"Je veux garder ce que mon père a construit" : à 25 ans, Lorenzo va reprendre l'armurerie fondée il y a plus de 40 ans par son père

"Je veux garder ce que mon père a construit" : à 25 ans, Lorenzo va reprendre l'armurerie fondée il y a plus de 40 ans par son père

l'essentiel Fondé en 1984 à Pamiers par Marc Gil, American Stock s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre de son histoire. À 25 ans, son fils Lorenzo reprend progressivement le magasin familial, avec la volonté de préserver son esprit, ses valeurs et le lien tissé avec les clients. Une transmission que père et fils ont racontée à La Dépêche du Midi.

"Au début, ce n’était même pas prévu", sourit Marc Gil, propriétaire du magasin. En 1984, un projet de discothèque tombe à l’eau au dernier moment. Il vient de quitter la Marine. "Je me suis dit : tu vas faire quelque chose dans la continuité." Le surplus militaire ouvre alors dans le centre-ville de Pamiers.

Derrière son regard malicieux et ses répliques de pince-sans-rire se cache pourtant un commerçant au grand cœur. À peine un client franchit-il la porte qu’il demande des nouvelles de la famille, se souvient d’un achat effectué des années auparavant ou évoque une vieille anecdote. "Le secret, c’est de bien conseiller. Les gens doivent repartir avec ce qu’ils cherchent."

À ses côtés, Lorenzo observe la scène avec le sourire. À 25 ans, l’armurier diplômé reprend progressivement les rênes de l’affaire familiale. Entre le père et le fils, peu d’effusions. Les phrases sont courtes, les regards suffisent souvent. "On peut tout se dire", résume le jeune homme. "Des fois, ça chauffe un peu, comme dans toutes les familles, mais si on ne s’entendait pas, on ne travaillerait pas ensemble." Marc acquiesce. "Ça fait plaisir de le voir reprendre. C’est même un honneur de transmettre quelque chose. Surtout, c’est rassurant."

Transmettre un savoir-faire et un esprit d'équipe

L’histoire d’American Stock est celle d’une passion. En 2013, le commerce déménage, s’agrandit et forge sa réputation. Chasseurs, militaires, randonneurs, collectionneurs poussent désormais la porte. "Une cliente est venue acheter une tenue de camouflage uniquement pour faire de la photo d’animaux, on voit vraiment tout type de personnes", raconte Lorenzo.

Après un bac en usinage, Lorenzo suit deux années de formation à l’école d’armurerie de Saint-Étienne. Un diplôme indispensable pour exercer. Pourtant, il ne souhaite pas transformer American Stock en simple armurerie. "Je veux garder l’esprit du magasin."

Le surplus américain anciennement spécialisé en scellerie
Le surplus américain anciennement spécialisé en scellerie Clara Milla

Pour le jeune armurier, le métier ne se résume d’ailleurs pas à vendre. "Une arme, ce n’est qu’un objet. Ce qui compte, c’est la personne qui la tient." Ici, chaque vente est encadrée par la réglementation, mais aussi par leur propre jugement.

Cette exigence du conseil, Marc Gil l’applique depuis quarante ans. "Les gens reviennent parce qu’ils savent qu’on va les dépanner. Si un client a un problème, on fait tout pour trouver une solution."

Une âme de cow-boy derrière le comptoir

S'il y a bien une autre passion qui traverse les générations, c'est celle des États-Unis. Et cela se remarque directement : il suffit d'observer la tenue de Marc. Une chemise beige, jointe au jean par une ceinture en cuir, une paire de santiags, de grosses bagues décorant ses mains. Il ne manque plus qu'un chapeau et un lasso pour y voir un cow-boy.

American stock, surplus de Pamiers
American stock, surplus de Pamiers Clara Milla

Marc confie avec émotion qu'il n'est d'ailleurs pas réticent à cette idée. Lors d'un voyage au Texas, au détour d'une route, il aperçoit un homme à cheval. Il s'arrête, échange quelques mots et, quelques minutes plus tard, se retrouve invité dans son ranch perdu au milieu de nulle part. Le propriétaire lui montre sa première selle, des lassos tressés en fibre de cactus, ses chevaux, puis tient absolument à lui présenter son fils, sa femme et toute sa famille. "On devait reprendre la route, mais il ne voulait pas nous laisser partir sans nous avoir présentés à tout le monde", raconte Marc en riant.

Au moment des adieux, le vieux Texan lui tape sur l'épaule et lui glisse quelques mots. Marc n'entend pas. Son ami lui répète : "Il vient de te dire que tu es un vrai Texan ! Là-bas, c'est le plus beau compliment qu'on puisse faire", confie-t-il, les yeux larmoyants.

"Je veux garder ce que mon père a construit"

Cette anecdote résume sans doute le patron d'American Stock. Derrière les treillis, les vitrines d'armes et l'humour parfois rugueux se cache un homme attaché aux valeurs d'accueil, de fidélité et de transmission. Des valeurs qu'il transmet depuis plus de quarante ans dans son magasin.

Aujourd’hui, Lorenzo prépare déjà la suite. Il imagine agrandir les locaux, créer un atelier de réparation et poursuivre le développement du magasin. Sans tourner la page. "Je suis en train de reprendre, petit à petit. Mais je veux garder ce que mon père a construit."

Chez les Gil, les grandes déclarations sont rares. La transmission se lit dans les gestes, les habitudes, les clients... et Lorenzo, qui, sans faire de bruit, s’apprête à écrire le prochain chapitre d’American Stock.