Guerre au Moyen-Orient. Pénuries, insalubrité... le porte-avions Lincoln, symbole d’une armée américaine usée

Guerre au Moyen-Orient. Pénuries, insalubrité... le porte-avions Lincoln, symbole d’une armée américaine usée
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Après plus de neuf mois de mission, le porte-avions nucléaire USS Abraham-Lincoln a quitté le Moyen-Orient, ramenant avec lui des soldats éreintés. Au-delà des stocks de missiles entamés et des difficultés opérationnelles, le conflit avec l’Iran révèle les limites de la stratégie de Donald Trump, contraint de redéployer des forces depuis l’Indo-Pacifique.

Martin Rigaud-Pezzoni -

Aujourd’hui à 20:01

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L’USS Abraham-Lincoln fait partie de la flotte de 11 porte-avions à propulsion nucléaire de l’US Navy. Photo Sipa/US Navy
L’USS Abraham-Lincoln fait partie de la flotte de 11 porte-avions à propulsion nucléaire de l’US Navy. Photo Sipa/US Navy

Le vernis étalé par l’administration Trump tend à s’écailler. Derrière les rodomontades présidentielles et les démonstrations de force, le conflit avec l’Iran commence à mettre à nu les fragilités et les lignes de tension de la première puissance militaire mondiale. Et le symbole, lui, flotte encore en mer. Après plus de neuf mois de mission et plus de 250 jours consécutifs sans escale - un record - le porte-avions nucléaire USS Abraham-Lincoln a enfin reçu l’ordre de quitter les eaux du Moyen-Orient pour regagner San Diego, son port d’attache, qu’il avait quitté en novembre dernier. Un retour qui sonne comme un soulagement pour les quelque 5 000 marins à bord.

Cabines surchargées et insalubres, fatigue extrême, manque de soleil, rations alimentaires réduites à peau de chagrin en raison des pénuries de produits frais, eau douce rationnée, plomberie hors d’usage… Et surtout, l’impossibilité de faire escale pour ce navire qui n’est pas conçu pour rester en mer aussi longtemps. « Les porte-avions américains ne peuvent pas toucher terre n’importe où, parce qu’ils sont nucléaires. Dans la région, ils n’ont qu’un seul point d’appui en eau profonde, à Souda Bay, en Crète », explique Jean-Marc Vigilant, spécialiste des questions militaires et de défense à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Depuis plusieurs semaines, les médias américains documentent les conditions de vie éprouvantes de ces soldats exténués. La détresse psychologique aurait d’ailleurs poussé plusieurs marins à tenter de sauter par-dessus bord, rapportent le Military Times et Stars and Stripes.

« Les chefs militaires avaient prévenu Trump »

Si le Pentagone et le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, contestent fermement la description d’une « crise » à bord et qualifient ces informations de « totalement déformées », les familles des soldats et les démocrates ont, eux, sonné l’alerte. Le sénateur Richard Blumenthal, membre de la commission des forces armées du Sénat, a assuré que l’USS Abraham-Lincoln n’était pas un « cas isolé » et réclamé l’ouverture d’une enquête. Car cet épisode est symptomatique de l’enlisement américain dans ce conflit au long cours. « Le problème n’est pas tant l’armée américaine que le cadre politique, analyse Jean-Marc Vigilant. Donald Trump n’avait pas prévu une escalade horizontale et régionale. Pourtant, les chefs militaires l’avaient prévenu… »

Avec 18 militaires morts et plus de 750 blessés, selon le Pentagone, ce conflit ravive le souvenir des théâtres d’opérations des années 2000, en Irak et en Afghanistan. Il met également en lumière le coût et la pression exercée sur les stocks de missiles, « très sérieusement entamés », selon Jean-Marc Vigilant. D’après les estimations du Center for Strategic and International Studies (CSIS), les stocks de missiles intercepteurs Patriot auraient fondu d’au moins 65 % depuis le début de la guerre.

L’Asie du Sud-Est délaissée

Surtout, les difficultés rencontrées au Moyen-Orient commencent à produire leurs effets à l’autre bout du monde, dans la zone Asie-Pacifique, pourtant érigée en priorité par Donald Trump pour contenir l’influence chinoise. Pour relever l’Abraham-Lincoln, le président américain a décidé de transférer l’USS George-Washington depuis l’Indo-Pacifique vers le Moyen-Orient, où il est arrivé le 19 août. Un redéploiement qui interroge sur la capacité des États-Unis à maintenir leur capacité d’action simultanément sur plusieurs théâtres. « Il y a 20 ans, les Américains affirmaient être capables de mener deux guerres majeures simultanément. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, enfonce Jean-Marc Vigilant. Même eux ont des limites. »

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