Guerre en Ukraine: Kiev veut rendre le ciel russe de plus en plus infréquentable

Guerre en Ukraine: Kiev veut rendre le ciel russe de plus en plus infréquentable

L’Ukraine a officiellement saisi l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) pour l’alerter sur les dangers liés à l’utilisation de l’espace aérien russe. Kiev demande même que ses États membres soient encouragés à y interdire les vols civils. Alors que les attaques de drones ukrainiens perturbent régulièrement le trafic aérien en Russie, cette démarche vise aussi à accroître l’isolement du pays et à faire peser davantage les conséquences de la guerre sur sa population.

Publié le : 03/09/2026 - 07:24

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Après les avertissements lancés la veille par Volodymyr Zelensky, l’Ukraine a officiellement saisi, mercredi 2 septembre, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Dans un courrier adressé à son président, Kiev demande à cette agence de l’ONU d’encourager les autorités aéronautiques et les compagnies à protéger l’aviation civile, notamment en facilitant « l’interdiction totale » des vols civils dans l’espace aérien russe par les États membres de l’organisation.

La Russie a dénoncé des avertissements « illégitimes » et assure de son côté pouvoir garantir la sécurité de son espace aérien. L’OACI, sans mentionner aucun pays en particulier, a toutefois rappelé mercredi que les risques augmentaient pour les avions civils dans les zones de conflit, susceptibles notamment d’être pris pour cible ou « pris entre deux feux ».

L’avertissement de Kiev intervient alors que l’Ukraine intensifie ses attaques de drones à l’intérieur du territoire russe. Volodymyr Zelensky assure que son pays ne vise pas l’aviation civile, mais il a lui-même appelé les compagnies et leurs assureurs à tenir compte du nombre croissant de drones ukrainiens présents dans le ciel russe.

Des compagnies étrangères toujours présentes

« Un coup dur » pour la Russie, explique Xavier Tytelman, consultant en aéronautique et défense. Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022, les compagnies européennes et américaines ont largement cessé d’emprunter l’espace aérien russe. Mais il reste utilisé par des transporteurs de plusieurs pays, notamment de Chine, de Turquie, des Émirats arabes unis et d’autres États du Golfe. C’est en particulier vers eux que se tourne aujourd’hui Kiev. Des destinations qui risquent donc encore de se raréfier. 

Les attaques ukrainiennes ont déjà des conséquences sur le trafic. Les incursions de drones provoquent régulièrement la fermeture temporaire d’aéroports, des annulations ou des retards de vols. La société spécialisée dans l’évaluation des risques aéronautiques Osprey Flight Solutions estime ainsi que l’Ukraine perturbe déjà « systématiquement » l’espace aérien russe depuis plusieurs mois.

Mais au-delà de la question de la sécurité des vols, Kiev poursuit aussi un objectif stratégique : accroître le coût de la guerre pour la Russie et ses habitants, analyse Xavier Tytelman,. « L’autre difficulté, c’est qu’on est sur un pays gigantesque, avec des centaines de vols qui ont lieu chaque jour en interne, et vous ne pouvez pas remplacer un vol à des milliers de kilomètres par un trajet en train. Donc ça, pour les Russes eux-mêmes, ça va commencer à peser sur leur capacité à se déplacer, et donc ça va aussi avoir un impact sur l’économie russe. Et ça, c’est l’effet secondaire que les Ukrainiens cherchent à atteindre. »

Kiev ne peut pas fermer le ciel russe

En réponse, mercredi, l'OACI a appelé tous ses membres à s'engager à « protéger les avions civils » des « risques » provenant des « zones de conflit », après les remarques de Kiev sur la dangerosité du ciel russe.

La portée de la démarche doit néanmoins être relativisée. Ni l’Ukraine ni l’OACI ne peuvent décider de fermer l’espace aérien russe. L’organisation, qui compte 193 États membres, fixe des normes et formule des recommandations, mais elle ne dispose pas du pouvoir d’imposer une telle interdiction aux États. Et si les drones ukrainiens provoquent déjà de fortes perturbations, cela ne signifie pas que les compagnies étrangères vont toutes renoncer à la Russie. Kiev cherche donc avant tout à faire évoluer leur appréciation du risque.

Un risque qui ne tient d’ailleurs pas seulement aux drones eux-mêmes. En décembre 2024, 38 personnes avaient été tuées dans l’accident d’un avion d’Azerbaijan Airlines qui devait rejoindre Grozny. Vladimir Poutine a par la suite reconnu que deux missiles russes avaient explosé à proximité de l’appareil alors que la défense antiaérienne tentait de repousser des drones ukrainiens.

Pour l’Ukraine, dont l’espace aérien est fermé à l’aviation civile depuis le début de l’invasion russe en février 2022, l’objectif est désormais aussi de montrer qu'après quatre ans et demi de guerre, il n'y a pas que son territoire qui est touché.

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