Genève : le MCG veut durcir l'accès aux logements sociaux

Genève : le MCG veut durcir l'accès aux logements sociaux

Publié19. août 2026, 14:16

GenèveLe MCG veut encore durcir la préférence cantonale au logement

Le parti a déposé une initiative pour porter la durée d'établissement à 5 ans avant de pouvoir obtenir un bien social. Surtout, il veut en finir avec les dérogations.

Jérôme Faas

Le quartier des Libellules, à Vernier, regroupe un grand nombre de logements sociaux.

Le quartier des Libellules, à Vernier, regroupe un grand nombre de logements sociaux.TDG

En 2022, la crise du logement battait déjà son plein à Genève. Le canton du bout du lac comptait alors quelque 18'000 logements subventionnés (HLM - habitations à loyer modéré, HBM - habitations bon marché, et HM - habitations mixtes). Pour les seules fondations immobilières cantonales de droit public, quelque 8000 demandeurs garnissaient les listes d'attente. Le MCG, alors suivi par la droite, et fidèle à son thème favori de la préférence cantonale, avait fait passer une loi portant de 2 à 4 ans la durée de résidence nécessaire pour pouvoir obtenir un logement social. Consulté, le peuple avait approuvé de justesse (50,69%).

Taux de vacance au plus bas

Quatre ans ont passé. Le taux de vacance des logements est au plus bas: 0,31% au 1ᵉʳ juin, contre 0,34% un an avant. Le parc locatif subventionné atteint désormais 21'563 unités (au 31 décembre 2025). La liste d'attente des fondations immobilières cantonales de droit public n'a pas désempli: 7857 personnes y étaient inscrites au 31 juillet. Dans ce contexte, le MCG remet la compresse. Il vient de déposer une initiative cantonale fixant à cinq ans la durée de résidence à Genève pour pouvoir accéder à un logement social.

Toujours aussi désireux de favoriser les Genevois, le MCG admet volontiers que ce texte ne règle pas le problème de la pénurie. «On donne une solution individuelle, pas collective», commente le président du parti, François Baertschi. À ce jour, un grand nombre de demandeurs patientent depuis plus de cinq ans. Le durcissement de la règle ne changera donc rien pour eux. «Mais un an, c'est quand même conséquent, c'est quelques centaines de dossiers», estime le conseiller national Roger Golay, qui siège au conseil de la fondation HBM Emile-Dupont.

«Un putsch réglementaire du Conseil d'État»

L'essentiel de l'initiative se trouve toutefois ailleurs. François Baertschi juge ainsi que si la loi votée en 2022 n'a eu que peu d'effets, c'est «parce que ces quatre ans ont fait l'objet de beaucoup d'exceptions», évoquant même «un putsch règlementaire du Conseil d'État» - ayant débouché, selon lui, sur la «trahison de la volonté populaire». Or, pour le MCG, «du moment que l'État finance, le principe de priorité aux résidents doit s'appliquer de manière stricte».

Le MCG à la chasse aux dérogations

Le parti combat en particulier le fait que l'Office cantonal du logement (OCL) puisse attribuer «selon ses propres critères» 20% des appartements des fondations immobilières. Selon Roger Golay, il y installe ainsi «en priorité» des requérants d'asile - «qu'il faut bien loger, mais est-ce aux fondations de le faire? Nous pensons, nous, que c'est le rôle de la Confédération».

Le texte du MCG entend ainsi empêcher toute exception (exit les 20% dévolus à l'OCL) et envoyer par le fond la directive étatique (lire l'encadré) autorisant des dérogations à la durée de séjour. «Si l'État les juge utiles, il n'a qu'à les intégrer à la loi», soumise au contrôle populaire, estime François Baertschi. «Il faut qu'on ait une autonomie complète pour choisir qui vient dans nos fondations», résume Roger Golay, qui trouve «malheureux que des Genevois doivent habiter en France».

La liste des exceptions pratiquées

La directive étatique permettant de déroger à la durée de séjour à Genève s'applique aux situations suivantes: les candidats sans logement ou en instance d'évacuation; ceux victimes de violences de la part de la personne avec laquelle ils cohabitent; ceux suivant une formation à Genève; ceux visant un immeuble destiné à une catégorie particulière (immeuble avec encadrement pour personnes âgées ou résidence universitaire, par exemple); ceux ayant été retenus comme concierge; ceux vivant avec un mineur à charge dans un logement insalubre ou provisoire (foyer, hôtel, etc.); ceux membres d'une coopérative et ayant activement contribué à la conception de l'immeuble ciblé; ceux ayant quitté Genève pour étudier et désirant s'y réétablir une fois leur formation achevée; et les gardes-frontière.

Jérôme Faas

Jérôme Faas (jef), chef de la rubrique genevoise, est journaliste à 20 minutes depuis 2012. Il navigue entre judiciaire, fait divers, économie et politique.

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