Pourquoi la qualification de « feu convectif » pour l’incendie en Gironde inquiète
France 25/07/2026 12:17 Actualisé le 25/07/2026 12:57
L’incendie en Gironde est un feu convectif, ont fait savoir les autorités. Ce type de feu s’accélère bien plus vite et rend difficile le travail des sapeurs-pompiers.

AFP PHOTO / SDIS33 - CAPORAL-CHEF DAMIEN REMBERT
Les pompiers luttent contre les flammes en Gironde, vendredi 24 juillet 2026.
La formule a de quoi préoccuper. « On n’avait jamais vu ça, un feu convectif de cette ampleur », a commenté le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez sur TF1 vendredi 24 juillet, au sujet de l’incendie qui sévit depuis mercredi en Gironde. Le feu a consumé plus de 19 000 hectares et entraîné l’évacuation de 167 000 résidents et vacanciers, jusqu’à provoquer, ce samedi 25 juillet, l’envoi de l’avion militaire A400M.
L’expression de « feu convectif » désigne un type de feu et la façon dont un incendie se comporte. Les sapeurs-pompiers font en effet la différence entre trois types de feu : le feu topographique, le feu guidé par le vent et le feu convectif, selon un document du Sdis de la Haute-Loire.
Un feu convectif est « en lien direct avec l’atmosphère qui va définir le comportement du feu » et se développe en combinant une végétation dense et sèche et une instabilité géographique, est-il précisé dans le document.
Si tout incendie provoque une colonne d’air chaud, la convection est tellement puissante dans ce type de feu que l’incendie génère son propre courant d’air. « C’est un phénomène comparable à celui d’une cheminée. Le feu dégage une très forte énergie, l’air chaud monte et crée son propre vent », illustre Pierre Macé, directeur de la DFCI (Défense de la Forêt contre les Incendies) Aquitaine, à Sud-Ouest.
« C’est un phénomène d’auto-entraînement et d’autoalimentation », complète Éric Rigolot, ingénieur de recherche à l’unité Écologie des forêts méditerranéennes de l’Inrae d’Avignon, auprès du Nouvel Obs. En créant ses propres vents, le feu accélère sa propagation et peut parfois changer brutalement de direction, selon les autorités.
Une lutte plus difficile pour les pompiers
En plus de s’auto-alimenter, ce type de feu entraîne de nouveaux foyers. « (La) colonne de fumée emporte des particules en combustion qui sont projetées parfois très loin et provoquent de nouveaux départs de feu. C’est l’une des raisons pour lesquelles cet incendie a pris une telle ampleur », souligne Pierre Macé.
Les forêts de Gironde sont-elles davantage concernées par ce risque ? « On est en forêt complète, donc c’est plus probable d’avoir des possibilités de feu convectif », répond Éric Rigolot au Nouvel Obs. « Dans une forêt dans laquelle on a toutes les strates, la litière, les herbes, les arbustes et les arbres, on a beaucoup plus de chances d’avoir un feu convectif que dans une garrigue d’arbustes », développe-t-il.
Pour les sapeurs-pompiers, les feux convectifs demandent une adaptation permanente pour réussir à les contrer. « Le sinistre, de ce fait-là, va forcément s’étendre sur le côté, va s’élargir et va désorienter la stratégie opérationnelle des sapeurs-pompiers », appuie Éric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, interrogé sur LCI. Selon le professionnel, en Gironde, les sapeurs-pompiers vont ainsi se voir « obligés de remettre à plat la cellule anticipation ».