"J'aurai quasiment plus de concombres. Si la fleur de la plante meurt, tout est mort..." : face à la chaleur et la sécheresse, comment ce maraîcher lutte pour la survie de ses légumes

"J'aurai quasiment plus de concombres. Si la fleur de la plante meurt, tout est mort..." : face à la chaleur et la sécheresse, comment ce maraîcher lutte pour la survie de ses légumes

l'essentiel À Les Arques, entre Cahors et Gourdon, Thierry Bousquet, maraîcher bio, fait face à un été exceptionnellement chaud qui endommage ses cultures. Près de la moitié de ses salades ont brûlé, et les concombres sont en péril. L'arrosage intensif, nécessaire pour sauver ses récoltes, augmente les coûts, menaçant de faire grimper les prix. Il nous raconte son combat pour la protection de son exploitation.

Sur les terres de La Passade Maraîchage, la chaleur ne se contente pas de ralentir les récoltes, elle les brûle. Entre Cahors et Gourdon, dans la commune de Les Arques, Thierry Bousquet subit un été hors norme qui met à rude épreuve son exploitation biologique de quatre hectares. Salades, concombres, haricots, poivrons, aubergines... rares sont les légumes qui échappent aux conséquences de la chaleur et de la sécheresse. 

"Toutes les plantations ont pris cher... Tous les légumes qui ont des rotations régulières sur la saison brûlent", résume le maraîcher installé depuis six ans. Si les oignons ou les patates douces résistent un peu mieux, ils ont malgré tout besoin de beaucoup d'eau. 

Certaines aubergines ont brûlé à cause des hautes températures.
Certaines aubergines ont brûlé à cause des hautes températures. DDM Charlotte Sirieys

Dès la première vague de chaleur fin mai, les difficultés ont commencé à apparaître. "Nous, on plante régulièrement et dès qu'il y a un pic de chaleur, les jeunes plants ne tiennent pas, ils brûlent. Cela a un impact sur la germination puisque ce sont des plantes qui ne sont pas faites pour résister à 40 degrés pendant plusieurs semaines", explique Thierry Bousquet.

Les conséquences se mesurent aujourd'hui dans les récoltes. Près de la moitié de sa dernière plantation de salades a brûlé. Et, les haricots, produits très recherchés en cette période estivale, sont eux aussi victimes des fortes températures. Beaucoup restent trop petits et trop fins pour être commercialisés. "Ça ne remplit pas le panier", constate-t-il. 

Les haricots sont souvent trop petits et trop fins pour pouvoir être vendus.
Les haricots sont souvent trop petits et trop fins pour pouvoir être vendus. DDM Charlotte Sirieys

La chaleur favorise l'apparition de certaines maladies

Un autre cas illustre parfaitement la situation : les concombres. "La semaine prochaine, j'aurai quasiment plus de concombres. Si la fleur de la plante meurt, tout est mort", désespère le maraîcher qui sait que cette absence ne passera pas inaperçue auprès de sa clientèle. "J'ai une demande accrue pour les concombres. Si je n'en ai pas, les clients vont me faire la remarque. Mais, si les températures baissent, j'en aurai peut-être dans trois semaines", ajoute-t-il. 

Les tomates, qu'il cultive sous serre, ne sont, elles aussi, pas épargnées. "Il y a un gros pic qui arrive puis il n'y en aura plus. On n'arrive pas à être stable sur la saison", confie Thierry Bousquet en précisant que les effets de la canicule peuvent parfois se répercuter avec plusieurs semaines de décalage. Également, sous serre, les températures élevées peuvent favoriser l'apparition de parasites et maladies, comme l'acariose observée cette année. 

Thierry Bousquet ne pourra bientôt plus vendre de concombres.
Thierry Bousquet ne pourra bientôt plus vendre de concombres. DDM Charlotte Sirieys

Pour limiter les dégâts, l'arrosage est devenu un travail à part entière. "On arrose matin et soir tant qu'on peut pour faire baisser la température et éviter les brûlures. Sauf que cela ajoute du travail et des frais en eau et en main-d'œuvre", raconte Thierry Bousquet qui emploie quatre salariés en été. Une masse salariale nécessaire selon lui car la chaleur ralentit les cadences humaines. 

"On va être obligés d'augmenter les prix"

Actuellement, l'eau reste la principale préoccupation. Le propriétaire de La Passade Maraîchage pompe dans un cours d'eau et bénéficie d'une dérogation lui permettant d'arroser quotidiennement. "Pour l'instant, il y a toujours de l'eau. Ça baisse mais c'est stabilisé. La question, c'est de savoir si ça va tenir jusqu'en septembre", s'interroge-t-il. Mais, certaines cultures auraient besoin de davantage. "Si on plante des carottes et qu'elles ne sont pas arrosées trois fois par jour, on perd tout", explique Thierry Bousquet avant de proposer : "Il faudrait avoir le droit de faire des réserves l'hiver." 

Pour le moment, le maraîcher n'a pas encore répercuté ses difficultés sur ses tarifs même si ça ne saurait tarder. "On va être obligés d'augmenter les prix parce que l'investissement sur l'arrosage est de plus en plus élevé. Tout le monde me dit qu'ils paient plus de cinq euros le kilo de tomates en grande surface alors que moi, c'est encore 4,70 euros", confie-t-il. En attendant, Thierry Bousquet espère un retour de températures plus clémentes : "Si elles baissent, on pourra peut-être allonger la saison et récupérer un peu au mois d'octobre."