Le cidre fait tomber les vergers wallons dans la pomme: "Une trentaine de projets lancés ou à venir"
Le PomPomPom revient à Bruxelles ces 29 et 30 août 2026. Ce festival fondé par 4 potes passionnés est le seul rendez-vous belge consacré au cidre artisanal. L'ambition: "mettre le cidre sur la carte dans un événement festif, en sortant du carcan du salon de dégustation professionnel". Selon l'un des cofondateurs Julian Stouffs, "le cidre permet aussi de découvrir le pays en visitant les petits producteurs".
Justement, le cidre débouche-t-il sur un retour du verger dans les campagnes wallonnes? Julian Stouffs est aussi paysagiste. Il l'assure : la demande en vergers hautes tiges augmente parmi ses clients. "Je lance au moins un projet par an depuis 5 ans. Par exemple, à Nivelles, j'accompagne un verger avec réintroduction de pommes et poires sur 10ha. Ce sont des centaines d'arbres. Idem à Havelange sur 8ha : un agriculteur qui en a marre des machines et introduit des pâtures sous couvert biologique". Plus généralement, le professionnel observe que "les agriculteurs ne font plus de thunes avec l'agriculture traditionnelle et cherchent à se diversifier. Dans le privé aussi, on voit grandir la demande pour les haies fruitières, les baies…"
PomPomPom à Bruxelles, seul festival belge du cidre artisanal: "Le Belge a toujours pressé son jus et fermenté son cidre"
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Une tendance observée par l'asbl Diversifruits. Ce centre de référence wallon sur le verger, véritable porte d'entrée dans le secteur, ne dispose pas de chiffres exhaustifs sur les surfaces plantées en vergers hautes tiges. Mais travaille actuellement à la création d'un outil de recensement avec le CRA-W (Centre wallon de Recherches agronomiques).
50 à 60ha chaque année
"Cependant, nous pouvons suivre les vergers hautes tiges engagés en certification biologique. À ce niveau, en 2022 en Wallonie, sur 421ha d'arboriculture fruitière (hautes et basses tiges, hors fruits secs), 244ha de vergers HT certifiés bio étaient recensés. Depuis, les surfaces ont augmenté chaque année, arrivant à 556ha en 2025", mesure Eva Velghe, Coordinatrice & Responsable "Vergers Vivants" chez Diversifruits. "Cette augmentation peut être raisonnablement majoritairement attribuée à une augmentation des surfaces de vergers en hautes tiges bio". Diversifruits estime que la surface wallonne de hautes tiges atteint 1000ha en 2026, "et quelque 50 à 60ha replantés chaque année".

guillementEn 2012, seul un ou deux projets de cidre à vocation commerciale étaient recensés. En 2025, une vingtaine de projets actifs ou en cours de route se profilaient.
L'arboriculteur Cédric Guilleaume confirme cette demande croissante en vergers hautes tiges. "Tous les agriculteurs n'ont pas le même objectif. Certains visent le bien-être animal avec les cultures sous couvert, d'autres l'aménagement paysager près d'un gîte ou d'un magasin à la ferme. Ou encore la biodiversité ou l'adaptation avec une prairie mieux protégée contre la sécheresse. Mais la plupart ont effectivement l'idée d'un projet économique derrière. En Wallonie, une quinzaine de projets cidriers ont déjà abouti, et une quinzaine est encore en développement". Le professionnel, lui-même fruiticulteur et qu'on cueille ce 27 août 2026 en pleine récolte de prunes de Namur, prévoit d'ailleurs de planter "plus de 1.000 arbres cet hiver".
VIDÉO (2017) | Fruitiers: la revanche des hautes tiges
guillementLa spécificité des pommes wallonnes, c'est que ce sont des pommes de table. Elles se distinguent des variétés cidricoles françaises ou britanniques qui peuvent être immangeables.
Chez Diversifruits, les chiffres parlent d'eux-même: le cidre pétille en Wallonie. "En 2012, seul un ou deux projets de cidre à vocation commerciale étaient recensés. En 2025, une vingtaine de projets actifs ou en cours de route se profilaient", énumère Eva Velghe. Selon Gary Schwarts, cofondateur du PomPomPom, "en France, le cidre n'atteint qu'1 % de la consommation d'alcool. Le potentiel est donc très important".
Cédric Guilleaume, lui-même ancien cidrier, juge les pommes wallonnes particulièrement adaptées à la fermentation. "La spécificité des pommes wallonnes, c'est que ce sont des pommes de table. Elles se distinguent des variétés cidricoles françaises ou britanniques qui peuvent être immangeables en raison de leur astringence et de leur amertume. Chez nous, la variété phare, c'est la Gueule de mouton. La Reinette Hernaut et la Cwastresse aussi font merveille dans le cidre". Le spécialiste l'assure : "je plaide pour les variétés anciennes d'ici, mais je ne suis pas fermé aux pommes étrangères. Pour autant qu'elles ne soient rustiques et pas malades".
Le pèket durable wallon reste une petite goutte dans l'océan du spiritueux industriel: "Un apéritif violette ou cuberdon à 14,9 %, c'est pas du pèket"
Les organisateurs du festival PomPomPom jugent la diversité wallonne plus riche en raison de l'absence de cahier des charges face aux AOP françaises. "C'est vrai et c'est pas vrai", nuance Cédric Guilleaume. "D'abord parce qu'il y a plusieurs AOP en Normandie avec des caractères différents. Et ensuite parce que rien n'oblige les artisans à s'y conformer". Chez Diversifruits, Eva Velghe ajoute que le label Vergers Vivants vient récemment d'être introduit en Wallonie distinguant "l'ensemble des plantations de vergers hautes tiges non-traités ainsi que les produits issus de ces vergers". Soit fruits de table, jus, cidre, compote, fruits séchés. "L'un des producteurs participant à PomPomPom est déjà engagé dans ce label : Cyrille Guiot, avec le Cidre du Tchapia. D'autres suivront très certainement".
+"PomPomPom", ces 29 et 30 août 2026 au Vaux Hall, parc de Bruxelles, entrée gratuite, 4€ le verre de dégustation puis 4€ le ticket.
Bientôt des pêches?
Reste une question : le réchauffement climatique pousse-t-il certains fruiticulteurs à s'orienter davantage vers des espèces méditerranéennes ? "La demande croît", observe le paysagiste Julian Stouffs. "Des clients me demandent des baies du sud, comme les baies de goji ou les elaeagnus, petits fruits adaptés aux sols sablonneux".
Des abricots en Wallonie? Pas pour tout le mondeCédric Guilleaume observe la même tendance "chez les privés". Mais pas question de lancer de vastes cultures. "Des tests ont été opérés par le GAWI (Groupement des Arboriculteurs Wallons pratiquant la production Intégrée ou la production Biologique) et le CRA-W sur les abricots, les amandes, les pêches. Ces espèces méditerranéennes ne seront pas mieux adaptées dans le futur. Car même si les hivers seront plus doux et humides avec certitude, avec un démarrage végétal plus rapide au printemps, la Wallonie restera sujette aux gelées. Et ces arbres y sont très sensibles. Donc, on peut avoir un pêcher dans son jardin si on accepte de n'avoir des fruits qu'une fois tous les 4 ans. Mais comme filière professionnelle, ça ne fonctionne pas économiquement. Les tests ont d'ailleurs été abandonnés".
Pas d'amaretto wallon donc. Mais le cidre restera une valeur sûre.
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