"Il faut une vingtaine de drones pour l'immobiliser": l'armée française ne veut pas enterrer son char Leclerc, on a suivi un exercice où il apprend à combattre avec les drones
"Il faut une vingtaine de drones pour l'immobiliser": l'armée française ne veut pas enterrer son char Leclerc, on a suivi un exercice où il apprend à combattre avec les drones
Publié aujourd'hui à 13h10
Lire dans l'appPendant plusieurs jours autour de Reims, le 501e régiment de chars de combat a mené un exercice en terrain libre au cours duquel ont été travaillées les collaborations possibles entre le drone et le char Leclerc.
Dans une soute à munitions de l'ancienne base aérienne 112 de Reims, les yeux des soldats du 501e régiment de chars de combat sont rivés sur leurs écrans. Un poste de commandement a été installé avec plusieurs écrans. Y sont affichées des images de véhicules blindés ennemis captées en direct par des drones, déployés quelques kilomètres plus au nord. Des informations cruciales pour l'équipe bleue face à l'équipe rouge, dans leur optique de créer une brèche dans ce front fictif dans la Marne.
Pendant plusieurs jours, le 501e régiment de chars de combat, unité blindée de l'armée de Terre, a mené un entraînement en terrain libre simulant une guerre de haute intensité autour de Reims avec des chars, des véhicules blindés légers, des drones et des commandos.
Le drone, "compagnon" du char Leclerc
Environ 500 militaires étaient mobilisés sur cet exercice où un accent était mis sur les innovations. Parmi celles-ci, une revient sur toutes les lèvres: le drone. Un régiment de chars de combat travaillant sur les drones, cela a de quoi interpeller car depuis plusieurs mois, certains voient dans la révolution de cet engin volant, largement utilisé dans la guerre en Ukraine, la mort du char. Celui-ci serait trop vulnérable à ces engins rapides, faciles à manier et peu coûteux.
"Pour faire en sorte qu'il puisse survivre, on lui adjoint des drones, de la guerre électronique et de la robotique", explique le colonel Gille, chef de corps du 501e régiment.
Lui croit encore dur comme fer à l'avenir du char Leclerc. "Il faut une vingtaine de drones pour l'immobiliser. Toutes les armées réfléchissent au successeur du char", avance-t-il comme arguments. Pour l'armée française, il est hors de question d'envoyer ses chars Leclerc à la casse, encore moins au 501e régiment de chars de combat. Au point de monter en juin le 5e escadron, composé d'une section commando mais aussi d'une section drone.
Le colonel Gille voit dans cet engin davantage "un compagnon" au char plutôt qu'un bourreau. "Il complète le panel du char, doublant ainsi ses propres capacités. Pour un équipage de char, le drone permet de faire de la reconnaissance et d'offrir une vue plus large qu'à l'intérieur du véhicule", détaille-t-il. Car dans son char, le chef de l'équipage a une visibilité réduite surtout à proximité de son engin. Alors, le drone pourra devenir "ses yeux et ses oreilles", selon Bastien.
Ce chef de char explique que "l'utilisation du drone, ça sera pour reconnaître devant nous, devant les lignés alliés, au contact directement des ennemis". "Cela va nous permettre de reconnaître le terrain avant que, nous les chars, avancions progressivement", détaille le chef de char.

Des propos à l'action. Au nord de Reims, l'exercice se poursuit. Deux véhicules blindés sont cachés dans une forêt. À leur côté, un droniste envoie un engin d'observation de quelques centimètres pour faire de la reconnaissance. L'objectif: s'assurer qu'aucun ennemi ne se cache dans les alentours. Dans cette campagne de la Marne, le terrain est dégagé. Avant d'y engager les chars, le drone est utilisé pour "ne pas exposer" les Leclerc et leur ouvrir la voie.
"RAS! Le drone revient à sa base!", s'exclame le pilote quelques instants plus tard.
Maintenant que la vérification est faite, les chars Leclerc sont envoyés pour avancer et s'emparer de la position. À 70km/h, les quatre tanks de près de 60 tonnes chacun mènent la charge et s'avancent jusqu'au village situé à quelques kilomètres, soulevant autour d'eux un nuage de poussières.

Vers des drones qui décollent d'un char?
Le colonel Gille n'imagine pas une guerre à haute intensité sans les chars de combat. "C'est le seul engin capable d'encaisser les coups, de tirer et d'avancer", soutient-il. "Il reste le prédateur, la grosse menace", analyse le chef de corps du 501e régiment de chars de combat, tout en évoquant "la complémentarité" à travailler entre le drone et le char.
Raison pour laquelle le régiment se penche sur le projet Odin. L'objectif : avoir à terme au moins un drone volant en autonomie à proximité immédiate du char. Le chef de char aurait alors une tablette sur laquelle serait affiché ce que voit le drone, "une vue large à la troisième personne".
Tout cela est encore au stade de développement, en collaboration avec un industriel rémois présent avec le régiment pour avoir directement les retours des soldats. Le colonel Gille imagine même une plateforme directement sur le char depuis laquelle le drone, d'observation ou de frappe, décollerait et atterrirait. À l'avenir, on pense aussi à des drones à fibre optique reliés au char afin d'être plus résistant au brouillage.
Adaptation technique, tactique, innovation, réflexion... Ces mots reviennent en permanence autour du char Leclerc: en aucun cas il n'est imaginé une percée sans ces engins. Pour le 501e régiment de chars de combat, l'exercice se poursuit vers le nord, en direction de Sissone. Sur la route, les troupes passeront par Berry-au-Bac. C'est dans ce village de l'Aisne que la France a utilisé pour la première fois des chars d'assaut en avril 1917.
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