François Morellet séduit, oscillant entre raison et déraison

François Morellet séduit, oscillant entre raison et déraison

Une très belle exposition de François Morellet (1926-2016) est proposée au Centre Pompidou Metz pour le centenaire de cet artiste emblématique des expériences artistiques des années 70 et 80. De son vivant, il avait eu plus de 500 expositions à travers le monde !

Homme aussi rigoureux que facétieux, il était autant habité par la géométrie que par l'esprit dada, voire "rococo" comme il le revendiquait à la fin de sa vie. On y voit en fin de parcours ses tableaux qu'il disait "mal faits" (expressément bien sûr) avec un carré blanc dont un des côtés "boucle" ou une grille carrée parfaite mais qui se déforme sur le coin supérieur fait de bouts de branches.

Morellet à Paris en 2011, ou le moine facétieux

Dès l'entrée, on visualise la double identité de Morellet. On peut choisir un parcours intitulé "raison" ou l'autre appelé "déraison". Les deux se rejoignant. François Morellet se plaisant à indiquer son ambivalence entre l'héritage de Picabia et celui de Mondrian, entre raison et déraison ou dérision. Morellet réussit à ajouter un brin d'impertinence et d'humour au sérieux de l'abstraction géométrique.

François Morellet, du jaune au violet, 1956
François Morellet, du jaune au violet, 1956 ©crédit: Centre Pompidou, photo: D.R.

François Morellet, au lendemain de la guerre, s'essaya d'abord à une penture figurative rappelée en début d'exposition. Il découvrait alors au Brésil l'œuvre de Max Bill (1908-1994), architecte, peintre, sculpteur, designer, considéré comme l'initiateur de l'Art Concret.

Sa seconde influence, étonnante a priori, fut lors de sa visite à l'Alhambra de Grenade où il découvrit une décoration géométrique hors de tout cadre, all over.

L'Op Art

François Morellet se lança alors dans l'abstraction mais rejeta d'emblée l'expressionnisme abstrait, alors le courant dominant, pour choisir une peinture abstraite géométrique qui exclut tout sentiment, toute subjectivité, tout message. Il fut fortement inspiré, en cela, par Mondrian et Theo Van Doesburg. Il eut recours même au hasard par mieux encore déjouer la mythologie de l'artiste créateur et inspiré.

En excluant toute subjectivité individuelle, il veut que l'œuvre produite ne renvoie qu'à elle-même. "J'essaie de mettre le moins possible de moi-même dans ces œuvres, le moins de décisions subjectives. Mon message, c'est de dire qu'il n'y a pas de message."

Grâce à cette neutralité, le spectateur est face à la forme, la couleur, sans que rien ne vienne interférer. Vider toute subjectivité, c'est laisser le champ libre à l'émergence d'autres choses, y compris la beauté ou le transcendant. "Less is beautiful".

François Morellet: Troquons n°3 (2005)
François Morellet: Troquons n°3 (2005) ©crédit: Estate François Morellet photo: D.R.

La démarche de Morellet ressemble à celles des poètes et écrivains d'Oulipo (le groupe de Georges Pérec et Raymond Queneau) quand l'artiste se fixe un protocole qui le cadenasse et dont l'œuvre découle. il suit une règle tirée de la géométrie et en fait d'ailleurs le titre de la création. Comme le très beau "Pi rococo avec des arcs de cercle". L'œuvre est constituée de tubes de néons blancs dont la position (l'angle de l'un par rapport à l'autre) est déterminée par la suite des chiffres du nombre Pi.

Il fut un des ténors de l'art optique, l'Op Art, avec Julio Le Parc qui vient de mourir à 97 ans et qui a pour l'instant une rétrospective à la Tate Modern. Les œuvres "optiques" déstabilisent le regard, font trembler la perception.

Les néons

Son parcours, déjà, fut pour le moins original puisqu'il cumula longtemps, jusqu'en 1975, sa carrière d'artiste et la direction d'une usine familiale de landaus et jouets pour enfants. De plus, l'homme a un grand sens de l'autodérision. Et il adore les jeux de mots.

Déjouer la mythologie de l'artiste créateur et inspiré.

Ce sont les néons qu'il a utilisés en maître en même temps que Dan Flavin qui ont fait sa gloire comme on le voit à Metz. Comme ceux en arc de cercle rouge, ou ceux disposés en quinconce, sont d'une simplicité biblique et dégagent une beauté et un calme monacal.

François Morellet: Pi baroco n°1 rouge, 1=45 ° (angles du même côté,) 7 éléments, (2001)
François Morellet: Pi baroco n°1 rouge, 1=45 ° (angles du même côté,) 7 éléments, (2001) ©crédit: Estate François Morellet photo: D.R.

Peu avant sa mort il disait avec son humour, au Monde : "Je m'adore ! Toutes ces couillonnades chics et pas chères me plaisent beaucoup. Elles sont un peu comme une fête foraine. À l'âge lourd que j'ai, c'est peut-être la dernière fois. J'arrive à un stade merveilleux où même les gens qui ne m'aiment pas achètent mes œuvres."

Maurizio Cattelan, guide inspiré dans le meilleur de l'Art moderne

Au Centre Pompidou Metz une seconde exposition remet en lumière l'artiste américaine des années 60, Louise Nevelson et ses sculptures sur bois assemblés. Avec aussi à Metz encore, et à ne rater sous aucun prétexte, la formidable exposition où Maurizio Cattelan revisite les collections du Pompidou.

François Morellet, Centre Pompidou Metz, jusqu'au 28 septembre. Cattelan au Pompidou Metz jusqu'au 25 janvier.

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