Immigration. Migrants à Ceuta : une crise qui fait trembler l’Europe, la droite s’engouffre dans la brèche

Immigration. Migrants à Ceuta : une crise qui fait trembler l’Europe, la droite s’engouffre dans la brèche

L’Europe fait face à une nouvelle crise migratoire qui crée une onde de choc et menace de faire voler en éclats la libre circulation au sein de l’espace Schengen. En 24 heures, près de 60 000 migrants, dont 7 000 mineurs, arrivant du Maroc ont réussi à pénétrer dans l’enclave espagnole de Ceuta depuis la mer en franchissant la seule frontière de l’Union européenne (UE) sur le continent africain avec celle de Melilla, l’autre territoire espagnol en Afrique du Nord.

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La situation était chaotique et la tension très vive à Ceuta où certains migrants racontent avoir essuyé des jets de pierres et n’avoir pas pu manger ni boire car des commerçants refusaient de les servir. Face à ces réactions hostiles, plus de 48 000 migrants sont déjà retournés au Maroc, volontairement ou après avoir été expulsés.

Cet afflux de migrants est inédit : les territoires de Ceuta et de Melilla n’ont enregistré que 994 entrées de migrants sur toute l’année 2025 et moins de 500 en 2024 et 2023. Ce nombre record sur une seule journée est aussi très supérieur à ce que l’Europe a connu même au plus fort de la crise migratoire de 2015.

Le jeu trouble du Maroc

En 2021, le Maroc avait laissé entrer près de 10 000 migrants dans les enclaves pour faire pression sur l’Espagne qui refusait de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, une ancienne colonie espagnole. La colère marocaine avait redoublé en découvrant que le chef du Front Polisario, le mouvement indépendantiste qui revendique l’ex-territoire espagnol, était discrètement soigné dans un hôpital de Madrid.

L’Espagne a depuis accepté le plan d’autonomie marocain sur l’ancien Sahara espagnol, comme la France l’a fait en 2024. La crise migratoire intervient toutefois quelques jours après une visite du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez en Algérie, grand rival du Maroc et soutien du Front Polisario.

Par la terre et par la mer, des dizaines de milliers de migrants ont illégalement rejoint l’enclave espagnole de Ceuta au Maroc en quelques jours.  Photo Sipa /Juan Carlos Lucas
Par la terre et par la mer, des dizaines de milliers de migrants ont illégalement rejoint l’enclave espagnole de Ceuta au Maroc en quelques jours. Photo Sipa /Juan Carlos Lucas

La passivité des gardes-frontières marocains pose question, alors que le Maroc qui convoite les deux enclaves espagnoles instrumentalise fréquemment les questions migratoires à des fins diplomatiques.

Les arrivées massives ont été encouragées par un récent arrêt de la Cour suprême espagnole qui a estimé que le refoulement immédiat de migrants arrivant par la mer à Ceuta et Melilla était illégal, contrairement à ceux passant par la frontière terrestre. Des rumeurs exploitées par les réseaux de passeurs ont poussé de nombreux jeunes marocains et africains en quête d’un avenir meilleur en Europe à tenter de rejoindre l’enclave à la nage, dont au moins 57 sont morts noyés.

Pedro Sánchez, cible des critiques à droite

Face à cette crise, Pedro Sánchez a appelé les pays de l’UE à s’unir après les propos de Giorgia Meloni. La présidente italienne du Conseil a dénoncé une menace pour la sécurité de l’Europe et l’Italie a annoncé suspendre l’accord de libre circulation avec l’Espagne. Pourtant, les accords de Schengen ne le permettent pas et Ceuta ne bénéficie pas de cette libre circulation.

Déplorant un manque de solidarité, le Premier ministre espagnol a ironisé sur le fait que l’Italie a enregistré près de 500 000 entrées de migrants illégaux entre 2021 et 2026, deux fois plus que l’Espagne. De son côté, la France a renforcé les contrôles à la frontière en multipliant par cinq le nombre de policiers et gendarmes déployés, portant leur nombre à 334.

Les partis de droite et d’extrême droite européens tentent d’exploiter la crise à Ceuta, comme le président américain Donald Trump qui cherche à faire oublier la guerre au Moyen-Orient. Pedro Sánchez, un des derniers dirigeants de gauche en Europe, est la cible des critiques depuis son plan de régularisation de sans-papiers qui a reçu plus d’un million de demandes. Ses détracteurs l’accusent de provoquer un « appel d’air ».