L’intriguant parcours de Vitaly K., d’une start-up en Ukraine à « Monsieur Personne » - ZDNET
Le principal mis en cause dans l’affaire du détournement d’un milliard de jetons HLG, des cryptos qui pesaient alors environ 14 millions d’euros, s’était fait remarqué par des publications autour de la sécurité des NFT.
Il y avait donc finalement bien un indice derrière le pseudonyme utilisé, « Monsieur Personne », en français dans le texte. En 2021, alors que les NFT (pour jeton non fongible) suscitaient l’engouement, un internaute, « Monsieur Personne », avait attiré l’attention en dénonçant sur son site, « nftheft.com », un jeu de mot entre NFT et vol, les problèmes de sécurité de ce genre d’actif.
Son identité était restée inconnue. Cinq ans plus tard, Vitaly K., un trentenaire ukrainien accusé d’avoir voulu faire main basse sur l’équivalent de 14 millions d’euros en piratant la plateforme crypto Holograph, vient de dévoiler une partie du mystère devant les juges de la treizième chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris.
Ce vendredi 16 octobre, au premier jour de son procès, consacré aux personnalités des trois mis en cause, le prévenu a en effet signalé avoir été l’instigateur du compte « NFTheft ». Une activité qui lui avait permis d’être repéré par... Holograph.
Premier litige
La plateforme crypto, visiblement intéressée par ses publications autour de la sécurité des NFT, lui avait proposé de travailler ensemble. Une relation de travail de près de trois ans, depuis la France mais matérialisée par un contrat entre des sociétés en dehors de l’Hexagone – et donc sans déclaration fiscale française - qui s’était toutefois envenimée.
Selon la version présentée à la barre par Vitaly K., Holograph ne lui aurait pas versé le salaire promis. Ce dernier a donc, explique-t-il, « détourné des fonds jusqu’à ce que je reçoive les fonds qui m’étaient dû ». L’entreprise avait signalé à l’été 2023 le détournement de portefeuilles crypto d’environ 435 000 euros.
Elle n’avait pas déposé plainte. « Ils disaient que je les avait volés et voulaient que je rende les fonds pour ensuite me payer, je trouvais cela plus simple qu’on considère que c’était ainsi payé », observe Vitaly K., un premier litige qui avait précédé les faits.
Autisme
Dans une déclaration au début de son procès, le jeune homme a reconnu être à l’origine de la création sur le contrat intelligent de l’entreprise du milliard de token HLG, ensuite exfiltrés pour être échangés. « Un coup de nerfs » dicté par « l’émotion », a plaidé le prévenu et destiné à « faire du mal à Holograph », mais « pas une question d’agent ».
Une version que la défense a tenté de conforter en détaillant certains aspects de son parcours de vie. Le trentenaire, un homme élancé au visage pâle, a ainsi signalé à son avocat, Me Robin Binsard, avoir été plus méfiant dans ses relations d’affaires après une première mauvaise histoire. Revenu en Ukraine après avoir grandi aux États-Unis, il aurait fondé une start-up valorisée jusqu’à 45 millions de dollars avant de se faire voler ses parts par son frère.
Revendiquant être un autodidacte, le prévenu a indiqué également être atteint d’une forme d’autisme. « J’ai refusé de faire le diagnostic », mais « c’est ce que tout le monde me dit, les gens détectent les signes », assure-t-il auprès du tribunal. « Il a toujours agi de manière un peu bizarre, il restait seul et se faisait rarement des amis », confirme ainsi Abdulilah A., l’un des deux autres prévenus, un jeune homme devenu un ami après leur rencontre dans un café de Paris. Le procès doit se terminer ce vendredi.