« Il faut savoir dire non à certains artistes devenus trop chers » : les confidences sans filtre du directeur sur l’organisation du festival Jazz à Juan

« Il faut savoir dire non à certains artistes devenus trop chers » : les confidences sans filtre du directeur sur l’organisation du festival Jazz à Juan

Les années filent mais n’emportent pas l’enthousiasme inextinguible de Philippe Baute. Pour la 65e édition de Jazz à Juan, en cours jusqu’au 19 juillet 2026, à la pinède de Juan-les-Pins, le directeur général de l’office de tourisme et du festival a encore su faire briller d’incroyables têtes d’affiche, épaulé par son trio de directeurs artistiques : Jean-Noël Ginibre, Reno di Matteo et Pascal Pilorget.

Parvenir à installer sur la scène de la Pinède Gould des icônes tels que Tom Jones, qui se produisait jeudi 9 juillet, ou encore Seal, présent ce lundi 13 juillet, demande d’avoir les reins solides.

Un défi parmi d’autres que le sexagénaire affronte depuis sa prise de fonction, le 1er janvier 2000. Le regard tourné vers l’avenir, le passionné de musique entend renouveler la « recette toujours imparfaite » du plus vieux festival de jazz d’Europe. Entretien.

Quel effet cela faisait-il, à l’époque, d’assurer la continuité ?

D’un point de vue professionnel, je n’étais qu’un élément de transmission. Face à un patrimoine vivant, on se doit d’avoir beaucoup d’humilité. D’un point de vue personnel, j’avais un papa qui ne regardait jamais la télévision, sauf pour regarder l’émission de Jean-Christophe Averty sur Jazz à Juan. Moi qui faisais du piano au conservatoire, je trouvais cette musique bizarre mais passionnante. Il n’y a pas de hasard dans la vie.

Quel genre d’aventure cela a-t-il été de maintenir ce festival ?

Dans les années à venir, Philippe Baute espère multiplier toujours plus les rendez-vous autour de Jazz à Juan pour « désaisonnaliser nos activités ».
Dans les années à venir, Philippe Baute espère multiplier toujours plus les rendez-vous autour de Jazz à Juan pour « désaisonnaliser nos activités ».
Patrice Lapoirie / Nice-matin

On m’a affublé du titre de “chef d’orchestremais j’ai surtout la chance d’avoir d’excellents solistes : une production technique, une production artistique et une équipe qui gère la promotion. Comme le jazz est multicolore, leurs différents feelings musicaux se conjuguent pour ne rien oublier. Ce sont eux qui évaluent les artistes ; moi, je suis le gestionnaire qui s’assure que l’économie du festival est respectée.

Combien cela coûte-t-il à organiser ?

C’est un budget de 2,5 millions d’euros. La Ville nous accorde une dotation d’environ 700 000 euros, intégralement issue de la taxe de séjour. Le reste provient de l’Eden beach Casino, qui est coorganisateur, ainsi que des recettes de billetterie et des soirées d’entreprises.

Quels sont les plus gros obstacles à franchir ?

En 2020, avec la crise sanitaire, nous avons connu un véritable coup de massue. Mais le véritable défi qui s’annonce concerne les conditions climatiques. Quand nos équipes montent la scène à 16 heures, par des chaleurs extrêmes, c’est très rude. Il y a une grande réflexion à mener aussi sur les horaires des concerts. Si ça continue, on se demande si le modèle actuel tiendra sur le long terme.

On parle aussi beaucoup des difficultés financières actuelles des festivals. Êtes-vous préservés à ce niveau-là ?

Il faut faire des choix. Même les festivals dotés de plus gros moyens s’interrogent. Avec notre jauge de 3 000 places assises et 1 500 places debout, il y a un plafond pour les cachets que nous pouvons proposer. Bien sûr, pour un monstre sacré comme Stevie Wonder, on était prêts à être tout juste à l’équilibre pour la beauté de l’histoire du festival. Mais globalement, notre politique est de refuser la gabegie financière et de savoir dire non à certains artistes devenus trop chers.

Vous avez déjà approché des artistes plus exigeants ?

Non, car nous connaissons nos limites. Aujourd’hui, avec les méga stars comme Bruno Mars dont j’aurais rêvé, en dessous d’un million d’euros, ils ne s’assoient pas à la table des négociations. Pour nous, on arrête de discuter autour de 300 000 euros maximum.

Ce passé glorieux du festival, avec des légendes comme Ella Fitzgerald, Ray Charles ou Louis Armstrong, suffit-il à espérer une programmation à la hauteur ?

Totalement. Quand bien même le milieu s’est hyperprofessionnalisé, il y a encore des artistes qui sont touchés par ce lieu. Quand la direction de Stevie Wonder hésitait, nous leur avons envoyé la liste de ceux qui avaient joué sur cette scène : ils ont dit oui tout de suite. Cette histoire nous permet parfois de maintenir des négociations plus favorables.

À quoi pourrait bien ressembler le Jazz à Juan de demain ? La recette est-elle déjà parfaite ?

Rien n’est parfait, c’est ce qui est excitant ! Il faut avoir l’humilité de se remettre en cause. Cette année, par exemple, nous avons repensé les espaces avec une nouvelle zone grand public, plus ensoleillée, avec un espace de restauration. L’idée pour demain, c’est d’améliorer sans cesse l’expérience client, par exemple en réinstaurant les « afters » après les concerts.