« Je crois beaucoup au renouveau » : Gaël Fickou se confie sur les coulisses de son retour à Toulon
C’est un retour que le peuple toulonnais n’attendait plus. Né et biberonné à La Seyne, puis formé et révélé à Toulon, Gaël Fickou a longtemps été cet enfant prodige qui rend le supporter varois à la fois fier et frustré.
Fier de le voir s’élever, dès 18 ans à peine, jusque dans les plus hautes sphères du rugby français. Fier de le voir devenir un exemple pour de nombreux gamins des quartiers, lui, le minot de la cité du Germinal.
Et puis, frustré. Frustré de l’observer briller sous les couleurs des rivaux, de Toulouse (2012-2018) au Racing 92 (2021-2026) en passant par le Stade français (2018-2021). Frustré qu’il se refuse à revenir sur ses terres pour enfin y jouer au niveau professionnel, prolongeant l’aventure ailleurs, année après année.
Mieux vaut tard que jamais, paraît-il. Ceux qui ont longtemps souhaité son come-back sont aujourd’hui exaucés. Et même à 32 ans, le trois-quarts centre international français (1,91 m, 97 kg) a encore beaucoup à donner. Il arrive en tout cas surmotivé, comme il l’a confié à Var-matin sur la terrasse du Campus RCT.
Luc Boutria / Var-matin
Qu’est-ce que ça fait de retrouver ce club après tant d’années ?
C’est vrai que le temps a passé. Je n’avais pas encore vu ces infrastructures. L’évolution est impressionnante. Quand je suis parti, on était dans des préfabriqués. Après, cette région, je ne l’ai jamais vraiment quittée. Même si on a peu de temps, je reviens l’été, pour Noël… Ce qui fait que je me suis très vite acclimaté. Je suis aussi content de regoûter un peu à cette nouveauté, cette folie qui est là quand on change de club. Ça crée une émulation. Et puis, dans le vestiaire, je connaissais déjà la plupart des gars(1). J’ai appris à connaître les nouveaux aussi. Tout se passe très, très bien.
Cela doit vous faire bizarre de renfiler ce maillot…
J’avoue qu’à la base, je ne pensais pas revenir. Il me restait quand même deux ans de contrat avec le Racing. Je me voyais finir là-bas. Mais je me suis dit que c’était mon histoire. Parfois, la vie fait que ça se joue ailleurs… J’ai eu cette opportunité. J’ai toujours été très proche de Pierre (Mignoni). On discutait énormément. Et c’est devenu concret à partir du moment où on a tous les deux pris la décision de faire ce pari. Ces couleurs m’ont toujours été chères. J’ai toujours été derrière l’équipe. Et je suis très fier aujourd’hui de pouvoir porter ce maillot. Je ne pensais peut-être pas le faire dans ma carrière pro. Mais quand je vois ce matin (lundi) le nombre de supporters qu’il y a au bord de la rambarde du Campus… Tout ça crée une énergie assez positive. J’en ai besoin pour avancer.
Pierre Mignoni a donc été décisif dans votre venue.
Il a toujours voulu que je revienne. Là, il a su me convaincre. C’est un mec d’ici, comme moi. Il a cette identité, ces valeurs. Il trouvait ça dommage que je ne porte pas ce maillot, que je ne puisse pas amener ce que je sais faire. […] Maintenant, il va falloir gagner les matchs, parce que tout le monde nous attend après la saison dernière.
Tout le monde attend l’équipe, mais tout le monde attend aussi l’international qui rentre au pays. Comment appréhendez-vous cela ?
Assez simplement. Je ne suis pas quelqu’un qui se prend la tête. Je sais que les supporters ont beaucoup d’attentes autour de moi et du club. De mon côté, je vais essayer de donner le meilleur et de me régaler sur le terrain pour que tous les Toulonnais soient fiers. Le but, c’est ça. Gagner des matchs. Performer. Prendre du plaisir. Et en donner énormément.
