La France et onze autres pays sanctionnent les colonies de Cisjordanie et marquent une cassure avec Israël

La France et onze autres pays sanctionnent les colonies de Cisjordanie et marquent une cassure avec Israël

La violence des colons de Cisjordanie contre les Palestiniens a poussé douze pays, dont la France, à prendre des mesures unilatérales, faute de consensus européen. Les sanctions contre les colonies ont provoqué la colère d’Israël qui a pris de premières mesures de rétorsion contre le Royaume Uni.

Les mesures annoncées hier par douze pays, dont la France, le Royaume Uni et le Canada, n’auront pas un impact considérable sur la situation au Proche Orient ; mais elles sont explosives pour les relations entre Israël et une partie de l’Europe. Elles sont l’aboutissement d’une lente dégradation de ces relations, dégradation à laquelle les violences des colons de Cisjordanie donnent une véritable accélération.

En décidant d’interdire le commerce avec les colonies juives implantées en Cisjordanie, les signataires de la déclaration commune ne touchent qu’une petite fraction du commerce entre l’UE et l’État hébreu.

Mais les « 12 » ont voulu marquer symboliquement une rupture avec la montée des violences en Cisjordanie, menées par des groupes de colons, souvent sous le regard passif, sinon complaisant, de l’armée israélienne. Même l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, favorable à la colonisation, a qualifié ces colons violents de « terroristes ». Les Européens ne pouvaient pas rester passifs sous peine d’alimenter un peu plus le fameux « double standards » qui leur est reproché.

Pourquoi n’est-ce pas l’Union européenne qui agit ? C’est l’une des limites de l’exercice. Le fait qu’il n’y ait que huit pays de l’UE parmi les douze signataires, montre que le consensus est impossible sur ce sujet.

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Il y a un an, face à la situation dramatique à Gaza, la Commission européenne a lancé une démarche qui devait logiquement déboucher sur une suspension de l’accord d’association entre Israël et l’Union européenne : la Commission a déterminé que la clause sur les droits humains contenue dans l’accord n’était plus respectée. Il a été impossible aux 27 de se mettre d’accord, l’Allemagne en particulier refusant, pour des raisons historiques, de sanctionner Israël.

Cet échec est d’autant plus étonnant que le dossier est difficilement contestable : les colonies sont illégales au regard du droit international, la violence des colons est largement documentée, et les déclarations de certains dirigeants israéliens explicites. Le gouvernement britannique est même allé jusqu’à parler de volonté de « nettoyage ethnique ».

Ces annonces ont provoqué la colère du gouvernement israélien, il est vrai engagé dans une campagne électorale âprement disputée. Israël a pris hier des mesures de rétorsion contre les Britanniques, qui ont très nettement durci le ton. Le consulat britannique à Jérusalem-Est a été fermé, et les officiers britanniques présents dans la coordination militaire prévue par le « plan Trump » pour Gaza, ont été exclus. Il est possible que des mesures similaires soient prises à l’encontre de la France, dont le Consulat à Jérusalem-Est est lui aussi l’interface avec les Palestiniens.

Mais sur le fond, les mesures contre les colons sont l’aboutissement d’une véritable rupture, moins avec Israël qu’avec le gouvernement de Benyamin Netanyahou. Israël a suivi une dérive à droite radicale depuis le 7 octobre 2023, refusant toute concession sur les droits des Palestiniens, faisant tout pour tuer la solution des deux États. Israël considère toute critique de sa politique comme étant teintée d’antisémitisme. L’isolement croissant d’Israel ne connaît qu’une exception majeure, les États-Unis.

Les mesures annoncées hier seront considérées par certains comme trop peu, trop tard ; mais elles marquent aussi un tournant dans une longue histoire.

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