« Je veux mourir sur scène » : à 90 ans, elle ouvre encore chaque matin sa boutique de Juan-les-Pins
À Juan-les-Pins, qui ne connaît pas Gigi et sa boutique de lingerie fine de l’avenue de l’Esterel, tenue depuis une cinquantaine d’années.
S’il ne faut surtout pas demander son âge à une femme, Marcelle - dite « Gigi » - Caratini, ne s’en cache pas et affiche les décennies au compteur.
Elle vient de fêter ses 90 ans, en fanfare, et ses 50 ans de boutique, avec ses proches amis commerçants juanais. Ils étaient tous là, à ses côtés.
Elle qui s’est battue toute sa vie pour soutenir les professionnels de la station balnéaire. « Ce n’était pas mieux avant, c’était différent ! », dit-elle avec nostalgie.
Copine d’enfance de la fille de Jacques Prévert
Marcelle Ferrare, issue d’une famille antiboise, est née par accident à Toulon : « Ma mère est allée accoucher chez sa tante. Mais je suis vite revenue à la maison, dans le vieil Antibes, rue de l’Horloge. On montait dans le clocher de l’église avec Albert Marini, le sonneur de cloche. On jouait avec tous les jeunes : Pierrot Alati, Roger Lunus, Robert Pellegrino, les filles Ardisson...»
Elle n’a pas oublié aussi sa copine, Michèle Prévert, dit Minou, avec qui elle jouait sur la plage de la Gravette alors que son père, Jacques, le poète, écrivait, sans dire un mot.
Marcelle a été à l’école de l’Arsenal, puis à Fersen, où elle a appris la couture. « J’ai ensuite travaillé chez un tailleur, M. Mazza, avenue du Grand-Cavalier, comme pantalonnière ou culottière. »
Elle fréquentait aussi le magasin des sœurs Aubert, rue de la République, pour s’acheter de la lingerie fine et dessous chic, car la demoiselle était coquette.
En 1975, la couturière s’émancipe et ouvre son magasin de lingerie, rue Aubernon, dans la vieille ville, à l’enseigne « Bolero », une marque de soutien-gorge, qu’elle tiendra pendant trois ans.
Marcelle se sent obligée de quitter son fief antibois pour Juan-les-Pins. « La famille m’a poussé à reprendre le magasin de lingerie de ma cousine « Lady », avenue de l’Esterel.
Un nom un peu prout-prout. J’ai décidé de le changer et d’appeler ma boutique « Gigi », encore une marque de soutien-gorge. » Là, elle ressort sa machine à coudre et va faire des retouches pour les clients et même pour des magasins juanais comme Ralph Lauren ou Lora Milton.
Toujours sur le pont dans sa boutique, dès 8 heures
À 90 ans, Gigi est encore une bête de travail. Elle ouvre sa boutique de 8 heures à 18 heures.
« Je ne peux pas rester à la maison, j’aime le contact humain, mes clients et mon entourage d’anciens commerçants qui m’ont fêté mon anniversaire. Et lorsque des clients me demandent si je vais prendre la retraite un jour, je leur réponds, comme Dalida, je veux mourir sur scène. »
En attendant, Gigi, qui a été longtemps présidente des commerçants de Juan-les-Pins, et, encore aujourd’hui, vice-présidente de la Fédération, a des projets de rassemblement de la profession. Ce petit « brin de femme » toujours coquette, que même l’air marin n’a que peu altérée, a un regret.
« Je ne peux plus mettre de talons aiguilles pour faire la fête ». Gigi, c’est aussi un livre d’histoire à cœur ouvert ayant connu la belle époque de Juan-les-Pins.