La "coopétition" ou savoir à la fois s’allier et rivaliser, la grande leçon de l’évènement caritatif ZEvent
La coexistence de la coopération et de la concurrence ou "la coopétition" trouve son illustration dans l’évènement caritatif qui vient de se tenir à Montpellier ZEvent. L’économie des créateurs montre que s’allier et rivaliser en même temps est possible. Audrey Rouyre et Charlotte Chappert, enseignantes-chercheuses, le décrivent pour Lignes Ouvertes
Du 3 au 6 septembre, à Montpellier, le ZEvent a tiré sa révérence après dix ans d’existence. Plus de 300 streamers se sont réunis pour soutenir 22 associations et ont collecté 32 891 874 euros. Cet exploit est souvent perçu comme un simple élan de solidarité. Il cache pourtant un phénomène stratégique : la coopétition.
En temps normal, les streamers qui participent au ZEvent sont concurrents. Ils se disputent la même ressource rare, la visibilité – celle des algorithmes des plateformes et celle de leur communauté – pour capter et retenir leur audience. Mais le temps d’un week-end, ces streamers coopèrent en mobilisant leurs chaînes respectives autour d’un objectif commun, démultipliant ainsi leur audience. Cette année, l’évènement a rassemblé plus de 1,18 million de spectateurs au pic d’audience, avec plus de 26 millions d’heures regardées, un niveau qu’aucun streamer, aussi populaire soit-il, n’aurait pu atteindre seul.
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Derrière la création de valeur collective, la compétition individuelle se poursuit. Pendant des heures de live, chaque streamer poursuit ses propres "donation goals", des paliers personnels fixés à l’avance et souvent assortis de gages ludiques si l’objectif est atteint (se raser la tête, faire Paris-Dakar à pied, etc.). Des compteurs individuels s’affichent en permanence à l’écran, sous les yeux de milliers de spectateurs, et créent de fait un classement implicite entre les streamers. À la fin de chaque édition, il n’est d’ailleurs pas rare de voir circuler les résumés des cagnottes individuelles, une manière de montrer la valeur apportée par chacun à la cagnotte collective. Par exemple, Mastu et Domingo affichaient fièrement des cagnottes individuelles de près de 5 millions d’euros chacun.
Coopération et concurrence
Toutefois, quand la cagnotte individuelle approche d’un seuil symbolique, l’appel aux dons change de cible. Il ne s’agit plus de faire grimper sa propre cagnotte mais celle de l’évènement entier grâce à des paliers collectifs. Le public partage alors son soutien entre deux logiques : soutenir son streamer préféré et soutenir la cause commune. C’est précisément cette tension entre création de valeur individuelle et collective qui définit la coopétition. La coexistence de la coopération et de la concurrence explique le succès de l’évènement.
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Mais cette coopétition n’est pas un jeu où tout le monde a les mêmes cartes en main. Domingo ou ZeratoR entrent dans la partie avec un jeu bien plus fort qu’un streamer suivi par quelques milliers de personnes, en audience comme en capacité à faire grimper la cagnotte commune. Le format du ZEvent s’en accommode : chacun participe à sa hauteur, et cette asymétrie entre streamers ne freine pas la coopération. Trop souvent, la coopération et la concurrence sont envisagées comme deux logiques exclusives, où il faudrait choisir son camp : s’allier ou rivaliser. Le ZEvent, et plus largement l’économie des créateurs, montre qu’il est possible de faire les deux. Le vrai enjeu est donc d’apprendre à faire les deux à la fois.