Gaume Jazz Festival: des jazzwomen de la Renaissance au Flamenco
La 42e édition du Gaume Jazz Festival qui s'est tenue ce week-end c'est, après une semaine de boulot en amont du festival et comme c'est le cas depuis pas mal d'années maintenant, des stagiaires ados et adultes qui se produisent en big band ou en combos et des enfants "Les Petits Gaumais du Jazz" sur scène avec le quartet d'An Pierlé. C'est aussi cinq lieux entre lesquels voyagent artistes et festivaliers, deux chapiteaux dans le parc, l'église, l'amphithéâtre et la salle du Centre culturel et qui accueillent les 20 concerts. Des concerts qui vont de la prestation solo comme le pianiste luxembourgeois Arthur Possing à la grande formation du Brussels Jazz Orchestra et ses 17 musiciens en passant par autant de duos, trios, quatuors, quintettes, sextuets...
Soit une programmation qui totalise quelque 90 musiciens parmi lesquels seulement une dizaine de musiciennes et une danseuse. Loin de faire figuration ou de répondre à une ouverture vers une hypothétique parité, que ce soit vocalement, instrumentalement ou corporellement, Barbara, Sarah, Airelle, Nathalie, An, Géraldine, Clémentine, Ana, Manon, Rozanne et Michelle étaient à la tête de projets, voire dans certains cas de défis relevés haut la main.
La voix, un instrument à part entière
Dès le vendredi soir, avec à leurs côtés une guitare, une basse et une batterie, Barbara Wiernik et Sarah Klenes nous prouve que le jazz vocal ce n'est pas seulement une, ou dans le cas présent, deux voix accompagnées mais deux instruments à part entière au même titre qu'une trompette ou un sax avec en sus de chouettes moments d'impro. Un sacré bon moment de musique et d'émotion qu'on partagera dès le lendemain avec, dans l'église, "InDowland" la prestation de Géraldine Cozier et son guitariste Nicolas Dechêne, un duo qui ose un retour dans le XVIe et la renaissance anglaise avec des chansons de John Dowland et d'Henry Purcell.
Des voix qui se découvrent et qui pourront se façonner sont celles des "Petits Gaumais du Jazz" qui ont travaillé toute la semaine pour se retrouver sur scène samedi pour accompagner une autre voix connue, celle d'An Pierlé.
Autre voix qui interpelle, celle d'Antonio Lizana le saxophoniste, chanteur espagnol intervenant dans le projet "New Sketches of Spain", hommage au trompettiste emblématique Miles Davis né il y a juste 100 ans. Marqué par le flamenco, Miles Davis avait composé "Sketches of Spain" avec une partie basée sur le célèbre Concerto d'Aranjuez.
Samedi soir à Rossignol aux côtés d'Antonio Lizana, deux percussionnistes, un bassiste, un clarinettiste, le trompettiste Erik Truffaz, l'impressionnant guitariste Pau Figueres et la danseuse Ana Perez. Un ensemble percussif, percutant avec du jazz qu'on pourrait qualifier d'organique.
Les instruments pas en reste
Bien évidemment, les instruments ne sont pas en reste à commencer par un des moments attendus du week-end, "Keith Jarrett, une voix, dix doigts" avec des extraits d'interviews et commentaires d'Alex Dutilh et les compositions originales pour piano revues, mais de quelle manière, par Airelle Besson à la trompette et Jean-Philippe Viret à la contrebasse. Grand moment du week-end.
On épinglera également la prestation au saxophone-soprano de Clémentine Ristord du groupe grenoblos, La Petite Lucette et le piano de Nathalie Loriers, accompagné par le Brussels Jazz Orchestra, par la création de son dernier opus "Envols".
Entre traditions et nouveautés
Samedi après-midi, ceux qui n'ont pas eu peur de la chaleur dans la salle du CCRT en sont ressortis certes en sueur mais surtout heureux de ce qu'ils avaient entendu ; le projet Chorazz avec Maxime Blesin au cavaquinho 5 cordes (inst brésilien), Greg Houben à la trompette, Pierre Gillet à la guitare 7 cordes et Renato Martins aux percussions. À noter qu'avec une 7e corde plus grave, le guitariste peut cumuler les rôles de guitariste et de bassiste.
Initié début des années 2000 par Steve Houben, Chorazz c'est un mix original de choro, musiques brésiliennes et de standards jazz. Laissé dans les cartons, le projet a été remis sur les rails par Maxime Blesin qui était déjà dans le 1er projet. Occasion de rendre hommage à Steve Houben décédé il y a quelques mois seulement. Résultat bluffant que d'entendre du Wayne Shorter ou du John Coltrane dans un halo de cordes et de percussions "do brasil".
Une belle preuve que l'on peut créer quelque chose de nouveau en partant de valeurs sûres du passé.
Le C Melody de Stéphane Mercier
Autre nouveauté mais instrumentale celle-là, le C Melody du saxophoniste Stéphane Mercier. Présent à Rossignol dans le cadre d'une carte blanche, Stéphane Mercier était sur scène samedi après-midi avec Maël Idris Mercier, son fils, au piano et ses potes irlandais Dave Redmond à la contrebasse et Darren Beckett à la batterie. Durant tout le concert, Stéphane Mercier a joué sur un tout nouvel instrument, un C Melody qui est un saxophone intermédiaire entre les plus connus saxophone alto et saxophone ténor.
Jazz et transmission
Le Gaume Jazz ce n'est pas que les concerts et les stages en amont. C'est aussi, le samedi matin, des tables rondes, des rencontres, des discussions entre musiciens, programmateurs, médias et autres professionnels sur des sujets précis. Le premier thème abordé était "Comment gérer la transmission au sein d'un projet jazz ?"
Pour Daniel Sotiaux qui dirigeait les débats, "le mot transmission est déjà la définition du jazz",une musique qui se transmet naturellement et qui se transmettait d'un musicien à l'autre bien avant sa notation. Un thème on ne peut plus d'actualité puisqu'à Rossignol, Jean-Pierre Bissot prépare sa succession et qu'on sait que c'est Bertrand Squelard qui est appelé à lui succéder. Différentes expériences heureuses ou malheureuses de festivals français et la succession qui se met en place pour le Collectif du Lion à Liège ont été expliquées avant que la discussion ne glisse vers la transmission d'infos et de résultats concernant les événements jazz, autrement dit l'importance donnée au jazz dans les différents médias. Et là, le constat est inquiétant. Les rubriques spécifiques, et pas seulement celles concernant le jazz disparaissent ou sont appelées à disparaître des quotidiens et du côté des ondes radio : "Il fut un temps où 10 concerts du Gaume Jazz étaient captés pour être rediffusés sur les ondes nationales. Cette année niveau radio j'ai eu une interview à 7 h du matin sur Vivacité. On en a parlé plus sur France Inter que sur la RTBF", explique Jean-Pierre Bissot.
"Plus de création, plus de captation, donc plus de transmission", précise Didier Melon. "On nous dit que c'est une question de budget. C'est faux, c'est une question de choix budgétaire vis-à-vis de la culture en général. La culture c'est un mur fait de blocs, de briques, de petits cailloux qu'on enlève un à un jusqu'à l'écroulement du mur".
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