"Il m’a attrapée, a serré ses mains autour de mon cou" : il venait récupérer ses enfants pour sa semaine de garde, mais l’échange vire à l’étranglement
l'essentiel Dans la voiture, deux enfants regardent leurs parents se déchirer. Lui parle d’un geste anodin, elle décrit une violence qui l’a terrifiée. Deux ans après cette scène, Anthony* et Marguerite* se retrouvent devant le tribunal de Foix, chacun poursuivi pour des violences sur l’autre.
Assis à l'intérieur de la voiture, les deux enfants ont tout vu, tout entendu. À six et quatre ans, ils assistent à la dispute de leurs parents. La scène de violence ne dure que quelques secondes. Mais les images, elles, restent. Le petit garçon de six ans finit même par sortir du véhicule, se jetant au sol, comme pour attirer l'attention et faire cesser ce qui se joue devant lui.
De part et d'autre de la salle d'audience du tribunal de Foix, Anthony* et Marguerite*, la trentaine, comparaissent donc en ce mois de juin 2026 pour des violences commises l'un sur l'autre. Les faits remontent au 15 juin 2024, à Saverdun, lors d'une journée qui devait ressembler à tant d'autres. Celle où Anthony vient récupérer, comme prévu depuis leur séparation après six années de vie commune, leurs deux enfants pour sa semaine de garde. Il est environ 17 heures.
"Vous pensez qu’elle s’est fait des traces à cause de l'haltérophilie ?"
À la barre, les versions divergent. Chemise blanche parfaitement repassée, le militaire de profession raconte que ce jour-là, il était pressé. Mais Marguerite aurait prolongé les au revoir, répétant aux enfants qu'elle les aimait. Il s'agace. C'est alors qu'elle appelle la police, craignant qu'il ne devienne violent. Anthony reconnaît uniquement l'avoir poussée aux épaules.
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La présidente l'interroge alors sur les déclarations des enfants, qui décrivent une scène bien différente dans laquelle il s'en prend violemment à leur mère. Il ne comprend pas, hausse les épaules. Même silence lorsque la magistrate évoque les traces relevées au niveau du cou de son ancienne compagne. "Elle a un grand chien et elle pratique souvent le crossfit, je me pose des questions", avance-t-il. "Vous pensez qu’elle s’est fait des traces à cause de l'haltérophilie ?", questionne, perplexe, la présidente.
Des enfants, il se souvient uniquement de leurs cris, de leurs pleurs et de cette phrase lancée par son fils : "T'es un papa pourri". Mais le tribunal peine à être convaincu par son récit et ses silences. D'autant qu'en 2023, Anthony a déjà effectué un stage de sensibilisation suite à des violences sur Marguerite.
"À chaque passage de bras, ils refusent d’aller chez leur père"
Invitée à son tour à s'exprimer, celle qui doit aussi répondre de ses actes ne sait toujours pas ce qu'elle aurait pu faire d'autre que de s'accrocher au col de son ex-compagnon pour se défendre. "À chaque passage de bras, ils refusent d’aller chez leur père, une peur des enfants que je n’explique pas." Ce jour-là, retrace cette salariée du Cnes, Anthony aurait refusé qu'elle s'approche des enfants pour leur dire au revoir. Puis tout se serait emballé. "Il m’a attrapée, a serré ses mains autour de mon cou."
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Elle explique avoir eu peur qu'il lui porte de nouveaux coups, comme cela est déjà arrivé auparavant. "Mon fils a essayé de me protéger en tapant son père. Il est bien tombé au sol." Quant à leur fille, restée dans la voiture, elle était "prostrée", "traumatisée".
Après les faits, une ordonnance de protection est rendue le 28 novembre 2024. Elle interdit au trentenaire d'entrer en relation avec son ex-compagne. Ses enfants, il peut leur rendre visite une fois par mois, dans les locaux d'une association. Pour lui, pourtant, cette décision reste une injustice. "On essaie de m’écarter de la vie de mes enfants et on me fait passer pour un homme violent."
"Ce retrait de l’autorité parentale, je m’y oppose"
Pour l'avocate de Marguerite, le doute n'est pas permis. Il a été violent. "Quand on est militaire, on apprend à gérer des situations sensibles. Là, il n’a pas su gérer ses émotions ni son comportement." La robe noire demande le retrait de l'autorité parentale. Une requête qui fait vivement réagir Me Delrieu, le conseil d'Anthony. Qu'on jette le discrédit sur son client lui est insupportable. Elle rappelle que, durant cette altercation, la mère de famille a elle aussi porté un coup et que son client présente des traces sur le corps.
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S'agissant du témoignage du garçon, elle regrette que celui-ci n'ait été recueilli que "un mois après les faits". "On peut lui faire dire ce qu'on veut à ce petit garçon." Agacée, l'avocate n'en a pas fini. "On n’est pas au juge des affaires familiales, donc ce retrait de l’autorité parentale, je m’y oppose", et de préciser : "Les enfants sont très heureux de passer du temps avec papa, n’en déplaise à madame."
Une longue plaidoirie qui n’aura pas entièrement suffi à convaincre le tribunal. Si Marguerite est relaxée, le père de famille, lui, est reconnu coupable des violences. Il est condamné à une amende de 600 euros et devra verser 500 et 400 euros à ses enfants en réparation de leur préjudice moral, ainsi que 800 euros à son ex-compagne.