La Belgique ne finance qu'une quinzaine de postes de rabbins
Le rabbin anversois Moshe Friedman "ne représente aucune institution ou communauté juive reconnue" et "ne détient aucun poste religieux officiel en Belgique". Ces propos tenus la semaine dernière sont de l'ambassadeur américain à Bruxelles, Bill White. Et s'ils sont si clairs, c'est sans doute que le premier cité est un caillou dans la chaussure du diplomate. Moshe Friedman, en guise de dernier fait d'armes, a en effet remis en question le cadeau adressé par les diamantaires anversois à Donald Trump à l'occasion du 250e anniversaire des États-Unis : une bague sertie de 321 diamants. "Il s'agit là d'un cas flagrant de corruption, un point c'est tout", a expliqué le rabbin au journal néerlandophone Humo.
Quels que soient le fond de l'affaire et la légitimité des propos, Bill White n'a pas tort : Moshe Friedman n'est pas un rabbin reconnu par l'État belge.
Une bague sertie de 321 diamants, de la circoncision rituelle et de la corruption : qui est le rabbin anversois qui porte plainte contre Trump ?Rabbins et ministres officiants
En Belgique, la communauté juive rassemble environ 40 000 personnes (100 000 si on compte les Belges ayant une ascendance juive), mais il est très difficile de dénombrer le nombre de pratiquants réguliers ou occasionnels. Si la communauté d'Anvers, qui rassemble beaucoup de juifs orthodoxes est très croyante, celle de Bruxelles - sociologiquement majoritaire - est réputée pour être bien moins pratiquante. Le nombre de synagogues en porte témoignage. Elles sont une trentaine à Anvers, souvent très actives, et une quinzaine, plus ou moins vivantes, dans le reste du pays.
Pour l'ensemble de ces lieux de cultes, une quinzaine de rabbins sont officiellement reconnus et donc payés par l'État en Belgique, souligne Philippe Markiewicz, président du Consistoire central israélite de Belgique (CCIB), qui a notamment pour mission de nommer les rabbins. Outre ces rabbins, les fidèles peuvent s'appuyer sur une quarantaine de "ministres officiants" - eux aussi payés par l'État - qui ont moins de responsabilités, mais peuvent encadrer les célébrations religieuses.
Ce nombre de rabbins - défini par le ministère de la Justice dans le cadre du financement des cultes - ne veut pas dire qu'il n'y en ait pas d'autres qui ont obtenu leur diplôme et qui rassemblent une communauté de fidèles, mais ils ne sont alors pas reconnus par le Consistoire.
"Quand j'entends des associations juives affirmer que les Juifs de Belgique sont traités en citoyens de deuxième catégorie, je ne peux pas l'admettre"La reconnaissance
Afin d'être reconnu par l'État belge, précise Philippe Markiewicz, un rabbin doit être proposé par une communauté de fidèles. C'est celle-ci qui frappe à la porte du Consistoire pour lui demander que son rabbin soit nommé. "Contrairement au catholicisme, ce n'est donc pas moi qui choisis une personne pour prendre en charge une communauté ou une synagogue, note Philippe Markiewicz. Le Consistoire ne fait qu'entériner, ou non, un nom qui lui est proposé."
"Une fois que cette demande est adressée, une commission du Consistoire se réunit pour vérifier que le rabbin a les diplômes requis. Nous évaluons également ses compétences au-delà du religieux: son ouverture d'esprit et son respect des valeurs démocratiques du pays."
Au jeu des différences avec le clergé catholique, rappelons que ni les rabbins ni les ministres officiants ne doivent être célibataires. De même, dans le courant libéral, des femmes peuvent être rabbines. Il y en a eu une en Belgique, mais plus actuellement.
La communauté juive propose de contrôler les circonciseurs rituels : " Il faut alors que la criminalisation cesseUne formation à l'étranger
Les diplômes, justement, peuvent être acquis après plusieurs années d'études au sein des écoles rabbiniques. Il n'en existe pas en Belgique, mais en France, en Angleterre, en Israël, aux États-Unis… Chaque futur rabbin, en fonction de sa sensibilité, choisit son école qui le formera à la théologie, à la liturgie et à la pastorale. En effet, outre les célébrations qu'il peut encadrer, un rabbin a surtout pour mission d'accompagner spirituellement sa communauté et ses fidèles dans la connaissance de la tradition religieuse. Il les conseille pour éclairer leur vie à la lumière des textes religieux et pour appliquer avec justesse les prescrits de la Loi. Le rabbin, selon sa racine étymologique et hébraïque "rav", a en effet pour première mission d'enseigner et de transmettre la religion et ses commandements.
Un nombre de postes suffisant?
Une quinzaine de rabbins officiellement reconnus sont-ils suffisants pour la communauté en Belgique ? Certaines tendances orthodoxes à Anvers souhaiteraient des nominations supplémentaires, mais le nombre de postes financés par l'État est limité.
"Un rabbin qui n'étudie plus est un rabbin mort"Cette dernière décennie, Philippe Markiewicz a néanmoins mené une politique volontaire pour reconnaître de nombreux ministres officiants. Il y avait un manque en la matière, souligne-t-il, particulièrement à Anvers, où les vocations ne manquent pas. Il n'en est sans doute pas de même au sein du courant plus libéral. Entre les lignes, le président du Consistoire laisse filtrer une inquiétude : à la Grande synagogue de Bruxelles, qui prendra un jour la succession d'Albert Guigui, âgé de 81 ans ? "Je ne voudrais pas que l'on doive s'appuyer sur des rabbins de l'étranger qui connaissent mal la situation de notre pays", souligne-t-il.
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