Lagerwey : « Beckham et Messi ont changé la donne »

Lagerwey : « Beckham et Messi ont changé la donne »

Mercredi, Garth Lagerwey nous a accordé un long entretien en visioconférence. Désormais guéri du cancer qui l'avait forcé à quitter la présidence d'Atlanta United l'an dernier, cet ancien gardien de but, âgé de 53 ans devrait bientôt rebondir dans une franchise, tant ses précédentes expériences de dirigeant se sont révélées fructueuses, lui qui, en tant que manager général, avait mené le Real Salt Lake jusqu'au titre en MLS (2009), puis les Seattle Sounders à des sacres en MLS (2016 et 2019) et en Ligue des champions de la Concacaf (2022). En attendant de retrouver un poste, Lagerwey a donc accepté d'évoquer les mutations de la MLS au cours des vingt dernières années.

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« En 2007, vous deveniez, à 35 ans, directeur général du Real Salt Lake. Quelle place occupait alors la MLS dans le panorama sportif américain ?
On aimait à présenter la MLS comme la cinquième ligue la plus puissante du pays, derrière la NFL, la NBA, la MLB et la NHL. Mais en réalité, le soccer naviguait entre la cinquième et la dixième places des sports les plus suivis aux États Unis, car il était médiatiquement dépassé par le Nascar, la F1 ou le golf, car Tiger Woods était au top à ce moment-là.

2007, c'est aussi l'année lors de laquelle David Beckham signe au Los Angeles Galaxy. Son arrivée a-t-elle immédiatement fait progresser la notoriété de la MLS ?
Ah oui, l'impact a été énorme. Avant de rejoindre le Real Salt Lake, en septembre 2007, je travaillais dans un cabinet d'avocats à Washington. Or, c'est dans cette ville que Beckham a disputé son tout premier match avec le Galaxy (le 9 août 2007). Comme j'avais récupéré des places, j'étais devenu le mec le plus cool du cabinet et je peux vous dire que ce n'était pas grâce à mes compétences de juriste (Sourire). À Washington, les gens ne parlaient que de la venue de Beckham, parce qu'il passait dans les late-shows, parce que Victoria apparaissait dans une télé-réalité (Coming to America, diffusée sur NBC)...

« Beckham se comportait comme un ambassadeur du soccer »

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Cet engouement s'est-il prolongé jusqu'à la fin de son aventure au Galaxy, en janvier 2013 ?
Oui, parce qu'il se comportait comme un ambassadeur du soccer. Lors de la finale de la MLS, en 2009, on a battu Galaxy aux tirs au but avec le Real Salt Lake (1-1, 5-4 aux t.a.b.). Après la rencontre, David est venu dans le vestiaire pour nous féliciter, en disant qu'on méritait notre succès. Son comportement était irréprochable.

Ensuite, d'autres grands noms du football européen ont rejoint la MLS, comme Freddie Ljungberg (2008), Thierry Henry (2010), Robbie Keane (2011)... Ont-ils contribué à perpétuer cet effet d'attraction ?
Ils ont joué un rôle localement. Keane, par exemple, a aidé le Galaxy à remporter trois fois la MLS (2011, 2012 et 2014). Mais depuis 20 ans, seuls Beckham et (Lionel) Messi (qui a rejoint l'Inter Miami en 2023) ont changé la donne, en parvenant à générer un impact positif sur la manière dont la MLS est considérée sur l'ensemble du territoire.

