"Inacceptable" : Près de 80 000 euros par médecin... une soixantaine de professionnels de santé sommés de rembourser les primes qui leur avaient été versées pendant des années
l'essentiel Une soixantaine de médecins du Grand Hôpital de l’Est francilien se voient réclamer le remboursement de primes versées durant plusieurs années. L’établissement estime ces paiements illégaux, tandis que certains praticiens devront verser des dettes pouvant atteindre 80 000 euros.
La goutte de trop pour une partie des médecins du Grand Hôpital de l’Est francilien (GHEF). L'établissement réclame à une soixantaine de praticiens le remboursement de milliers d’euros de primes qu’il leur avait versées pendant des années.
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Ces gratifications financières avaient été instaurées par des accords internes pour attirer des médecins dans un territoire confronté à une pénurie de soignants. Mais fin 2024, la nouvelle direction annonce aux praticiens concernés que ces primes, pourtant inscrites dans leurs contrats, n’ont "aucune base légale" et qu’elle ne les versera plus, rapporte Le Parisien.
Des dizaines de milliers d'euros à rembourser
Sauf qu'aujourd'hui, l’hôpital demande le remboursement des sommes considérées comme un "indu" sur les deux dernières années. La facture, présentée durant l’été 2025, peut atteindre 80 000 euros pour certains médecins. Au total, le GHEF espère récupérer près de 2,7 millions d’euros.
Les principales victimes sont les Padhue, ces médecins diplômés hors de l’Union européenne qui doivent patienter plusieurs années avant de valider leur inscription en France. Payés comme des débutants durant cette période, ces bonus pouvaient représenter jusqu’à la moitié de leur salaire.
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Aujourd’hui, beaucoup se retrouvent avec une rémunération de base autour de 2 000 euros et une dette qu’ils jugent impossible à rembourser. Certains expliquent avoir déjà dépensé cet argent, la plupart étant soutien de famille. Pris à la gorge, plusieurs ont contracté des prêts sur vingt-cinq ans.
"On nous traite comme si on avait volé l’hôpital"
"Inacceptable" pour ces médecins, qui dénoncent autant la somme demandée que la manière. "On me réclamait déjà 22 000 euros l’an dernier, et là 10 000 euros. Concrètement, je fais comment ?", interroge l’un d’eux, cité par nos confrères. "Même en vacances je ne pense qu’à ça, soupire l’un de ses confrères, en burn-out. J’ai raté des vacances, les anniversaires de mes enfants parce qu’on avait besoin de moi… Dans le privé, je travaillerais deux fois moins pour gagner trois fois plus. Je suis à l’hôpital public par choix, mais cet argent, nous l’avons gagné".
Un autre praticien, père de trois enfants et redevable de 35 000 euros. "Si j’ai fait autant d’heures – jusqu’à 90 par semaine – c’est que j’en avais besoin. On nous traite comme si on avait volé l’hôpital, je me sens sali", lâche-t-il, résolu à partir dès qu’il le pourra.
Des choix qui "n'étaient pas réglementaires"
Pour sa défense, l’actuel directeur du GHEF assure dans un communiqué que les choix de son prédécesseur "n’étaient pas réglementaires". Il affirme que la situation concerne 10 % des effectifs et met en avant des mesures d’accompagnement avec des "réunions d’explication" et la "possibilité […] d’étaler dans le temps les remboursements".
Une réponse qui ne convainc pas Me Delphine Krzisch, avocate de plusieurs médecins. Elle dénonce une situation inédite relevant d’une forme de "gestion toxique". "La direction fait mine de découvrir une situation qui est monnaie courante, elle se met à dos des soignants pourtant très engagés. Qui peut faire confiance à une administration qui ne tient pas sa parole ? Ce serait impossible dans le privé".