L’ICE, une police d’État qui multiplie les abus au nom de l’ordre
Alors que la police de l’immigration aux États-Unis (ICE) a abattu lundi un jeune Colombien de 26 ans dans une petite ville du Maine, un nouveau rapport publié cette semaine accable une nouvelle fois ces agents fédéraux en mettant en relief la violence de leur répression.
Cette stratégie a été à l’origine de 412 incidents provoqués, entre juin 2025 et mai 2026, par un usage abusif d’armes de maintien de l’ordre durant les manifestations d’opposition aux rafles de migrants et aux politiques hostiles à l’immigration du gouvernement de Donald Trump.
Des abus de force policière dont ont été victimes des manifestants — ainsi que des journalistes, visiblement ciblés par les agents de l’ICE — et qui ont entraîné une centaine de blessures graves et durables, dénoncent l’organisme Physicians for Human Rights (PHR) et le Human Rights Center de l’Université de Californie à Berkeley (HRC), qui ont piloté cette analyse et cartographie des dommages collatéraux de la radicalisation du régime politique aux États-Unis.
« Le recours répété par les forces de l’ordre à des tactiques dangereuses de contrôle des foules contre les manifestants, contre les journalistes et contre d’autres groupes soulève de graves préoccupations au regard de la Constitution américaine et du droit international des droits de la personne », a commenté lundi Alexa Koenig, directrice du laboratoire d’enquêtes du HRC, par voie de communiqué.
Depuis juin 2025, les manifestations qui ont éclaté dans les régions de Los Angeles, de Chicago, de Minneapolis, de Newark et de Portland, des bastions démocrates au pays de Donald Trump, se sont accompagnées d’un mauvais usage croissant, notable et délétère des armes de contrôle de foules, note le rapport. Ces cinq villes concentrent plus de 90 % des incidents recensés sur l’ensemble du territoire américain.
L’analyse détaillée des pratiques a révélé des « tirs de projectiles à impact cinétique [comme les balles de caoutchouc ou de plastique] directement à la tête des personnes, des tirs à bout portant dangereux, l’utilisation d’agents chimiques irritants dans des espaces clos, le tir de grenades lacrymogènes directement sur des individus, l’utilisation d’armes de contrôle des foules contre des personnes ne disposant pas d’une issue de secours et le recours à la force contre des journalistes, des observateurs juridiques et d’autres groupes protégés », peut-on lire.
Ces mauvais usages de la force ont été à l’origine d’une vingtaine de traumatismes crâniens, de dizaines de cas de cécité ou d’invalidité permanente, d’une amputation et d’une perte de l’audition. Entre autres.
Ils se sont amplifiés dans les villes où des directives fédérales exigeaient un renforcement des mesures de contrôle de l’opposition, renforcement souvent appelé publiquement par Donald Trump lui-même.
Des abus bien documentés
Cette augmentation coïncide aussi avec l’entrée en scène dans le théâtre de la répression de l’ex-officier de la police des frontières Gregory Bovino, autoproclamé à partir d’octobre 2025 « grand commandant » de cette police, soulignent PHR et le HRC.
C’est sous sa gouverne que deux citoyens américains ont perdu la vie à Minneapolis en janvier lors de manifestations dénonçant la répression de l’immigration par le nouveau régime américain. Renée Good et Alex Pretti sont tombés sous les balles des agents de l’ICE. Bovino a été démis de ses fonctions dans les semaines suivantes, avant de prendre sa retraite en mars.
L’information et les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux par l’ex-commandant, mais également par d’autres membres de la police de l’immigration et d’autres corps policiers impliqués dans l’application des nouvelles politiques migratoires et la répression de l’opposition à ces politiques, ont permis d’ailleurs de documenter la grande majorité des cas d’abus recensés dans le rapport.
Depuis janvier 2025, les agents fédéraux de l’immigration relevant du département de la Sécurité intérieure ont été responsables de la mort de 11 personnes par arme à feu.
Lundi à Biddeford, dans le Maine, Joan Sebastian Guerrero, 26 ans, a été la dernière victime de ces bavures policières. Le jeune père de famille ne faisait pourtant pas face à une menace d’expulsion : il était au volant de sa voiture pour se rendre au travail, selon un voisin cité par CNN. Sa mort suit de près celle de Lorenzo Salgado Araujo, un ouvrier du bâtiment de 52 ans d’origine mexicaine, tué au volant de sa camionnette de travail lors d’une rafle d’immigrants et d’exilés organisée par le régime de Donald Trump à Houston, au Texas.
Pour tenter de calmer le jeu à la suite de ces deux événements, le gouvernement Trump a d’ailleurs ordonné mardi la suspension de la plupart des contrôles routiers effectués par l’ICE.