Grupont : il y a 408 ans, les quatre sœurs Jamin étaient conduites sur le bûcher (vidéo et photos)

Grupont : il y a 408 ans, les quatre sœurs Jamin étaient conduites sur le bûcher (vidéo et photos)

À Grupont, les promeneurs qui gravissent le chemin menant au lieu-dit Bel-Air profitent d'un panorama exceptionnel sur les vallées du Linçon et de la Lhomme.

Rien ne laisse deviner qu'au printemps 1618, cette colline fut le théâtre de l'une des plus tragiques affaires de sorcellerie de la province de Luxembourg. C'est ici que quatre sœurs originaires de Neuvillers furent exécutées après avoir été accusées de commerce avec le diable.

L'histoire de Jehenne, Marie, Jejenne et Alix Jamin est emblématique de cette période où la peur, la superstition et la justice se confondaient. Aujourd'hui, les historiens s'accordent à dire que ces femmes furent avant tout les victimes d'un système judiciaire.

En 1618, quatre sœurs originaires de Neuvillers sont accusées de sorcellerie à Grupont. Reconnues coupables à l'issue de leur procès, elles sont condamnées à être brûlées vives sur un bûcher dressé près du village.
La maison espagnole de Grupont, a notamment servi d'auberge, de maison du mayeur et de cour de justice. C'est entre ses murs que s'est tenu le procès des quatre sœurs Jamin, accusées de sorcellerie en 1618. ©EdA Claudy Petit

Une vie paysanne dans un monde de peurs

Les sœurs Jamin vivent à Neuvillers, dans le ban de Chevigny. Leur quotidien ressemble à celui de milliers de femmes rurales du début du XVIIᵉ siècle : elles cultivent le potager, élèvent quelques animaux, filent la laine, préparent les repas et vont chercher l'eau au puits. Elles fréquentent l'église, participent aux fêtes religieuses et vivent modestement dans une maison de torchis.

L'époque est rude. Les guerres ravagent les campagnes, les récoltes sont incertaines, la peste revient régulièrement et la mortalité est omniprésente. Dans un tel climat, chaque malheur cherche une explication.

À cette époque, une vache qui meurt, une récolte détruite, un enfant mort-né ou une maladie inexpliquée peuvent rapidement être attribués aux maléfices d'une prétendue sorcière.

Les quatre sœurs, réputées pour leur caractère bien affirmé et leurs fréquentes disputes avec le voisinage, attirent bientôt les soupçons. Le fait que Jehenne cueille des plantes médicinales dans les bois suffit à alimenter les racontars.

Quand la rumeur devient une condamnation

Le 19 février 1618, les quatre femmes sont arrêtées. Elles sont conduites à Saint-Hubert, puis emprisonnées au château de Mirwart dans des conditions éprouvantes.

À Grupont, où siège alors la cour de justice de l'abbaye de Saint-Hubert, l'enquête repose essentiellement sur des témoignages indirects, des rumeurs et des dénonciations. La chasse aux sorcières est une mécanique bien rodée : les soupçons tiennent lieu de preuves, et les aveux deviennent indispensables pour condamner. Ces aveux sont obtenus sous la torture.

Les interrogatoires se succèdent. Les juges demandent à Jehenne si elle a rencontré le diable, participé au sabbat ou conclu un pacte avec Satan. Elle nie. Alors vient la torture.

Pour que la souffrance cesse, Jehenne finit par reconnaître tout ce que ses juges attendent d'elle et accuse ses trois sœurs ainsi que plusieurs autres habitants de la région.

En 1618, quatre sœurs originaires de Neuvillers sont accusées de sorcellerie à Grupont. Reconnues coupables à l'issue de leur procès, elles sont condamnées à être brûlées vives sur un bûcher dressé près du village.
La colline de Bel-Air, près de Grupont, est le lieu où Jehenne, Marie, Jejenne et Alix Jamin furent exécutées en 1618. Condamnées pour sorcellerie, les quatre sœurs originaires de Neuvillers y furent brûlées vives. ©EdA Claudy Petit

Une machine judiciaire implacable

Les aveux extorqués entraînent de nouvelles arrestations. Le fonctionnement de la justice de l'époque favorise cette réaction en chaîne. Chaque condamné est invité à dénoncer des complices.

À Grupont, chaque étape du procès est validée par les autorités ecclésiastiques de Saint-Hubert et de Liège. Les frais de procédure, du messager jusqu'au bourreau, sont intégralement réclamés aux accusés ou à leurs familles. Les biens des condamnés servent à financer leur propre procès et leur propre exécution.

Le bûcher de Bel-Air

Le jeudi 29 mars 1618, Jehenne est conduite sur la colline de Bel-Air. Selon l'usage, le bourreau l'étrangle avant d'allumer le bûcher.

Le mercredi 11 avril, Marie, Jejenne et Alix connaissent à leur tour le même destin.

La population est présente. L'exécution est publique. La sentence est relue devant tous. Les condamnées doivent renouveler leurs aveux avant leur mort.

Une mémoire retrouvée

L'affaire des sœurs Jamin ne s'arrête pas avec leur disparition. Les personnes qu'elles ont accusées sous la torture sont à leur tour arrêtées. Plusieurs seront brûlées au cours de la même année 1618. D'autres connaîtront la prison, la torture ou le bannissement.

Plus de quatre siècles après les faits, les historiens considèrent désormais les quatre sœurs Jamin comme des victimes de la peur collective.

De la rumeur au bûcher, un parcours pour ne pas oublier

En 2018, pour le 400ᵉ anniversaire de leur exécution, les habitants de Grupont ont inauguré un parcours mémoriel intitulé "De la rumeur au bûcher". Celui-ci permet de retracer les différentes étapes de cette affaire, depuis la maison espagnole, où se tenaient les audiences, jusqu'à la colline de Bel-Air où les flammes consumèrent les quatre condamnées.

Jehenne, Marie, Jejenne et Alix Jamin. Quatre femmes ordinaires dont le destin tragique continue d'interroger.

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