L’APN s’oppose à Ottawa sur ses grands projets
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Les ministres du cabinet fédéral ont été confrontés jeudi aux vives préoccupations de chefs des Premières Nations réunis à Ottawa, alors que le gouvernement libéral tentait une nouvelle fois d'apaiser les tensions entourant sa volonté d'accélérer la réalisation de grands projets nationaux.
Je suis venu vous transmettre un message simple, a déclaré le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson, devant les délégués réunis à l'Assemblée générale annuelle de l'Assemblée des Premières Nations (APN), au Centre Rogers d'Ottawa.
Il n'existe aucune bonne façon de réaliser de grands projets sans le partenariat et le leadership des Premières Nations. Point final.
Ce message est en train de devenir un véritable leitmotiv pour le Cabinet libéral.
Mercredi, les chefs des Premières Nations ont clairement exprimé leur mécontentement en adoptant à l'unanimité une résolution s'opposant aux réformes législatives proposées par le gouvernement de Mark Carney si celles-ci devaient affaiblir les protections environnementales ou contourner les droits des peuples autochtones. Ces réformes visent à accélérer l'approbation de projets, notamment des pipelines, en l'espace d'un an.
Le chef Kelsey Jacko, de la Première Nation de Cold Lake, en Alberta, a été le premier à prendre la parole après l'intervention de Tim Hodgson. La réconciliation n'est pas un mot à la mode qu'on brandit pendant qu'on accélère l'approbation de pipelines dans notre dos, a-t-il lancé.

Le chef de la Première Nation Cold Lake, Kelsey Jacko, s'est exprimé lors de l'assemblée générale annuelle de l'Assemblée des Premières Nations à Ottawa.
Photo : The Canadian Press / Justin Tang
Si vous voulez construire sur notre territoire, vous devez vous adresser directement à nous en tant que gouvernement souverain, et non passer par des organisations ou des organismes de réglementation sans véritable pouvoir.
Shana Thomas, cheffe héréditaire de la Première Nation Lyackson, membre de la communauté Cowichan, en Colombie-Britannique, a déclaré aux ministres que les Premières Nations ne peuvent pas être constamment contraintes d'endurer en silence la violence coloniale […], tout en faisant comme si c'était pour le bien de l'économie.
Nous sommes en 2026, et l'époque où la Couronne pouvait bafouer nos droits et notre titre ancestral est révolue.
Des rencontres entre les chefs et les premiers ministres
Le premier ministre Mark Carney tente d'apaiser ces inquiétudes depuis l'an dernier, notamment en convoquant une série de sommets estivaux avec des dirigeants autochtones afin de discuter de la Loi pour bâtir le Canada.
Après avoir conclu une entente en décembre sur un pipeline avec l'Alberta, M. Carney a promis de réunir les premiers ministres et les dirigeants des Premières Nations dans le cadre d'une rencontre où ces derniers fixeraient eux-mêmes l'ordre du jour.
Tim Hodgson a soutenu que le gouvernement avait entendu les préoccupations exprimées lors de ce premier sommet et avait ajusté son approche. Il a notamment fait valoir que le projet de pipeline albertain emprunterait un tracé plus au sud et maintiendrait l'interdiction des pétroliers sur la côte nord de la Colombie-Britannique, comme le réclamaient les Premières Nations de la région.
Les voix des Premières Nations ont joué un rôle déterminant dans bon nombre des décisions que nous avons prises au cours de la dernière année et demie, a déclaré Tim Hodgson.
Le ministre du Commerce intérieur et de l'Économie canadienne, Dominic LeBlanc, a lui aussi assuré aux chefs que tout accord conclu entre Ottawa et les provinces afin d'accélérer les processus ne diminue en rien la responsabilité du gouvernement du Canada de respecter les droits constitutionnels des peuples autochtones.
Malgré ces assurances, les préoccupations ont continué de dominer les échanges lorsqu'un second panel ministériel s'est ouvert sur le thème plus large de la réconciliation.
La ministre des Services aux Autochtones, Mandy Gull-Masty, a affirmé que les enfants et les familles sont avant tout au cœur de chacune de [ses] décisions. Elle a toutefois été immédiatement interpellée sur cette question.
Un projet de réforme des services à l'enfance piloté par le fédéral
La cheffe Pauline Frost, de la Première Nation Vuntut Gwitchin, au Yukon, a accusé le gouvernement de chercher à diviser les dirigeants des Premières Nations dans le dossier de la réforme à long terme des services à l'enfance et à la famille. Ce dossier demeure sans issue depuis que les chefs ont rejeté, en 2024, une entente de 47,8 milliards de dollars.

La cheffe de la Première Nation Vuntut Gwitchin, Pauline Frost.
Photo : Radio-Canada / Sarah Xenos
Les chefs ont appris mercredi que le gouvernement fédéral élabore désormais sa propre réforme, région par région, sans tenir compte du plan proposé par les Premières Nations.
Nous demandons au Canada de respecter cet engagement et de cesser de parcourir le pays pour tenter de nous diviser, nation par nation, en mettant sur pied un plan auquel nous n'avons jamais consenti, a déclaré Pauline Frost.
Mandy Gull-Masty a répondu en évoquant la décision des chefs de l'Ontario de se dissocier de la position de l'Assemblée des Premières Nations en signant une entente régionale de 8,5 milliards de dollars sur la réforme des services à l'enfance.
Pour moi, cela montre qu'il reste encore beaucoup de travail à faire dans ce dossier, a-t-elle dit.
L'Assemblée générale annuelle s'est conclue jeudi après-midi.
D'après un texte de Brett Forester, CBC Indigenous.