« Il fallait dire stop » : la bataille de Bonifacio face aux résidences secondaires
La ville de Bonifacio.
© PASCAL POCHARD-CASABIANCA / N/C
Julian Mattei 08/09/2026 à 08:09, Mis à jour le 08/09/2026 à 08:09
La cité des falaises a interdit la construction de maisons secondaires. Une révolution dans ce haut lieu du tourisme en Méditerranée, et première destination de l’île.
À première vue, rien n’a changé. Le soleil est toujours là, comme les grandes falaises de calcaire qui plongent dans la mer. Les yachts continuent d’entrer dans le port et, passé le pic touristique du mois d’août, les visiteurs affluent toujours vers l’une des destinations les plus convoitées de Méditerranée. Mais ceux qui comptaient sur leur séjour à Bonifacio (Corse-du-Sud) pour envisager d’y édifier une belle résidence secondaire avec vue sur la Sardaigne en seront pour leurs frais : la municipalité a fini par serrer la vis.
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« Nous ne délivrons plus de nouveaux permis de construire pour des logements secondaires, affiche d’emblée Jean-Charles Orsucci, le maire (Renaissance) de la cité des falaises. Bonifacio compte aujourd’hui plus de 60 % de résidences secondaires, et la trajectoire allait vers une accentuation de ce phénomène. Il reste seulement 80 hectares constructibles sur une commune qui en compte 14 000. Il fallait dire "stop". »
La plus forte hausse des prix de l'immobilier du littoral français
Cette mesure est écrite noir sur blanc dans le nouveau plan local d’urbanisme de la commune, voté en décembre 2025 : plus aucune nouvelle résidence secondaire n’est autorisée à Bonifacio. Si la municipalité a pris cette mesure aussi drastique qu’inédite, c’est parce que la question du logement est devenue centrale dans la cité des falaises. Cette ville balnéaire de 3 400 habitants, qui voit défiler chaque année deux millions de touristes dans ses rues, compte quasiment sept fois plus de résidences secondaires que la moyenne nationale (9 %), dans une région championne de France pour le nombre de maisons de villégiatures - plus d’un tiers du parc de logement corse. Sur dix ans, elles ont représenté plus de la moitié de la croissance du parc immobilier insulaire.
Pendant que les prix s'envolent, les habitants, notamment les jeunes ménages, peinent à trouver un logement à l’année. Car jusqu’ici, le marché immobilier répondait essentiellement à une règle : celui qui peut acheter peut construire. « Cette mesure n'est pas une attaque envers les résidences secondaires, mais une façon de privilégier le logement permanent et de maintenir la population locale, à laquelle nous souhaitons réserver le peu de foncier disponible », explique le maire de Bonifacio.
Si la municipalité a pu prendre cette mesure, c'est parce que la législation l'y autorise depuis peu. La loi Leur Meur, entrée en vigueur en novembre 2024, rend possible l'arrêt partiel ou total des constructions de résidence secondaires sur une commune, dès lors que leur nombre dépasse 20 % des logements. Son ambition : favoriser l'habitat permanent dans les zones tendues. Bonifacio est ainsi devenue la première cité littorale de France à utiliser cet outil juridique pour instaurer une priorité à la résidence principale.
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Le message se veut politiquement retentissant dans une île où l’accès au logement alimente sans cesse les controverses. La Corse enregistre en effet la plus forte hausse des prix de l'immobilier des littoraux : avec une augmentation moyenne de 8,5 % sur un an, selon une étude du groupe Se Loger, spécialisé dans la diffusion d’annonces, l’île se distingue très nettement des autres territoires littoraux, qui progressent en moyenne de 0,9 %.
Une décision qui divise
Évidemment, la décision de la ville de Bonifacio ne fait pas l’unanimité. Pour les propriétaires fonciers, les professionnels de l’immobilier et une partie du secteur de la construction, interdire les résidences secondaires ne résoudra pas mécaniquement la crise du logement. « Si l’on réduit l’offre, ne risque-t-on pas simplement de rendre les biens existants encore plus chers ? », objecte un chef d’entreprise, actif dans la promotion immobilière dans l’Extrême-Sud de la Corse.
En 2024, Bonifacio avait déjà posé une première pierre dans une bataille qui pourrait redessiner le marché immobilier insulaire. Comme une soixantaine d'autres communes dans l'île, le conseil municipal avait voté en 2023, comme la loi l'autorise dans les zones en tension, une majoration de… 40 % de la taxe d'habitation sur les résidences secondaires. Le taux maximal applicable. « Cette majoration ne va sans doute pas changer la donne du tout au tout, mais c'est un levier pour agir, considère Jean-Charles Orsucci. Elle génère une recette annuelle de 500 000 euros que nous avons orientée vers la création de logements sociaux et communaux pour de la résidence principale. Avec l’ambition de faire baisser, à terme, cette pression immobilière qui défavorise au premier chef la population qui vit ici toute l’année. »