L'Accident de piano : critique Dupieux deux mesures
Par Geoffrey Crété
3 octobre 2026
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C’est désormais le petit (1h30 max) rendez-vous annuel, sauf quand il y en a deux : le Quentin Dupieux. Après Incroyable mais vrai et Fumer fait tousser en 2022, Yannick en 2023 et Daaaaaali ! et Le Deuxième acte en 2024, voilà L’Accident de piano en 2025. Il retrouve Adèle Exarchopoulos, la vraie bonne surprise de Mandibules, qui joue ici le rôle d’une influenceuse légèrement siphonnée face à Sandrine Kiberlain et Jérôme Commandeur. En salles le 2 juillet.
© Diaphana
UN DUPIEUX DANS LE CŒUR
« Qui va voir le Quentin Dupieux ?« . À chaque film, c’est la même question qui hante la rédaction où on se dévoue à tour de rôle pour aller voir le prochain, en espérant que ce soit aussi bien que [insérez le titre du dernier Dupieux que vous avez aimé] et moins abscons que [insérez le titre du dernier Dupieux qui vous a laissé de marbre].
Vient ensuite la deuxième question : qu’est-ce qu’on fait d’un Quentin Dupieux ? Faut-il le traiter au méga-premier degré et ressortir la panoplie du petit critique qui se la joue intello, au risque de tomber dans la panneau d’un gai luron et/ou troll en chef ? Faut-il y aller avec la même apparente légèreté que le réalisateur, et publier un texte bordélique de trente lignes qui ouvre quinze parenthèses et n’a pas de conclusion ?
Et si le monsieur tombait sur le texte, quelle est la moins pire des options ? On allait dire que ça n’arrivera pas puisqu’il doit s’en cogner comme de l’an 40, mais pendant l’écriture de cette fantastique critique, on a vu qu’il avait retweeté notre dossier sur sa carrière.
Puisque choisir, c’est mourir un peu, voilà une double mini-critique en une. Deux fois plus de raisons de décevoir, particulièrement si monsieur Dupieux avait vraiment le malheur de tomber dessus.
LA CRITIQUE PSEUDO SÉRIEUSE DE L’ACCIDENT DE PIANO
C’est facile de prendre L’Accident de piano comme une déclaration de ras-le-bol à peine déguisée de Quentin Dupieux. Comme lui, son héroïne a débuté dans la pure bricole avec son caméscope, entre ses premiers courts-métrages et son fameux Nonfilm. Comme lui, elle a décollé jusqu’à devenir une superstar insolite, en continuant à faire ses petites conneries qui se sont transformées en bon business. Et comme lui, de toute évidence, elle déteste les interviews où il faut justifier, expliquer et autopsier son travail. C’est tellement un sujet pour les médias depuis des années que Télérama en a récemment tiré un petit article plein de désarroi, titré : « Dis Quentin Dupieux, la promo, tu veux ou tu veux pas ? ».
Dans le film, la farce est presque trop parfaite. Si Magalie accepte la première interview de sa vie, c’est uniquement parce qu’une journaliste l’a piégée avec un gros numéro de chantage autour d’une histoire sordide de meurtre. Autrement dit, il faudra aller en prison ou affronter cette vicieuse émissaire des médias qui débarque avec un sourire indécent, et répondre à ses questions basiques dignes de Michel Drucker et Léa Salamé. Sandrine Kiberlain, qui semble catapultée dans cet univers sans rien comprendre, joue à merveille cette partition mi-douce mi-tête à claque. Et Adèle Exarchopoulos s’en donne à cœur joie, même sans pouvoir compter sur l’effet de surprise ahurissant de son rôle dans Mandibules. Rien que pour leurs scènes, L’Accident de piano vaut le détour.

