Kiev avait ordonné sa destruction pour éviter que Moscou ne s'en empare: comment le canon Bohdana est devenu la star de l'artillerie ukrainienne (mais est aujourd'hui menacé)
Kiev avait ordonné sa destruction pour éviter que Moscou ne s'en empare: comment le canon Bohdana est devenu la star de l'artillerie ukrainienne (mais est aujourd'hui menacé)
Publié aujourd'hui à 12h06
Lire dans l'app
Des soldats ukrainiens de la 30e brigade tirent au moyen d'un canon d'artillerie Bohdana sur des positions russes dans l'oblast de Donetsk, en Ukraine, le 31 mai 2026. - DIEGO HERRERA CARCEDO / ANADOLU
KZTS (Usine d’outillage lourd de Kramatorsk), l'entreprise ukrainienne fabriquant le canon automoteur Bohdana, a indiqué n'avoir reçu aucune commande de Kiev depuis plusieurs mois, une situation qui pourrait les contraindre à "cesser ses activités et à placer le personnel en congé sans solde".
Nous sommes dans les premiers instants de la guerre en Ukraine. Un missile russe s'écrase sur une usine située près de Kramatorsk, dans l'est de l'Ukraine. Le site appartient à KZTS (Usine d’outillage lourd de Kramatorsk), l'entreprise derrière le canon automoteur Bohdana. Kiev leur ordonne alors de détruire leur unique prototype par peur que celui-ci ne tombe entre les mains des Russes. Mais faute d'explosifs, l'ordre ne sera jamais exécuté.
L'engin est démonté, déplacé loin du front, remonté et réapparaît sur le front au printemps 2022 où il servira à la prise ukrainienne de l'île aux Serpents dans la mer Noire. Ses performances poussent alors Kiev à passer à la production à plus grande échelle. Fin 2023, une trentaine de canons Bohdana opèrent au sein de l'armée ukrainienne.
"Si nous ne recevons pas de commande dans les mois à venir, nous serons contraints de cesser nos activités"
La production s'accélère, au point de représenter 70% de l'artillerie ukrainienne, composée notamment des Caesar livrés par la France. Une cadence accélérée grâce à une dispersion des sites partout dans le pays, dans 20 villes différentes et en recrutant à tour de bras. Si aucun chiffre n'est officiellement communiqué, certaines informations font état de plus d'un millier de systèmes produits. Tous ne sont plus fonctionnels, certains ayant été détruits ou endommagés.

"Pratiquement absent du service actif début 2022, le Bohdana est désormais devenu l'un des principaux systèmes d'artillerie des forces ukrainiennes", observe Vadym Kushnikov, directeur exécutif du site d'information ukrainien, Militarnyi.
Et malgré l'omniprésence des drones autour de la ligne de front en Ukraine, "l'artillerie reste en service et opère depuis des positions dissimulées et fortifiées au maximum", poursuit-il. Mais pour KZTS, la réalité est différente. L'entreprise affirme n'avoir reçu aucune commande de canons Bohdana de la part de l'État depuis neuf mois, ce qui met en péril son outil de production.
"Si nous ne recevons pas de commande dans les mois à venir, nous serons contraints de cesser nos activités et de placer le personnel en congé sans solde. Même si nous obtenions un contrat dès maintenant, nous devrions marquer un arrêt partiel de quelques mois, car nous ne disposerions que de six mois pour préparer les composants nécessaires à ce nouveau contrat", prévient l'entreprise dans une interview à Oboronka, un média ukrainien, publié le 3 septembre dernier.

"L'absence de commandes gouvernementales peut s'interpréter de plusieurs manières. Premièrement, le budget de l'État est limité et des fonds sont affectés à d'autres priorités", explique Vadym Kushnikov. "Deuxièmement, le nombre de systèmes d'artillerie déjà livrés est peut-être suffisant pour répondre aux besoins des forces ukrainiennes. La véritable raison du manque de nouvelles commandes se situe donc probablement quelque part entre ces deux facteurs", détaille-t-il.
Sur le même sujet
En plus de l'absence de commandes de Kiev, KZTS explique "ne pouvoir rien exporter à l'heure actuelle", même si des contacts existent avec certains pays selon l'entreprise. Cet été, l'Ukraine a lancé un mécanisme pour que ses alliés puissent lui acheter des armes et "travailler directement avec les fabricants" du pays.
"L'exportation ne sera possible qu'à condition que l'approvisionnement de l'armée ukrainienne soit garanti", précisait le ministre ukrainien de la Défense de l'époque, Mykhaïlo Fedorov.
Sujets liés :