Friches, appartements vacants, reconversion de bureaux… Comment limiter l’artificialisation des sols et répondre à la crise du logement ?

Friches, appartements vacants, reconversion de bureaux… Comment limiter l’artificialisation des sols et répondre à la crise du logement ?

L’été n’est pas terminé mais les records s’accumulent déjà. Le mois de juillet 2026 est le mois le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures en 1900 selon Météo France. Le pays a déjà connu 52 jours de vagues de chaleur depuis la mi-juin, un nombre annuel jamais enregistré. Malgré un hiver pluvieux, la sécheresse concerne 77 % du territoire, un niveau inédit. Dans ce contexte morose arrivent les cinq ans de la loi Climat et Résilience du 22 août 2021, qui contenait près de 150 propositions issues de la Convention citoyenne pour le climat qui devaient « ancrer l’écologie dans notre société ».

Le texte portait notamment une mesure ambitieuse : le zéro artificialisation nette des sols (ZAN) d’ici à 2050. Celle-ci devait être mise en œuvre en trois étapes. La première imposait une réduction de 50 % de la consommation des espaces naturels, agricoles et forestiers (ENAF) sur la décennie 2021-2031 par rapport à la décennie précédente. Autrement dit, il faudrait passer à 236 900 hectares artificialisés à 118 450 hectares, donc de 22 à 11 fois Paris intra-muros. Mais de nombreux parlementaires ont tenté d’augmenter ce quota depuis cinq ans, en mettant en avant l’argument de la crise du logement. L’année 2025 a été en effet marquée par un record de demande de logements sociaux, avec 2,9 millions.

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Plus de 60 000 hectares déjà consommés depuis 2021

Dans un rapport publié en juin 2026, la fondation pour la nature et l’homme (FNH) a évalué l’impact de 34 amendements concernant le logement. Selon l’association, les exonérations demandées ajouteraient plus de 150 000 hectares supplémentaires. Un total non-sens pour l’association, car la construction de logements constitue la première source de consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers. Si ces mesures ne sont finalement pas passées, les multiples tentatives de détricotages inquiètent la FNH.

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D’autant plus que depuis 2021, l’association compte déjà plus de 60 000 hectares artificialisés. « On reste prudent dans nos estimations », tempérait Thomas Uthayakumar directeur du plaidoyer de la Fondation pour la Nature et l’Homme, lors de la présentation de l’étude fin juin. Le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) évalue lui à plus de 15 000 hectares l’artificialisation des sols en 2024. Ce qui laisse moins de 8 000 hectares artificialisables en moyenne chaque année pour atteindre l’objectif sur la décennie.

Pour limiter la bétonisation des sols et en même temps répondre à la demande de logements, l’association tente avec la Fondation pour le logement de mettre en évidence l’existence de leviers. « Il existe une vraie tension et on peut la résoudre », défend Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le Logement qui évalue le besoin en logement à 400 000 par an.

Logements sociaux, logements vacants et friches

Pour résoudre ce conflit Manuel Domergue conseille de privilégier la construction de logements sociaux. Plus souvent collectif, ce type de logement consomme moins de terres et répond à une forte demande. Aussi, en créer ne nécessite pas nécessairement d’artificialiser des sols. « 50 % de la demande en logement social concerne une personne seule, jeune ou âgée, précise Manuel Domergue. Ces profils préfèrent vivent en centre-ville. »

Dans les centres urbains, avant de construire, les villes peuvent mettre aux normes des habitations, diviser de grands logements en deux ou encore saisir des logements vacants. Selon l’INSEE, l’Île-de-France compte 447 800 logements vacants depuis plus de deux ans. La Fondation, dans une étude sur la région publiée en octobre 2025, estime que 25 % pourraient être immédiatement mobilisés.

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« Dans les villes qui ont un passé industriel, il y a des friches à reconquérir », défend Manuel Domergue. Toujours en Île-de-France, l’association a calculé la possibilité de réaliser 60 000 logements sur ces friches. Mais de tels travaux peuvent coûter plus cher que de consommer des espaces naturels, agricoles et forestiers, car il faut parfois compter un coût de dépollution et d’ingénierie. Pour compenser, le Fonds vert a été créé en 2023 et devait disposer de deux milliards d’euros. Mais dans le projet de loi de finance (PLF) de 2026, le montant a été réduit à 837 millions d’euros.

Optimiste pour la suite

Si les premières années de l’objectif zéro artificialisation nette ont été délicates, Manuel Domergue reste optimiste pour la suite. « En Île France, la moitié des logements qui sortent, c’est du recyclage », expose le directeur des études. La région compte notamment plus de 6 millions de mètres carrés de bureaux vides, où des projets de réhabilitation pourraient voir le jour.

La Fondation pour le logement mettait en avant qu’en Île-de-France, 1,2 million de m2 de bureaux vides sont considérés par le Consortium des Bureaux de France comme directement transformables en logements. Cela permettrait la création de 14 000 logements. Autre exemple, des logements sur les rives du canal de l’Ourcq à Pantin, Bondy ou Bobigny ont pris la place d’une ancienne meunerie ou d’une casse automobile.

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La démographie en baisse donne aussi de l’espoir. « Une offre de maisons individuelles va se libérer », assure-t-il. L’objectif zéro artificialisation nette pour 2050 n’est donc pas une illusion pour Manuel Domergue. Une nécessité, d’autant que l’artificialisation des sols présente un autre inconvénient, que de nombreux Français ont subi cet été : les îlots de chaleur urbains. Les terrains bétonnés stockent la chaleur la journée puis la restituent dans la soirée, et empêchent alors l’air et les logements de se refroidir. L’artificialisation des sols aggrave également la sécheresse, en empêchant l’eau de s’infiltrer dans la terre vers les nappes phréatiques quand il pleut. Des conséquences auxquelles les villes doivent s’atteler, d’autant que le changement climatique rendra les étés encore plus chauds et encore plus secs dans les années à venir.