La sécheresse de l'été va-t-elle compromettre la saison des champignons ? "Je suis assez pessimiste"
"Je suis assez pessimiste… il n'y a aucune fructification, aucun sporophore en vue."
Mycologue passionné et titulaire d'un diplôme universitaire en mycologie de l'Université de Lille, Bernard Clesse ne cache pas que la saison des champignons s'annonce mal.
Bien entendu, il est encore un peu tôt pour être catégorique, ajoute l'écopédagogue des Cercles des Naturalistes de Belgique (CNB). Traditionnellement, la saison des champignons débute mi-septembre, mais avec les effets du réchauffement climatique elle est régulièrement décalée à début octobre.
Il n'empêche que pour l'œil averti de Bernard Clesse, les choses se présentent mal.
Lors d'une récente rencontre mycologique organisée à Neufchhateau, à l'exception de quelques endroits plus humides en bord d'étang, de rivières ou de zones tourbeuses, les mycologues n'en ont quasiment pas vu.
La sécheresse de cet été est évidemment responsable. "Le mycélium a été fortement impacté ou même détruit." Ces très fins filaments qui constituent l'appareil végétatif se trouvent dans le sol où ils absorbent les nutriments et ont un besoin vital d'eau. Sans cela, ils sont incapables de donner naissance aux sporophores, la partie aérienne du champignon.
Bien sûr, ce mycélium peut se reconstituer. "Mais il faudra un substrat bien imbibé et donc des pluies régulières et en suffisance, note Bernard Clesse. Et il faut aussi espérer que les périodes de froid n'arrivent pas trop tôt, ce qui empêcherait que le mycélium se reconstitue."
Bref, cela fait beaucoup de conditions à réunir. "Il y aura donc probablement nettement moins de champignons cette année, peut-être même quasiment pas et cela ne repartira que l'année prochaine."
En Suisse, la Société mycologique des montagnes neuchâteloises a ainsi estimé que la sécheresse de cet été a réduit la biomasse de champignons de 50 à 75 %.
Toutefois, dans certaines régions de France, le début de saison des cèpes donne de l'espoir à ceux qui affectionnent la cueillette aux champignons. Dans certaines zones, l'eau apportée en quantité par les orages et des sols encore chauds ont offert une combinaison parfaite pour le développement des champignons. De quoi donner un peu d'espoir chez nous aussi. "Il faudra effectivement voir la météo des prochaines semaines, note Bernard Clesse. Mais je suis quand même assez pessimiste."
Les champignons souffrent et les arbres trinquent
Le mauvais état du mycélium des champignons n'est pas étranger au mauvais état de nos forêts, où de nombreux arbres meurent sur pieds ou perdent prématurément leurs feuilles.
"Les arbres et même près de 90 % des plantes dépendent des champignons pour absorber l'eau", rappelle Bernard Clesse. Les filaments du mycélium, des milliers de fois plus fins que les plus fines des racines des arbres, sont capables de s'immiscer dans le moindre des interstices du sol pour y caper l'eau et le restituer en partie aux arbres. Le mycélium peut ainsi multiplier jusqu'à dix fois la capacité d'un arbre à boire. Dégradé, voire détruit par la sécheresse, le mycélium n'a pu jouer son rôle normalement, ce qui explique que les arbres ont énormément souffert cet été.
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