Le domicile, dernier rempart des politiques
À 5h30 du matin, ce mercredi, Maxime Prévot et sa famille ont été réveillés par six militants venus contester devant leur domicile le projet de loi sur les visites domiciliaires. Une mise en scène censée dénoncer ce que d'autres citoyens pourraient subir. Le ministre des Affaires étrangères leur a ouvert sa porte. Il a discuté avec eux pendant une demi-heure. L'action était pacifique.
C'est précisément ce qui pourrait rendre l'affaire anodine. Elle ne l'est pas. Car le lieu - symboliquement choisi - n'était pas le siège d'un parti politique, un cabinet ministériel ou même le Parlement. C'était une maison. Un espace privé, partagé avec une compagne et des enfants qui n'ont pas choisi d'entrer dans le débat public.
Des activistes se présentent au domicile de Maxime Prévot à 5h30 du matin : "Puisque vous voulez entrer chez nous, nous venons chez vous"Manifester est une liberté fondamentale. Critiquer un ministre, dénoncer un projet de loi, interpeller un gouvernement… Quoi de plus légitime ? Mais un État démocratique doit aussi savoir fixer des limites à l'endroit où la contestation s'exerce. Le domicile privé d'un responsable politique doit rester l'un de ces espaces protégés.
Car même pacifique ou bon enfant, un rassemblement devant une maison n'est pas anodin. Il désigne une adresse comme un lieu de contestation et crée un précédent. Aujourd'hui, six personnes viennent remettre une enveloppe. Demain, d'autres pourraient revenir avec davantage de monde. Puis des slogans, des caméras, des œufs, des tags… Et, un jour, une menace ou un geste violent.
Ce risque n'est pas théorique dans une vie politique devenue plus tendue. Les élus sont de plus en plus exposés sur les réseaux sociaux, parfois jusqu'à la haine. Et les premières victimes de cette tension sont leurs proches qui n'ont rien demandé. La multiplication de ces actions les angoisse. Un ministre francophone envisage même de déménager le temps de son mandat.
Une grande manifestation annoncée le 9 octobre à Bruxelles: "Un premier avertissement clair au gouvernement"Il serait imprudent d'attendre un dérapage pour comprendre qu'une limite devait être fixée. Interdire les rassemblements militants aux domiciles des responsables politiques n'empêcherait d'ailleurs aucune contestation. Il reste suffisamment de lieux pour interpeller un élu, manifester contre une décision ou faire entendre une colère.
Nos dirigeants doivent parfois prendre des décisions difficiles ou impopulaires. Le soir, comme nous tous, ils ont la chance de pouvoir redevenir simplement un parent, un conjoint ou un voisin. Leur maison n'est pas le prolongement de leur cabinet ministériel.
Faire de la politique demande du courage. Mais il doit rester un endroit où chacun peut fermer sa porte et retrouver sa vie privée.
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