La canicule et la sécheresse sont-elles un atout ou un danger pour ce vignoble surplombant Nice ?

La canicule et la sécheresse sont-elles un atout ou un danger pour ce vignoble surplombant Nice ?

« En matière de vin, une grande année est une année où il n’y a pas d’eau ! » Doit-on donc boire à la santé de l’affirmation de Jean-Patrick Pacioselli, président du syndicat des vignerons de Bellet et propriétaire, avec son épouse Nathalie, du domaine Saint-Jean ? Des nuances s’imposent si les professionnels de la grappe ne veulent pas trinquer.

Depuis 20 ans, le couple cultive 4 hectares de vignes sur les coteaux Ouest niçois. Actuellement, les vendanges battent leur plein, orchestrées par une vingtaine de personnes par cycle de récolte. Des paires de mains, armées de sécateurs, qui s’activent sur des sols complexes : à Bellet, les terrains sont souvent escarpés, étagés, les accès difficiles et tout est fait manuellement. Les machines à vendanges sont proscrites. On remonte seaux et caisses à pied. Alors, il faut s’organiser, se protéger : « Chez nous, c’est plutôt le matin, de 6h30 à 12h, lorsqu’il ne fait pas encore trop chaud. »

Chaud. C’est le mot millésime de l’été pour les 10 domaines du vignoble urbain niçois, allant de un demi-hectare à 20 hectares et exploités par 9 propriétaires. Une chaleur précoce. Subie dès la fin du mois d’avril, avec « en mai, des températures du mois d’août, ce qui a déclenché en avance le processus de la cueillette ». Concrètement, sur l’appellation d’origine protégée des vins de Bellet, « les vendanges ont commencé vers le 13 août. On a une semaine à 10 jours d’avance par rapport à l’été 2025, qui était déjà très précoce ».

Les vendages sur la colline de Bellet en 2024.

Aridité et dérogations pour arroser

De plus en plus chaud de plus en plus tôt. Jean-Patrick Pacioselli dresse un constat : « J’ai démarré il y a 20 ans. A l’époque, on débutait les vendanges entre le 10 et le 15 septembre. A présent, on finit les vendanges quand on les commençait il y a 2 décennies ! »

La chaleur n’est pas le seul moteur de ce chamboulement saisonnier. Le second paramètre, c’est l’eau . Ou plus exactement, son absence. « Depuis le mois d’avril et jusqu’aux 2 orages de ces derniers jours, on n’a pas eu de pluie. »

Sur l’AOP de Bellet, comme sur d’autres, on n’a pas le droit d’irriguer. Il faut laisser faire la nature. « Compte-tenu du manque d’eau et des températures extrêmes, les vignerons demandent des dérogations. C’est l’Institut national des appellations d’origine qui accorde les autorisations d’arroser. »

Dans les différents domaines du vignoble niçois, les vendanges se font à la main sur des terrains souvent difficiles d’accès.
Dans les différents domaines du vignoble niçois, les vendanges se font à la main sur des terrains souvent difficiles d’accès.
Justine Meddah / Nice-matin

Mettre de l’eau dans son vin

Et on arrose comment ? De 2 manières principales. « Lorsqu’on plante une vigne, explique le président des vins de Bellet, on peut mettre en place un système d’irrigation au pied, car pour les jeunes vignes, on a le droit d’arroser. Si ce système fait défaut, on peut opter pour un goutte-à-goutte qu’on déplace chaque jour, ligne par ligne. Nous, ici, on n’a pas arrosé, car certaines parcelles craignent moins que d’autres. »

L’arrosage est un sujet qui n’a pas fini de faire couler du mauvais sang : « Quand on se retrouve dans des périodes de sécheresse intenses avec des restrictions d’utilisation de l’eau, l’adaptation est compliquée quant à sa mise en oeuvre et à son coût. A terme, il faudra systématiquement arroser et il faudra voir comment gérer et payer cette ressource. Il y a une vraie réflexion à mener. »

Pas plus d’alcool

Cette canicule non hydratée se retrouve-t-elle dans les grains de raisin ? Y-a-t-il plus de sucre et au final, plus d’alcool dans les bouteilles ? Non : « Le cycle végétatif de la vigne est à-peu-près immuable. » La véraison, autrement dit le moment où le grain gonfle et commence à prendre la couleur qu’il aura à maturité, démarre plus tôt, mais il n’y a aucune raison pour que la récolte soit impactée et le goût altéré : « Globalement, on a des vins qui font entre 12 et 14 degrés. Ils ne seront pas plus alcoolisés. C’est à nous d’apater les vendanges pour faire en sorte d’avoir des jus aux degrés souhaités. »

Un taux d’alcool préservé. Et la qualité du vin ? « Quand on parle de grande année, c’est quand il n’y a pas d’eau. » Donc, tout baigne ? Pas tant que ça : « S’il ne pleut pas, la vigne est stressée, elle souffre et finit par mourir. Si on l’arrose c’est pour éviter qu’elle ne périsse. »

Moins de vin en perspective

Le péril guette-t-il les raisins de Bellet ? « Non, dans la mesure où on a l’autorisation d’arroser quand on estime que la vigne est en danger. Cela dit, moins d’eau, c’est moins de jus et donc, moins de vin. »

Comment se présente la récolte ? « Je pense qu’elle sera moindre que l’année dernière, qui était déjà une année faible, mais pas forcément moins bonne. La vinification a commencé. Les premiers jus récoltés, en blanc et rosé, sont très qualitatifs. Le cépage noir est plus tardif. »

Le blanc et le rosé extrait des grappes de cet été, seront sur le marché en mars 2027. Pour le rouge, rendez-vous en mars 2028, « car l’appellation exige une année passée en fût de chêne ».