"Je vinifie depuis 1991, et c'est bien la première fois qu'on commence un 23 août" : ce viticulteur du Lot-et-Garonne face à la précocité des vendanges
l'essentiel Cette année, les viticulteurs du Lot-et-Garonne sont confrontés à une situation inédite : les vendanges n'avaient jamais commencé aussi tôt. Exemple chez Christophe Avi, installé à Laplume, qui a débuté le 23 août. Une précocité qui exige des adaptations. Mais qui génère aussi un certain nombre d'incertitudes.
En ce vendredi matin, le soleil donne ses derniers rayons du mois d'août sur Laplume (Lot-et-Garonne). Sur cette petite route de campagne au nord de la commune, non loin de la D7, tout est calme. Les vignes luxuriantes s'étendent à perte de vue. Au milieu de la verdure, un drôle d'engin bleu traverse lentement les rangées. Signe du début des vendanges.
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Pourtant, en jetant un coup d'œil au calendrier, les locaux ont de quoi se poser quelques questions. Il faut dire que pour un 28 août, cette scène est peu habituelle. Même inédite. Cette année 2026, déjà marquante pour ses fortes chaleurs du mois de juin, risque de rester encore un peu plus gravée dans l'Histoire.
Des vendanges d'une précocité jamais vue
Pour les viticulteurs locaux, vendanger aussi tôt reste du jamais vu. Christophe Avi en sait quelque chose. "Je vinifie depuis 1991, et c'est bien la première fois qu'on commence un 23 août, partage-t-il. Il y a trente ans, on commençait début octobre. Puis on a reculé vers la mi-septembre. Déjà en 2025, on avait vendangé vers le 4 septembre."
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Comment expliquer ce phénomène ? Le dérèglement climatique a sa part de responsabilité. Et ses conséquences. "Avec la chaleur, certains grains de raisins peuvent avoir la peau dure. Et pas forcément de quoi faire de grands vins. Ce n'est pas sur les années les plus chaudes qu'on fait les plus grands millésimes, même s'ils sont bons", développe le producteur de Buzet et de Brulhois.
Dur de se projeter
Dans ce contexte, difficile de se projeter. D'abord parce qu'il "joue sur nos systèmes de consommation". Mais aussi de par son caractère imprévisible. "Pour nous, ça pose pas mal de questions, confie le viticulteur. Autant, il y a encore dix ou quinze ans, on savait où on allait. Mais là, on passe d'une route nationale dégagée à un chemin communal mal entretenu : impossible de savoir s'il y a des ronces ou un arbre en travers qui va bloquer le passage !"
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Malgré tout, la situation impose aux viticulteurs de devoir prendre des décisions pour faire perdurer leur activité. Christophe Avi, lui, pense à essayer "des cépages plus méridionaux", compte tenu des températures qui grimpent. "Mais il ne faut pas se rater, car une vigne, on la plante pour 25 ans", nuance-t-il. Autre incertitude : ce choix sera-t-il au goût des consommateurs ? "Un client qui cherche un vin du Sud-Ouest ne veut pas forcément quelque chose qui ressemble à un vin d'Espagne ou d'Italie", commente le propriétaire du domaine.
"2026 va laisser du monde sur le carreau"
En tout cas, l'homme aux 35 ans de carrière préfère rester positif. Même s'il y a "plus de négatif en ce moment, à part la satisfaction de faire un beau métier". "La crise agricole, le contexte économique mondial, le marché très tendu, les aléas climatiques... Je pense, malheureusement, que 2026 va laisser du monde sur le carreau", regrette-t-il.
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Pour autant, pas de quoi être alarmiste. Sans problème majeur, la moitié de la récolte sera effectuée dès le début du mois de septembre. Et même si les journées sont bien remplies, "la qualité est au rendez-vous".