaines, l'occupation reçoit le soutien de nombreuses personnalités et fait parler d'elle dans le monde entier. C'est le ministère de l'Intérieur qui finira par sonner son glas.
« La veille, il y avait des compagnies de CRS qui se massaient. On pensait bien que ce n'était pas pour enfiler des perles. Ils ont fait sauter cette porte, à coups de hache, et tapé dans la porte pour la casser ».
« Ils ont enfoncé la porte de l'église avec un bélier et une hache, poursuit Bernard Massera. Ils l'ont fait éclater et ils sont rentrés. Le curé, qui avait passé la nuit aussi à l'intérieur, les entendant arriver, les entendant frapper contre les portes, lisait avec un micro un poème de Martin Luther King : "J'ai fait un rêve", parce que depuis un moment, les gens étaient un peu effrayés, surtout les enfants. Et donc, pour calmer, Henri Coindé et quelques responsables lisaient des poèmes, quand un CRS lui a arraché le micro. Après, ils ont emmené les gens, ils les ont traînés dehors. Tous ceux qui résistaient, ils les traînaient par terre pour les emmener... Voilà. Vous n'avez pas été la gloire de la République. »
Clin d'œil à l'histoire de cette paroisse, la porte, aujourd'hui remplacée, reste, trente ans après, toujours ouverte.
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