« Je m’y prépare » : pas encore officiellement candidat, Xavier Bertrand pose les bases de son projet pour la présidentielle avec la culture en toile de fond

« Je m’y prépare » : pas encore officiellement candidat, Xavier Bertrand pose les bases de son projet pour la présidentielle avec la culture en toile de fond

Un parfum de pré-campagne. Samedi 1er août, Xavier Bertrand était à Ramatuelle, à l’invitation de Michel Boujenah et de Jacqueline Franjou pour l’ouverture du Festival, avec le spectacle de Manu Payet.

« On s’était vus à Paris pour une représentation de La Joconde parle enfin – présentée à Ramatuelle mercredi soir –, ils m’ont convié car je n’étais jamais venu au festival. »

Voilà qui est désormais chose faite. Le président des Hauts-de-France en a profité pour présenter les grandes lignes de ce qui pourrait être son programme présidentiel.

Budget, censure, décentralisation et surtout culture… Il détaille sa vision.

Car oui, s’il n’est pas encore officiellement candidat, l’ancien ministre de la Santé n’entend pas céder son tour cette fois.

Vous avez publié une tribune dans Libération pour défendre la culture. Pourquoi ?

Pour moi, la culture fait partie des choses essentielles. Dans ma région, nous avons augmenté de 50 % le budget de la culture depuis que je suis président. Et aujourd’hui, même si les temps sont très durs pour les finances de la région, la culture n’est pas une variable d’ajustement budgétaire. Les budgets ne baissent pas et ils ne baisseront pas. J’ai toujours été marqué par cette phrase de Churchill quand on lui proposait, pour augmenter le budget de la guerre, de baisser celui de la culture. Il répondait : « Si on ne se bat pas pour la culture, pourquoi se bat-on ? » Pour moi, la culture fait partie des choses essentielles, parce qu’elle transcende, qu’elle émancipe, mais aussi parce qu’elle rassemble.

Elle est pourtant la première sacrifiée, comme en témoigne la baisse drastique des subventions décidée en Pays de la Loire par Christelle Morançais (Horizons, ex-Les Républicains)…

Ce n’est pas ma conception, et ça ne le sera jamais. Je suis intimement convaincu qu’il y a un vrai projet culturel à porter au niveau national : le 1 % culture. Il faut développer, en plus et non à la place, le mécénat culturel. Aujourd’hui, il faut rehausser le budget de la culture. Deuxièmement, il faut une véritable décentralisation culturelle. Ce pays est beaucoup trop centré sur Paris. Enfin, il faut que la culture soit au cœur du socle éducatif français. C’est à l’école que l’on lutte d’abord contre les inégalités d’accès à la culture. Il faut que, dans son parcours scolaire, de l’école jusqu’au lycée, il n’y ait pas un élève qui passe à côté d’une œuvre ou d’un spectacle. Si les Français me font confiance, en 2032, 1 % du budget de l’État sera consacré à la culture. Si j’y parviens dans l’une des régions les plus pauvres de France, c’est bien que ce n’est pas impossible.

On comprend à travers vos mots votre ambition pour la présidentielle… mais sous quelle étiquette ?

Je m’y prépare. Mais je crois au fait d’être un candidat libre, indépendant. Vous pouvez avoir des gens issus des partis politiques qui vous soutiennent, c’est le cas, mais je veux aussi m’entourer de personnes qui viennent, comme dans mon mouvement Nous France, de différentes formations politiques ou qui n’appartiennent à aucun parti. L’enjeu n’est pas d’être un candidat de plus. Le prochain président devra redresser le pays et le réconcilier. Cela passe par l’autorité, le travail, les services publics… mais aussi par la culture. Elle fait partie de ce qui unit les Français.

Elle est pourtant décriée, voire censurée, comme avec la pièce d’Alexis Michalik dans le Tarn…

Le combat pour la culture, c’est aussi un combat contre le repli sur soi, contre le communautarisme. C’est un combat politique, au sens étymologique du terme. Pour moi, la culture ne peut pas rimer avec la censure. Je le vois, que ce soit à Grenoble avec LFI (ndlr : l’interruption du concert de la DJ Barbara Butch), dans le Tarn avec le Rassemblement national ou dans ma région avec l’opposition RN. Si je les écoutais, il y a nombre de spectacles que nous ne financerions pas et nombre d’œuvres que nous n’exposerions pas. Personnellement, il y a certainement des spectacles que je n’ai pas envie d’aller voir, mais je ne mettrai jamais le doigt dans l’engrenage de la censure. Jamais.

Dans un débat qui s’annoncé dominé par la sécurité, l’immigration ou le pouvoir d’achat, comment convaincre que la culture est aussi un enjeu présidentiel ?

On a un étau entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. On se doute que Marine Le Pen sera certainement au second tour de l’élection présidentielle. La vraie question, c’est de savoir qui est capable de la battre. J’ai toujours été opposé aux extrêmes. Mais faire barrage, ce n’est pas un projet de société pour les cinq ans qui viennent. C’est le projet qui compte.

« Il est temps d’adapter notre protection civile aux nouveaux incendies »

Les sapeurs-pompiers aidés par des habitants à Carcvès, dans le Var.
Les sapeurs-pompiers aidés par des habitants à Carcvès, dans le Var.
Florian Escoffier / Var-matin

Avant d’évoquer la culture et son ambition pour 2027, Xavier Bertrand a évidemment réagi aux feux qui touchent la France, et particulièrement le Var, depuis plusieurs semaines. Deux jours avant de venir à Ramatuelle, il était d’ailleurs aux côtés des pompiers de sa région avant leur départ en renfort dans le Sud. « Il est temps de mettre notre protection civile au niveau des nouveaux risques et des nouveaux incendies », assène-t-il. « Chaque été, on constate que les incendies sont de plus en plus importants, puis le sujet disparaît une fois la saison terminée. La responsabilité du politique, c’est justement l’anticipation. »

Une fois ce constat posé, le président de la région Hauts-de-France appelle à « des sanctions très dures contre les incendiaires » et insiste sur la prévention.

« Il y a bien évidemment les débroussaillages, la façon dont on peut protéger les zones habitées, dont on doit entretenir les forêts… Mais je crois beaucoup à la télésurveillance, je crois aussi beaucoup aux drones, de façon à détecter les départs de feu le plus tôt possible. »

Enfin, sur la question des moyens et de la reconnaissance des pompiers, il assure qu’il faut « continuer à susciter des vocations. Les pompiers ne sont pas des robots. Ils exercent un métier où l’on part le matin sans savoir à quoi l’on devra faire face. Il faut valoriser cela. »