Robbie Keane a évolué au LA Galaxy de 2011 à 2016. (Kirby Lee/USA Today Sports/Presse Sports)

Robbie Keane a évolué au LA Galaxy de 2011 à 2016. (Kirby Lee/USA Today Sports/Presse Sports)

Pourtant, contrairement à Beckham, Messi s'exprime rarement dans les médias...
Ses réseaux sociaux parlent pour lui, il suffit de voir son nombre de followers sur Instagram (513 millions, deuxième personnalité du réseau la plus suivie derrière Cristiano Ronaldo, 677 millions). Quand j'étais le président d'Atlanta United, lorsque Messi est venu jouer chez nous pour la première fois (le 19 septembre 2024), on a disposé notre stade (le Mercedes-Benz Stadium) en configuration NFL, ce qui fait passer sa capacité de 42 000 à 71 000 places. Et on a vendu tous les tickets à une vitesse folle. Et lorsqu'il est revenu deux mois plus tard (le 2 novembre 2024), c'était pareil. Parce que même les gens qui ne s'intéressent pas au soccer se disent qu'ils doivent voir jouer Messi au moins une fois dans leur vie.

Beckham et Messi ont pu venir grâce à la « Designated Player Rule », qui permet aux franchises de recruter des joueurs dont le salaire dépasse le plafond habituellement autorisé. Au-delà des questions d'image, ce règlement instauré en 2007 a-t-il renforcé la compétitivité de la MLS ? Absolument, parce qu'il n'a pas seulement servi à faire venir des joueurs en fin de carrière qui avaient brillé en Europe. Lors de mon passage aux Seattle Sounders, on a fait venir de Boca Juniors, par ce biais, le milieu offensif uruguayen Nicolas Lodeiro, qui était encore jeune (27 ans). On a construit l'équipe autour de lui et il nous a permis de remporter deux fois la MLS et une Ligue des champions de la Concacaf. Son nom ne parle peut-être pas au grand public européen, mais à Seattle, c'est une légende.

« On a tout fait pour attirer les gens au soccer et, désormais, une partie significative de la population s'intéresse à ce sport dans son ensemble »

Quels autres facteurs ont favorisé le développement de la MLS depuis 20 ans ?
C'est une ligue en expansion constante : il y a aujourd'hui près du double de franchises par rapport à 2007 (30, contre 17), et la grande majorité d'entre elles (22) disposent de stades spécifiquement dédiés au soccer. De plus, plusieurs de ces enceintes (6) accueillent des équipes de NWSL (National Women's Soccer League, la ligue professionnelle féminine américaine), ce qui génère un cercle vertueux, en drainant un public de plus en plus familial vers la MLS.

La Coupe du monde qui se termine va-t-elle contribuer à faire grandir la MLS ?
Oui, pour trois raisons. D'abord parce qu'elle a rappelé au monde entier que ce Championnat possède, avec Messi, l'un des tout meilleurs joueurs du monde, qui n'est pas à Miami en préretraite. Ensuite, en raison des polémiques qui ont précédé la compétition, des supporters du monde entier ont renoncé à venir aux États-Unis, ce qui a contribué au fait que bien plus d'Américains que prévu ont assisté aux matches.

Lionel Messi a inscrit 12 buts en 14 matches de MLS avant que le Championnat ne se mette en pause. (Sam Navarro/Imagn Images - Presse Sports)

Lionel Messi a inscrit 12 buts en 14 matches de MLS avant que le Championnat ne se mette en pause. (Sam Navarro/Imagn Images - Presse Sports)

On peut penser que cette expérience leur donnera envie de revenir dans ces stades pour voir des rencontres de MLS. Enfin, j'ai l'espoir que des joueurs ayant pris part à cette Coupe du monde aient été séduits par la qualité de nos infrastructures et qu'ils s'imaginent désormais évoluer un jour en MLS.

En fin de compte, la place qu'occupe la MLS dans le panorama sportif américain a-t-elle évolué depuis 2007 ?
Oui, car quel que soit l'outil de mesure qu'on utilise, la MLS s'est rapprochée des autres ligues professionnelles américaines. Mais elle est aussi confrontée à une nouvelle forme de concurrence, celle des autres Championnats de foot. Parce qu'aujourd'hui, un fan de soccer qui vit aux États-Unis peut regarder, à la télévision, tous les matches des Championnats européens. Quelque part, c'est la rançon de notre succès : on a tout fait pour attirer les gens au soccer et, désormais, une partie significative de la population s'intéresse à ce sport dans son ensemble. Au détriment, parfois, de la MLS. »