Critique | Le groupe belge TUKAN dans son habitat naturel
Si vous êtes passé par le Carré d’Youville lundi soir, vous avez peut-être entendu de la musique électronique. Si vous aviez regardé de plus près, vous auriez constaté que sous les plumes du groupe électro instrumental TUKAN se cachent quatre musiciens belges dans la vingtaine qui jouent tous des instruments bien réels, sans ordinateur à vue.
Dans un genre musical où tout est produit en studio ou joué sur ordinateur, le pari audacieux d’une musique en direct est rafraîchissant. Surtout lorsqu’elle est livrée aussi impeccablement qu’elle l’a été lundi soir sur la scène Crave du Festival d’été de Québec (FEQ), l’une des deux scènes (sur cinq) que compte le FEQ où l’accès est gratuit.
Quelques centaines de personnes s’étaient amassées au Carré d’Youville pour observer ce quatuor bruxellois, qui refuse l’étiquette d’un genre musical figé, préférant se définir comme un collectif mélangeant house, post-rock, indietronica, danse alternative et une touche de jazz.
Presque tout le monde dansait d’une façon ou d’une autre lundi, l’espace disponible au Carré d’Youville étant assez grand pour se laisser aller, tout en demeurant assez restreint pour garder le confort de l’anonymat.
Les éclairages jaunes, bleus et rouges rappelaient une jungle et, jointes à la musique, pouvaient même évoquer un jeu vidéo. De simples faisceaux lumineux virevoltants ont suffi à créer l’atmosphère de voyage qui a caractérisé le spectacle, cette transe où certains ont laissé leur corps s’abandonner.
Les diverses chansons de ce groupe qui compte deux albums à son actif (Atoll Extended en 2023 et Human Drift en 2025) se fondaient les unes dans les autres, ce qui obligeait le guitariste Andrea Pesare à indiquer à la foule quand applaudir — sans quoi il aurait pu être difficile de distinguer la fin d’une chanson d’un interlude.
Une transe quasi ininterrompue
Ce n’était pas le premier passage du groupe à Québec ; le quatuor belge est venu dans la Capitale en 2023.
« On adore venir ici. Chaque année on vient depuis qu’on est venu au FEQ la première fois et c’est toujours trop bien. Vous êtes trop cools les Québécois », a confié le claviériste Sam Marie à la foule dans ce qui aura été l’une des seules interventions parlées de ce spectacle d’environ une heure, où l’instrumental était à l’honneur.
Peu bavard, le groupe reste pourtant souriant sur scène, lui-même emporté par sa propre musique. La foule danse et répond à chaque signal, arrivant à communiquer avec le quatuor par l’entremise de gestuelles universelles, telles qu’un salut de la main en introduction ou encore une gestuelle vers le haut pour inviter aux applaudissements, ou vers le bas pour inviter à s’accroupir. Un habile choix qui permettait à TUKAN de poursuivre sa transe électronique sans l’interrompre de mots qui auraient pu casser le rythme.
Autre élément distinguant le collectif : son ADN jazz. Lundi soir, elle transparaissait particulièrement dans les développements instrumentaux et l’improvisation au groove implacable. Le claviériste Sam Marie semblait par moments possédé par sa ligne mélodique.
TUKAN a aussi su démontrer qu’il maîtrise l’art du build-up. Difficile de résister à ces boucles et à la batterie de Tommaso Patrix. Elles invitaient irrémédiablement à la danse, si l’on se fiait aux festivaliers présents.
Un bémol, tout de même. Certes, pour les puristes, il serait quasi-criminel d’écouter de la musique house à bas volume. Tout de même, le son craché par les haut-parleurs de la Scène Crave lundi soir était un tantinet trop fort. Des bouchons auraient été de mise. Certains l’avaient prévu dans la foule et nous avons regretté l’oubli des nôtres.
Autre bémol, plus mineur. À la longue, certaines boucles pouvaient devenir un brin répétitives pour certaines oreilles. Reste qu’en une heure, les nôtres ne s’en sont pas tannées.
« Merci, bah c’était trop cool d’être là. Si vous avez kiffé, invitez vos voisins et vos amis demain ! », a lancé Sam Marie en fin de spectacle.
En effet, si vous les avez manqués lundi, TUKAN sera de retour mardi sur la Scène Extras FEQ du Manège militaire, où la passe est obligatoire. Tant qu’à les faire venir de Belgique, aussi bien en profiter pour voir TUKAN en live, dans son habitat naturel.