Fuite en avant ? Merz veut remanier le gouvernement et se distancie de Jens Spahn

Fuite en avant ? Merz veut remanier le gouvernement et se distancie de Jens Spahn

Par Kirsten Ripper & Euronews avec AP, ZDF

Publié le 20/07/2026 - 13:07 UTC+2

« Ce pourrait être l’occasion de réfléchir une nouvelle fois à la composition du gouvernement fédéral. » C’est ce qu’a déclaré le chancelier fédéral Friedrich Merz lors de l’entretien d’été de la ZDF, après avoir demandé le retrait du président du groupe parlementaire CDU Jens Spahn. Le chef du gouvernement a toutefois insisté sur le fait qu’il parlait « au conditionnel ».

Friedrich Merz, qui préside la CDU, veut décider d’ici la fin juillet qui doit prendre la suite de Jens Spahn à la tête du groupe parlementaire du parti du chancelier au Bundestag.

Le ministre de la Chancellerie, Thorsten Frei, est considéré comme le candidat le plus sérieux pour le poste de chef de groupe. Merz n’a cependant confirmé ni cette hypothèse ni aucune autre décision de personnel lors de l’entretien.

Mais si Frei devenait président du groupe parlementaire, Merz devrait trouver un remplaçant pour ce proche collaborateur de 53 ans originaire du Bade-Wurtemberg au sein de la Chancellerie.

La nécessité d’agir rapidement tient aussi au fait que des élections régionales auront lieu en septembre en Saxe-Anhalt, à Berlin et au Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Et dans tous ces Länder, les perspectives sont mauvaises pour la CDU.

En Saxe-Anhalt, l’AfD, classée là-bas comme formation solidement d’extrême droite, espère que son tête de liste Ulrich Siegmund puisse devenir le premier ministre-président du parti.

Le responsable politique CDU Jens Spahn est, loin d’être une première, à nouveau sous le feu des critiques après le scandale des masques survenu lorsqu’il était ministre de la Santé, ses liens avec l’entrepreneur controversé Peter Thiel et la querelle autour de la nomination d’une nouvelle juge à la Cour constitutionnelle fédérale.

Après l’indignation suscitée par le fait que Jens Spahn et son mari sont devenus pères aux États-Unis grâce à une mère porteuse, le chancelier prend ses distances.

Merz et Spahn sont tous deux originaires de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Mais le quadragénaire Jens Spahn est depuis longtemps considéré comme un adversaire interne au parti du chef de gouvernement septuagénaire, ce jeune père s’étant vu prêter à plusieurs reprises des ambitions pour la chancellerie.

Indignation : « probablement liée à sa personne »

Friedrich Merz affirme ne pas avoir « au moins pas dans cette ampleur » anticipé le tollé contre Spahn. À titre d’explication, le chancelier estime que « cela avait probablement aussi à voir avec sa personne, et avec la communication ».

Sur le plan personnel, Merz comme Spahn sont conservateurs et de confession catholique romaine. Tous deux sont en outre critiqués pour un mode de vie jugé déconnecté de celui de la majorité de la population : Friedrich Merz est millionnaire et pilote de son propre jet privé. Pour de courts séjours, il aime partir avec son épouse dans des hôtels de luxe avec parcours de golf.

Jens Spahn a vendu en 2020 une villa située dans le quartier berlinois de Dahlem pour plusieurs millions d’euros. Selon les médias, avoir un enfant par mère porteuse aux États-Unis coûterait entre 150 000 et 250 000 euros.

Le fait que Jens Spahn ne se soit pas engagé politiquement en faveur d’une politique familiale plus progressiste est particulièrement reproché à ce responsable par la gauche et les Verts. Le député, entré au Bundestag dès l’âge de 23 ans, assume publiquement son homosexualité, mais a à plusieurs reprises rejeté la gestation pour autrui dans son pays..

Merz très impopulaire en tant que chancelier

Il y a eu « beaucoup d’indignation » contre Jens Spahn, a déclaré le chancelier sur la ZDF. À propos du dommage potentiel pour la CDU/CSU, Merz explique : « Cela m’est apparu de façon extrêmement claire hier au fil de la journée, et c’est pour cela que nous avons aussi réagi. »

Avant même de prendre la tête du groupe parlementaire, Jens Spahn avait appelé la CDU à normaliser ses relations avec l’AfD. Friedrich Merz, lui, veut marquer une nette distance entre son parti et l’AfD.

À l’approche des élections régionales, Friedrich Merz est lui aussi personnellement de plus en plus sous pression. Deux mois avant ces scrutins décisifs, le chancelier est encore en recul dans les sondages : 13 % des personnes interrogées se disent satisfaites de son action, cinq Allemands sur six se déclarant mécontents du chef du gouvernement.

Selon le sondage « ARD-DeutschlandTrend », jamais un chancelier en fonction n’avait obtenu de résultats aussi mauvais que Friedrich Merz.