Le mérion superbe parle à ses bébés avant leur naissance !

Le mérion superbe parle à ses bébés avant leur naissance !

Pour retrouver l’épisode dont est issu cet article, rendez-vous sur Bêtes de sciences. © Futura

Le mérion superbe : un passereau du sud-est australien

Nous voici au milieu de l’océan Atlantique et de l’océan Indien, sur un territoire qui est à la fois une île, un continent et un pays. Nous voici en Australie !
C’est au sud-est de l’île-continent que nous avons rendez-vous avec notre compagnon du jour. Entre les buissons et les herbes hautes, le voilà qui sautille en chantonnant. Tends l’oreille. C’est le chant du mérion superbe, Malurus cyaneus de son nom scientifique.

Il a beau être petit ( une quinzaine de centimètres de long pour à peine une dizaine de grammes ), on ne voit que lui dans ce paysage de buissons, de terre sèche et d’arbustes. Lui, et le bleu éclatant de son plumage, qui recouvre le haut de sa tête, ses joues, son dos et sa longue queue. Ce bleu vif contraste avec son bec, ainsi qu’avec les plumes brunes et noires du reste de son plumage. Cet individu est un mâle. Ce plumage est un véritable atout de séduction : il lui a permis d’attirer la femelle avec laquelle il s’est lié pour la vie.

Entre les buissons, le mérion superbe fait de petits sauts, plante son bec dans le sable avant de sautiller à nouveau. C’est comme cela qu’il cherche de la nourriture ! Omnivore, il est en quête d’insectes, de graines ou de fruits à se mettre sous la dent…ou plutôt dans le bec. Ah, le voilà qui attrape une sauterelle ! Si un danger survient, hop, il se réfugie dans les arbustes tout proches pour se mettre à l’abri. Voici la femelle qui approche. On la reconnaît à son plumage :  il n’est pas bleu, contrairement à celui du mâle, mais brun, avec un ventre clair. Son bec est marron foncé, tirant sur le rouge.

Organisation sociale et reproduction communautaire

Ce couple a élu domicile dans un nid tout proche. Un nid en forme de boule, situé à moins d’un mètre du sol. Il est fait d’un mélange de brindilles et de toiles d’araignées. Sur le côté du nid une petite ouverture permet au couple de  rendre visite à ses oisillons. Soudain, d’autres mérions superbes approchent. Mais pas de panique : ce ne sont pas des ennemis. Ces individus aident le couple à défendre son territoire, à trouver de la nourriture et même à élever les bébés. C’est ce que l’on appelle la reproduction communautaire : plusieurs adultes veillent ensemble à la croissance et au développement des petits. Cette reproduction communautaire fait partie intégrante de la vie sociale très riche de cet oiseau. Tout ce petit monde communique en poussant des cris pour prévenir d’un danger ou échanger des informations. Dans un an, les oisillons prendront leur envol. C’est alors qu’ils fondent leur propre famille sur un autre territoire ou restent au sein de leur groupe d’origine pour y jouer un rôle important.

Le mérion superbe vit dans les régions naturelles du sud-est de l’Australie, de préférence dans les sous-bois. Mais il s’est aussi adapté à la vie en ville, et il est courant de le croiser dans les rues des grandes villes du pays, comme Sydney, Melbourne ou Canberra, où il égaye parcs et squares de ses couleurs vives. Mais sa beauté n’est pas son seul atout : tu vas voir que cette petite boule de plumes te réserve encore quelques surprises.

La femelle mérion apprend un mot de passe à ses petits 

Pour mieux comprendre le mode de vie du mérion superbe, une équipe de scientifiques australiens a placé des micros sous des nids afin d’enregistrer ses conversations. À l’écoute, ils ont fait une découverte étonnante : la femelle mérion superbe parle à ses bébés alors qu’ils sont encore bien au chaud dans leur œuf. Et elle ne leur raconte pas n’importe quoi : elle répète un cri bien particulier.

Une fois sortis de leurs œufs, les petits piaillent et parmi leurs cris, les scientifiques ont identifié le cri que leur mère leur a appris avant leur naissance. Il s’agit en fait d’un appel pour réclamer à manger. Mais pourquoi la femelle se donne-t-elle autant de mal pour apprendre à ses petits à crier ? 

Le mérion superbe est en réalité victime des manigances d’un autre oiseau : le coucou. La spécialité du coucou, c’est de pondre ses œufs dans le nid d’autres oiseaux pour qu’ils s’en occupent à sa place. C’est ce que l’on appelle le parasitisme de couvée. Pour se protéger des intrus et éviter de nourrir des oisillons qui ne sont pas les siens, la maman mérion apprend donc à ses petits un cri unique. Chaque femelle transmet son propre code à sa progéniture. Lorsqu’elle revient au nid pour nourrir ses petits, elle attend qu’ils poussent ce cri précis avant de leur donner à manger. C’est un véritable mot de passe, qui lui permet de faire la différence entre ses bébés et ceux du coucou. Le mérion superbe est donc capable d’enseigner à ses petits. Et ses petits sont capables d’apprendre alors même qu’ils ne sont pas encore sortis de l’œuf. Comme quoi, on peut être un petit oiseau mais un grand professeur !