Islande. Un pas vers l'Union européenne ? Un vote serré sur la reprise des négociations attendu ce samedi
Rester au large ou s’arrimer au continent européen ? C’est le choix qui s’offre ce samedi à plus de 272 000 électeurs islandais, qui doivent se prononcer pour ou contre la reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne (UE). Plus de 13 000 ont déjà voté par anticipation, pour un scrutin annoncé comme serré par les instituts de sondages. « Le Parlement sera consulté immédiatement et nous déciderons ensemble de ce qui se passera ensuite, que cela signifie le retrait officiel de candidature ou autre chose », a précisé mercredi Thorgerdur Katrín Gunnarsdóttir, ministre islandaise des Affaires étrangères, promettant que la décision des Islandais serait respectée par le gouvernement. En cas de vote positif, un éventuel accord avec Bruxelles ferait l’objet d’un nouveau référendum et nécessiterait probablement une modification de la Constitution ainsi qu’une ratification par les Vingt-Sept.
Laminée par la crise financière, l’Islande avait déposé en 2009 une demande d’adhésion à l’UE, mais les discussions avaient été interrompues quatre ans plus tard par la coalition eurosceptique arrivée au pouvoir. Le retrait de la candidature islandaise n’avait toutefois jamais été formalisé dans les règles.
En cas de victoire du « oui », le processus d’adhésion pourrait être rapide. Membre de l’Espace économique européen (EEE), l’Islande participe au marché intérieur européen, et une partie de sa législation est déjà alignée sur celle de Bruxelles. Les négociations sont aussi déjà bien avancées : sur les 35 chapitres nécessaires, 27 ont déjà été ouverts et 11 ont été provisoirement clos.
Le secteur de la pêche a longtemps constitué le principal obstacle à l’adhésion à l’UE. Un demi-siècle après la dernière « guerre de la morue » face au Royaume-Uni, beaucoup rechignent à abandonner à Bruxelles la moindre parcelle d’un contrôle des eaux si chèrement conquis. Pourtant europhile, Thorgerdur Katrín Gunnarsdóttir a prévenu que Reykjavik réclamerait dans toute négociation le maintien de sa souveraineté dans ce domaine - une demande d’exemption difficilement compatible avec la politique commune de la pêche de l’UE dans sa forme actuelle. Environ 40 % des exportations islandaises proviennent de la mer.
Montée des inquiétudes sécuritaires
Mais la pêche n’est pas la seule question qui pèse sur le référendum. Il y a d’abord la question économique. Dans une économie redevenue prospère mais avec une devise volatile, les Islandais subissent une inflation et des taux d’intérêt élevés : la banque centrale vient de relever son taux pour la troisième fois depuis le début de l’année. De quoi rendre l’adoption de l’euro attrayante aux yeux des ménages endettés.
Et surtout, il y a la question sécuritaire, avec le retour de la guerre en Europe et l’invasion russe de l’Ukraine. Bien que membre de l’Otan, l’Islande ne dispose d’aucune armée. En vertu d’un accord bilatéral conclu en 1951, sa défense est censée être assurée par les États-Unis, qui apparaissent comme un partenaire de moins en moins fiable : les raisons avancées par Donald Trump pour s’emparer du Groenland, territoire danois, pourraient tout aussi bien s’appliquer à l’Islande. « Les bouleversements géopolitiques auxquels nous avons assisté récemment ne sont pas à l’origine de ce référendum. Mais, bien sûr, ces préoccupations pèsent sur le débat. C’est surtout l’agressivité à l’égard du Groenland qui a suscité une vive inquiétude en Islande et amené beaucoup de gens à s’interroger », décrypte Eirikur Bergmann, professeur de sciences politiques à l’université de Bifröst.