“Il y a deux grands coupables”: pourquoi l’économie belge ne progresse plus
Pour la première fois depuis la pandémie de Covid-19, l’économie belge ne progresse plus. Juste avant l’été, elle s’est retrouvée au point mort. Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour nous? Sommes-nous en crise? Faut-il craindre des pertes d’emplois et la vie va-t-elle devenir encore plus chère? On fait le point avec Peter Vanden Houte, économiste en chef chez ING.
Sven Ponsaerts
2 septembre 2026, 13:02Dernière mise à jour: 13:14
Ajoutez-nous à vos favoris Google
Deux grands facteurs expliquent cette situation, assure Peter Vanden Houte. “Le premier, c’est évidemment le conflit au Moyen-Orient, qui tire les prix de l’énergie vers le haut et entretient l’inflation. Résultat? Notre industrie stagne et se contracte depuis trois trimestres consécutifs, soit neuf mois d’affilée. L’économie belge s’appuie sur une industrie très énergivore, comme la chimie, qui souffre de plein fouet de cette hausse des coûts.”
À cela s’ajoute une concurrence chinoise de plus en plus agressive, qui fragilise les entreprises européennes. “C’est particulièrement vrai pour le secteur automobile”, précise-t-il. “N’oublions pas que la Belgique reste un fournisseur clé pour les constructeurs allemands.”
“La Belgique éprouve de plus en plus de difficultés au sortir d’une période de forte inflation, comme celle que nous avons connue en 2022-2023. En pleine crise inflationniste, l’indexation automatique des salaires constitue un formidable filet de sécurité pour le pouvoir d’achat des Belges, ce qui nous permet de relativement mieux nous en sortir que nos pays voisins. Mais nous finissons par en payer le prix: la hausse des salaires rend nos entreprises nettement moins compétitives que leurs concurrentes étrangères, ce qui leur fait perdre des parts de marché. La Belgique connaîtra une année à venir plus compliquée que la moyenne des pays européens.”
Pas de panique pour autant, nuance l’expert. “Pour l’instant, le coup d’arrêt se limite à un trimestre. Nous ne sommes pas encore plongés dans une véritable crise ni dans une récession, où l’économie reculerait sur une période prolongée.”
“Mais il faut bien prendre conscience d’une chose: la croissance économique correspond en réalité à la hausse de notre revenu collectif. Quand l’économie progresse, la prospérité augmente. On crée des emplois, les salaires grimpent et les dividendes distribués aux actionnaires sont plus élevés. Si cette croissance s’essouffle, cela signifie que nos revenus et notre niveau de vie global cessent de progresser.”
“Jusqu’à présent, les dégâts sur le marché du travail restent limités. Au cours du premier semestre, des emplois ont même été créés.” Mais Peter Vanden Houte tire la sonnette d’alarme: “Le marché de l’emploi marque toujours un temps de retard. Lorsque l’économie stagne, voire se contracte, les entreprises ne réagissent qu’après quelques mois en gelant les embauches ou en lançant des vagues de licenciements. Si cet essoufflement économique persiste au cours de ce trimestre, nous verrons très probablement des signes de contraction du marché du travail d’ici la fin de l’année, vers novembre ou décembre. Un nombre restreint d’offres d’emploi signifie, entre autres, que les jeunes diplômés auront encore bien plus de mal à trouver rapidement un travail.”
“En temps normal, un essoufflement de l’économie ralentit l’inflation. Lorsque les consommateurs ont moins d’argent et que la demande chute, il devient très difficile pour les entreprises d’imposer des hausses de prix.”
Cela devrait donc s’ériger comme une bonne nouvelle pour les prix en magasin. Mais il y a un grand “mais”: “Malheureusement, cet effet ne se fait pas encore sentir dans l’immédiat. La persistance de prix de l’énergie élevés vient contrecarrer la baisse des prix attendue.”
(La suite ci-dessous)
Le coup le plus dur pour notre portefeuille ne viendra peut-être pas des supermarchés, mais de l’État. “Une économie à la traîne pose un immense problème pour notre budget. Sans croissance économique, les recettes fiscales de l’État chutent. Et si le chômage venait à repartir à la hausse dans la foulée, il devrait verser davantage d’allocations. Un demi-point de croissance en moins, ou une croissance totalement nulle, cela change tout. Si le gouvernement doit assainir les finances plus sévèrement pour combler ce trou, nous allons tous en ressentir l’impact sur notre pouvoir d’achat.”
Selon Peter Vanden Houte, le facteur clé reste la stabilité au Moyen-Orient. “Dès que le conflit au Moyen-Orient s’apaisera et que le pétrole et le gaz redeviendront moins chers, la fuite massive de capitaux vers l’étranger prendra fin. Cela apportera immédiatement une bouffée d’oxygène et du pouvoir d’achat supplémentaire, tant pour les entreprises que pour les ménages.”
Il convient désormais d’attendre la prochaine estimation rapide, la fameuse “estimation flash”, de la Banque nationale de Belgique concernant les perspectives de croissance économique. La question cruciale? Savoir si cette croissance nulle va persister ou, pire encore, se transformer en croissance négative. Ce pronostic est attendu d’ici un peu plus de deux mois