Entre ce point de départ cocasse et le grand mystère qui donne son titre au film, Quentin Dupieux a de quoi jongler et occuper les 90 petites minutes de sa farce pour faire de L’Accident de piano une longue et lente glissade. Il rappelle au passage son amour pour le cinéma à froid et à contretemps de Bertrand Blier, et son sens du faux rythme dès qu’il s’agit de placer une réplique, une image ou une idée forte (pour rendre à César ce qui est à César : il est réalisateur, directeur de la photographie, monteur et musicien pour rappel).
L’univers glacial de la Jackass à l’appareil dentaire, aussi froid dans les montagnes que sur les écrans de téléphone, sert aussi à passer un coup de lance-flamme sur un système dégénéré qui mériterait un bon reboot. Tout le monde joue un rôle dans ce freak show, des deux côtés de la caméra et de l’écran (y compris de cinéma, probablement). Pas grand monde ne mérite de s’en sortir, et le salut ne viendra certainement pas de l’humanité, cette belle bande de raclures. Ça tombe bien, c’est sur cette idée d’une autre option que se termine L’Accident de piano.

LA CRITIQUE PSEUDO PAS SÉRIEUSE DE L’ACCIDENT DE PIANO
Le meilleur moment de L’Accident de piano, ou en tout cas le plus savoureux, est peut-être celui où Magaloche l’influenceuse balance à Simone la journaliste quelque chose comme « J’utilise le mot artiste parce que je fais une activité qui demande aucun effort« . Est-ce que c’est Quentin Dupieux qui parle de lui et ses films ? Ou est-ce que c’est comme ça qu’il pense que « nous », les journalistes et petites fouines, parlons de lui ? Sauf s’il se joue de tout le monde depuis son perchoir de joyeux troll.
Qui méprise-t-il le plus entre la journaliste kamikaze et l’influenceuse suicidaire ? Les intentions de Simone sont claires comme de l’eau de roche : elle a une carrière un peu moisie, elle veut se faire une place au soleil, et elle est prête à une entorse morale stratégique pour y parvenir. Mais celles de Magaloche sont tellement troubles que le film court après, et refuse de lui offrir la rédemption facile d’une thérapie express (« Elle cherche à être aimée !« ).

Puisque le sol se dérobe sous les pieds des personnages et donc des spectateurs à mesure que le film avance, ne reste plus qu’à observer le massacre. La « star », la « journaliste », le « fan », le « manager » : tout le monde en prend pour son grade, hormis peut-être les « petites gens »… qui n’en sortent pas vraiment indemnes (la maquilleuse, le grutier).
Ce cirque vicieux où l’appât du gain motive à peu près tout le monde semble avoir 20 ans de retard. Attention, les réseaux sociaux c’est vraiment pas bien, c’est pas la vraie vie, et ça déconnecte des vraies choses. La preuve : Magaloche est l’ultime métaphore amorphe. C’est le stade ultime de l’évolution de cette humanité 2.0, tellement dissociée de son corps qu’elle le traite comme un vieux câble USB. Ce qui donne lieu à des mini-scènes de torture irrésistibles vu la tronche neurasthénique d’Adèle Exarchopoulos.
Il y L’Accident de piano est-il un film qui « dénonce » ? On ose espérer que non, et que Quentin Dupieux vaut mieux que cet enfonçage de portes ouvertes. Donc on préfère y voir un film boule de nerfs où il essaye d’exorciser ses petits démons et transforme le pire en rire, comme dans pas mal de ses (bons) films. Après tout, ça reste un petit jeu de connivence pour initiés. Y’a qu’à voir l’amusante affiche pompée sur Rocky Horror Picture Show.

Rédacteurs :
On sait plus trop quoi faire avec les films de Quentin Dupieux, et si on était méchants on dirait que lui non plus. On vous rappelle donc que le mieux est encore d’aller vous faire votre propre avis et d’en discuter avec vos potes, parce que nous on en parlera dans l’équipe quand on sera plusieurs à l’avoir vu, pour essayer de comprendre ce qui s’est passé.
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