Ce transfert, peu de gens auraient misé dessus il y a quelques mois…
Le chemin était simplement différent. J’étais à Paris depuis huit ans, ça se passait bien au Racing, je construisais des choses dans ma vie personnelle… Je ne voyais pas forcément l’intérêt de revenir. Mais le destin t’amène à ce moment où tu dois prendre une décision. Le projet a toujours été séduisant. Toulon, c’est un très grand club. Je suis d’ici et les valeurs, je les connais par cœur. Ma façon de voir le rugby et d’y jouer a un peu toujours été façonnée à la toulonnaise. Est-ce que ça n’aurait pas été bête de manquer cette opportunité ?
"Le seul risque que je prends, c’est d’être mauvais et de me faire critiquer."
La famille doit être aux anges…
Ça faisait quatorze ans que j’étais parti loin de chez moi. Même plus, car j’avais 16 ans quand j’étais au pôle France, à Paris. Là, revoir mes proches au quotidien, passer des moments avec eux, c’est très plaisant. Le temps file et je rate beaucoup de choses en faisant du rugby. J’ai toujours été tout seul, à Toulouse, à Paris… Quand tu perds le dimanche soir, que tu rentres chez toi et que tu es solo dans ton appartement, c’est moins facile. La vérité, c’est que pour une fois, je suis entouré de ma famille. Mes petits neveux se foutent du rugbyman. Eux voient juste le tonton. Et ça, ça fait du bien.
D’un autre côté, n’est-ce pas aussi un risque de revenir maintenant, loin du confort du Racing 92 ?
Le seul risque que je prends, c’est d’être mauvais et de me faire critiquer. Mais ça, c’est la vie. Ce n’est pas très grave non plus. Ce qui est essentiel, c’est de donner du plaisir aux supporters et d’aider l’équipe. Ça, ça m’importe. Après, le risque… Je ne vais pas mourir, tout va bien se passer (rires) ! Là, il s’agit de se challenger. Je crois beaucoup en l’émulation. Je crois beaucoup au renouveau, aussi. Quand tu es longtemps dans un club, tu as tendance à ne plus produire les petits efforts que tu faisais au moment d’arriver. Aujourd’hui, j’essaie de me donner les moyens de performer. Ici, par exemple, le temps est plus cool. L’état d’esprit, le soleil… Tu as envie de rester sur le terrain pour bosser. C’est juste un exemple. Mais le but, c’est de nourrir et d’entretenir la flamme. Et ça ne passe que par le travail.
Qu’est-ce qui a le plus changé entre l’ado qui partait à l’aventure et l’homme qui revient ?
La maturité. Avec le temps, tu apprends à te connaître. Tu apprends aussi le rugby d’une autre manière. Je perçois ce sport totalement différemment. Il y a quatorze ans, je prenais le ballon, j’essayais de courir le plus vite possible et de ne pas me faire rattraper (sourire). Désormais, je vois le rugby comme un jeu d’échecs, une stratégie d’usure. Et puis, en tant qu’humain, je suis affirmé. Je sais qui je suis, le rôle que j’ai, ce que je peux apporter. Je connais mes forces et mes fragilités.
1. Il est notamment très proche de Baptiste Serin depuis ses 15 ans.
Luc Boutria / Var-matin
2012, le grand départ
À l’occasion de cet entretien, Gaël Fickou est également revenu sur sa mutation marquante de Toulon vers Toulouse, alors qu’il n’avait que 18 ans : « L’histoire est très simple. À l’époque, le RCT faisait beaucoup jouer les étrangers, les joueurs confirmés, les stars internationales. J’étais très loin dans la hiérarchie. J’aurais beaucoup moins joué. Au vu de l’ambition que j’avais de performer très tôt, j’ai choisi de partir. À Toulouse, j’ai matché directement. Ce choix, il n’y a pas à le contester. Je me suis régalé là-bas. Je pense que c’était le mieux pour m’épanouir et avoir la carrière que j’ai. Même si je sais que ça ne fait pas plaisir aux supporters, si c’était à refaire, je referais la même chose. La vérité est celle-ci. Je ne regrette rien. Et aujourd’hui, je suis là, prêt à tout donner pour Toulon. »