Interview. « Les entrepreneurs ont le sentiment que les politiques sont déconnectés », selon le président de CCI France

Interview. « Les entrepreneurs ont le sentiment que les politiques sont déconnectés », selon le président de CCI France

En cette semaine de rentrée politique et économique, le président de CCI France (Chambre de commerce et d’industrie), Alain Di Crescenzo, revient sur les attentes et les préoccupations des chefs d’entreprise. Stabilité et visibilité en sont les principales.

Propos recueillis par Boris Ivanoff -

Aujourd’hui à 08:30

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Alain Di Crescenzo, senior vice-président du groupe IGE XAO (éditeur de logiciels) a été élu à la tête de CCI France en 2022. Photo Sipa/Philippe Magoni
Alain Di Crescenzo, senior vice-président du groupe IGE XAO (éditeur de logiciels) a été élu à la tête de CCI France en 2022. Photo Sipa/Philippe Magoni
En cette rentrée marquée par les conséquences dramatiques du réchauffement climatique d’un côté et les prémices de la campagne pour la présidentielle de l’autre, quel est l’état d’esprit des chefs d’entreprise ?

« D’après le baromètre (*) que nous réalisons chaque mois, auprès d’un échantillon représentatif des quelque 3,8 millions d’entreprises adhérentes à notre réseau, le moral des chefs d’entreprise reste stable. En juin dernier [dernier baromètre, NDLR], il était à 62 points (sur 100) soit sept points de mieux que le mois précédent, même si les évènements de cet été (incendies, sécheresse…) ont sans doute inversé la tendance. Les dirigeants gardent donc globalement le moral. Mais l’indice le plus important pour nous est celui de la confiance : 63 % des dirigeants ont confiance dans l’entreprise - ce qui est très important actuellement étant donné le nombre record de défaillances d’entreprises, le faible niveau de croissance, le taux de chômage qui repart à la hausse… Mais seulement de 12 % d’entre eux ont confiance dans l’économie française. Une véritable dualité que nous constatons chez les entrepreneurs depuis plusieurs années déjà. »

Le Medef tient sa Rencontre des entrepreneurs de France 2026 (REF) mercredi et jeudi. Sept candidats à présidentielle participeront à un débat autour des attentes des dirigeants d’entreprise. Un rendez-vous très attendu ?

« Certainement, parce qu’aujourd’hui davantage de stabilité et de visibilité sont les principales attentes des dirigeants. Sur un plan économique bien sûr, mais aussi politique. Ce que vont dire les candidats jeudi risquent donc d’être scruté par le monde économique. Sur le fond bien sûr et sur le timing aussi, parce qu’il va falloir aller vite, très vite même ! »

« On nous impose des solutions qui ne sont pas toujours adaptées à la réalité »

Stabilité, visibilité… cela ne dépend pas entièrement des politiques. C’est aussi une question de conjoncture ?

« Sans doute. Le problème est que nous vivons certes une crise économique, mais aussi une crise de “déconnexion”. Les entrepreneurs - et pas seulement d’ailleurs - ont le sentiment que les politiques sont de plus en plus déconnectés de leurs préoccupations du quotidien. Pourquoi y a-t-il trois fois plus de règlements pour passer de neuf à 10 salariés que de 19 à 20 salariés dans une entreprise ? Pourquoi l’arrêt du moteur thermique alors qu’en France, on ne fabrique ni les moteurs électriques, ni les logiciels embarqués et on maîtrise encore moins les terres rares. Les gens ne comprennent plus. »

Les incendies et les canicules de cet été montrent tout de même qu’il est crucial de trouver une solution pour lutter contre le réchauffement climatique ?

« Évidemment ! L’objectif de zéro émission de gaz à effet de serre en 2050 est capital. Mais nous aurions mille fois préféré qu’on nous laisse libre des moyens pour y parvenir : biocarburant, hydrogène, sobriété énergétique… peu importe. Le problème est qu’on nous impose des solutions qui ne sont pas toujours adaptées à la réalité et qu’en plus les objectifs changent [initialement définitive en 2035, la fin de ventes de voitures thermiques sera progressive au sein des pays de l’Union européenne, NDLR]. Au final, ce que nous demandons aux pouvoirs publics, c’est d’être strict sur les résultats et le calendrier, mais de laisser à nos entreprises le choix des technologies. »

(*) Baromètre réalisé par les équipes du réseau CCI auprès d’un échantillon de 1 014 dirigeants d’entreprise comptant au moins un salarié du 8 au 16 juin 2026.

Les chiffres de CCI France

  • 3,8 millions d’entreprises adhérentes et donc bénéficiaires du réseau CCI.
  • 1,2 million d’entreprises accompagnées en 2025.
  • Plus de deux milliards d’euros mobilisés pour l’aide à la création ou au développement des entreprises en France, par le réseau CCI en 2025.
  • Le réseau CCI s’articule autour de 121 chambres consulaires, la plupart au niveau départemental et 13 au niveau régional et 14 dans les territoires d’Outre-Mer, y compris en Nouvelle-Calédonie.
  • 13 600 collaborateurs accompagnent et soutiennent les entreprises adhérentes.

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