"L’aide sera dépendante de l’évolution des prix du carburant" : la ministre de la pêche fait des annonces, le blocus des ports levé

"L’aide sera dépendante de l’évolution des prix du carburant" : la ministre de la pêche fait des annonces, le blocus des ports levé

Catherine Chabaud, la ministre déléguée à la mer et à la pêche évoque auprès de Midi Libre les avancées après le déblocage annoncé des ports par les pêcheurs professionnels de Méditerranée ce jeudi 17 septembre. Elle sera dans le Gard et l’Hérault lundi.

Les négociations ont duré six heures jeudi et les pêcheurs ont annoncé débloquer les ports…

Les médias se sont beaucoup focalisés sur les aides carburant. En fait, il a été plus question des incompréhensions et des incertitudes pour l’avenir, il y a eu beaucoup plus de sujets et je les connais. Les représentants étaient nombreux et il était essentiel que chacun puisse s’exprimer. Je savais que cela prendrait du temps et à l’issue, ils se sont engagés à débloquer les ports.

Concernant le carburant, le point sensible, qu’avez-vous pu annoncer ?

Pour rappel, au printemps, nous avons d’abord fait un plan d’aide pour deux mois, puis trois mois, au regard de la crise au Moyen-Orient. Il a fallu lancer la machine, il faut reconnaître que l’on a eu des difficultés au début, ça a pris plus de temps que prévu, car il n’y avait pas que les pêcheurs. J’ai fait un point mercredi pour accélérer le processus, mais finalement les premières aides sont tombées fin août, pour certains maintenant, et ce n’est pas fini, nous sommes à 90 %, il y a quand même 2 090 dossiers.

Pendant ces cinq mois, certains ont eu des problématiques de trésorerie. Et puis le gouvernement a dit que l’on continuait à les soutenir. La mesure annoncée cette semaine n’a pas forcément été comprise : la commission européenne l’a validé, les aides seront à hauteur de 70 % de l’intensité de l’augmentation des carburants et cette aide sera dépendante de l’évolution des prix du carburant, pour les quatre mois qui viennent.

Et pour répondre à cette grande inquiétude du sujet trésorerie, nous leur avons aussi annoncé un prêt à taux "0" pour pouvoir les soulager.

Des pêcheurs demandaient que le litre d’essence soit bloqué à un certain prix.

Ce n’est pas dans les compétences de mon ministère et de manière générale, l’État français ne peut pas influencer les cours mondiaux.

La répartition du thon rouge entre Méditerranée et Atlantique est aussi un point de friction, qu’avez-vous répondu ?

Avec Monique Barbut (ministre de la transition écologique NDLR) qui a abordé le sujet, nous ne touchons pas à la clé de répartition sur l’intégralité du quota, qui est de 7 000 tonnes, 90 % pour la Méditerranée, 10 % pour l’Atlantique. Or, il y a un surplus de quota, de 243 tonnes cette année.

Je viens les voir au Grau-du-Roi et à Sète

Il faut que l’on s’adapte au changement climatique et le thon rouge est un exemple, il remonte vers l’Atlantique et la Manche et les pêcheurs ne peuvent pas y toucher. Il nous a paru juste de faire évoluer cette répartition sur le surplus pour 2026, soit 33 % pour la Méditerranée et les seuls petits métiers, 66 % pour l’Atlantique. Pour 2027, c’est aux professionnels de faire des propositions.

Les pêcheurs demandent aussi 15 nouvelles licences d’autorisation de pêche au thon rouge, pourquoi ça bloque ?

Il y a une demande de 15 nouvelles licences, dont cinq en réserve pour la France, et j’ai annoncé aux pêcheurs méditerranéens que je leur donnerai. Pour les dix autres, qui n’existent actuellement pas, cela suppose une demande de la France auprès de l’ICAT qui s’occupe de la gestion du thon rouge au niveau international. Nous allons faire les démarches nécessaires, mais ça ne veut pas dire que l’on va les avoir.

Le plan européen WestMed pour la Méditerranée, qui a notamment réduit les jours de pêche, fragilise et menace la filière. Partagez-vous ce constat ?

On s’est battu pour eux l’année dernière. Le sujet est complexe, pour 2027, l’idée c’est de faire évoluer ce plan qui n’est pas adapté et qui a des conséquences qui n’ont pas été anticipées par la commission européenne. Il faut travailler sur des propositions que la France pourra faire, avec l’objectif de préserver la ressource et les pêcheurs ont le même objectif.

Les blocages des ports sont levés, qu’est-ce qui a fait basculer les discussions ?

La confiance. Ce n’est pas qu’une discussion de montants d’aide, de pourcentage, de maille de filets. La communauté de pêcheurs empile les crises, Brexit, guerre en Ukraine, le Covid, le Moyen-Orient… Et la crise environnementale qui s’accentue, avec du plancton moins prolifique, des espèces qui ne grandissent plus normalement… Il faut imaginer un plan d’avenir qui prend en compte les spécificités de la Méditerranée. Il faut redonner de la visibilité, de l’espoir pour les jeunes, et accélérer la décarbonation de la flotte.

Il est aussi question de lourdeur des normes administratives, un point noir…

Nous en parlerons lundi, je viens les voir au Grau-du-Roi et à Sète. Nous n’allons pas renégocier, mais regarder l’avenir, l’objectif est de mieux comprendre pour faire évoluer la pêche et mieux répondre aux enjeux qui les touchent.