Le plaidoyer de Macklemore, écarté de la tournée d’Ed Sheeran pour ses propos sur la Palestine
Culture 14/09/2026 17:59 Actualisé le 14/09/2026 19:23
Le rappeur américain, très engagé sur le conflit israélopalestinien, devait assurer bon nombre de premières parties de la tournée américaine du chanteur britannique.

ARNAUD FINISTRE / AFP
Le rappeur américain Benjamin Haggerty, alias Macklemore, lors du festival français Goldencoast Rap, près de Dijon le 30 août 2026.
La tribune offerte par Ed Sheeran n’aura pas duré longtemps. Invité à assurer les premières parties de la tournée Loop du chanteur anglais aux États-Unis, l’artiste et rappeur Macklemore a été écarté ce lundi 14 septembre par Messina Touring Group, le tourneur américain d’Ed Sheeran.
Mais comment Macklemore en est-il arrivé là ? Lors du concert d’Ed Sheeran le 4 septembre dernier au MetLife Stadium, près de New York, Macklemore a profité de sa première partie pour passer un message politique qui lui tient à cœur.
« L’une des principales raisons pour lesquelles j’ai voulu faire cette tournée, c’est pour pouvoir me tenir dans des stades comme celui-ci et prononcer deux mots qui me tiennent particulièrement à cœur : “Free Palestine”. Je le répète : “Free Palestine !” Je veux que ces mots résonnent fort et clair, pour que les gens, de Gaza à la Cisjordanie occupée, sachent que nous ne les avons pas oubliés », avait lâché l’interprète du tube Can’t Hold Us. Durant sa prestation et ce discours, il avait également projeté des images de dévastation à Gaza et en Cisjordanie occupée.
Mise à l’écart sur demande des stades
Cette déclaration engagée, répétée le lendemain pour la deuxième date d’Ed Sheeran toujours au MetLife Stadium, avait aussitôt provoqué la polémique et entraîné la création d’une pétition pour écarter Macklemore. Le promoteur américain de la tournée du chanteur britannique a finalement annoncé ce lundi 14 septembre à Rolling Stone la mise à l’écart de Macklemore.
« En tant que promoteur des concerts de la tournée américaine Loop d’Ed Sheeran, nous avons été informés par les salles de concert des prochaines dates qu’elles refuseraient la présence de Macklemore à l’affiche, ce qui entraînerait l’annulation de la tournée et impacterait des centaines de milliers de fans », indique Messina Touring Group. « Après concertation avec les parties prenantes, Macklemore ne se produira pas lors des dates restantes », a tranché le promoteur américain.
Macklemore était pourtant prévu sur 8 des 10 prochains concerts d’Ed Sheeran sur le sol américain. Selon Rolling Stone, le Lincoln Financial Field de Philadelphie, le Gillette Stadium de Foxborough, le Mercedes-Benz Stadium d’Atlanta, le Lucas Oil Stadium d’Indianapolis, le Bank of America Stadium de Charlotte, l’AT&T Stadium d’Arlington et le Raymond James Stadium de Tampa en Floride auraient refusé d’accueillir le rappeur dans leur enceinte.
Peu après l’annonce, le rappeur s’est exprimé dans un long message sur Instagram. Il rappelle d’abord qu’il n’est pas une « victime », contrairement au « peuple palestinien ». Qualifiant Ed Sheeran de « frère », il reconnaît avoir eu des « conversations difficiles (avec lui) la semaine dernière », le « genre de conversation ancrée dans l’amour et le respect de l’autre qui s’achève malgré tout sur un désaccord ». Reprenant le fil de la polémique, il ajoute que c’est Ed Sheeran qui lui a fait part de l’ultimatum des stades.
Pink s’en prend à Macklemore
« Ed se trouvait dans une situation délicate. Il en était conscient. Sa position habituellement apolitique était remise en cause comme jamais auparavant. Il m’a confié que les mots “Free Palestine” et l’image du drapeau palestinien heurtaient la sensibilité de nombreuses personnes avec lesquelles il s’était entretenu. Je lui ai répondu que si ces mots étaient plus choquants que le massacre de dizaines de milliers d’enfants palestiniens par Israël, alors il y avait un décalage fondamental entre la position de ces personnes et la mienne », poursuit-il.
Et d’insister : « Je comprends pourquoi les gens (ne parlent pas). Prendre parti peut coûter cher. De l’argent, des accords avec des marques, des sponsors, des festivals, des relations. J’ai perdu toutes ces choses. Mais il n’y a pas de position neutre entre l’oppresseur et l’oppressé. » Le rappeur espère malgré tout que « ce n’est pas la fin de son amitié avec Ed » et assure que « (s)a porte sera toujours ouverte pour poursuivre la conversation ». Il récuse par ailleurs toute accusation d’antisémitisme, qui est « réel » mais est utilisé comme un « bouclier contre la critique de l’État israélien » selon lui.
L’engagement de Macklemore en faveur de la cause palestinienne est connu de longue date. En avril dernier, il avait par exemple signé un appel au boycott massif d’artistes contre la participation d’Israël au concours 2026 de l’Eurovision. Côté musique, il avait rendu hommage en 2024 aux manifestants pro-palestiniens de l’Université Colombia dans les paroles de sa chanson Hind’s Hall.
Ces derniers jours, la « polémique Macklemore » avait également fait réagir la chanteuse Pink. Cette dernière avait repartagé une publication Instagram du compte Stop Antisemitism qui jugeait la prise de parole de Macklemore « scandaleuse » et « inacceptable », estimant au passage que « les spectateurs méritent des excuses et un remboursement ».
« Un “repost” n’est pas une prise de position », a-t-elle été obligée de se justifier en ligne après de nombreuses réactions outrées de fans. Ce n’est « pas le slogan “Free Palestine”, ni le droit de quiconque de le dire » qui a « motivé son “repost” » expliquait-elle, mais le fait que le rappeur se soit « tenu devant un stade rempli de familles (avec des images violentes d’une guerre sur les écrans …) puis a pris le micro pour dire à tous les Juifs présents dans le stade que ça ne les concernait pas ». Lors du concert au MetLife Stadium, Macklemore avait en effet adressé un message à « tous [ses] frères et sœurs juifs », répétant que « critiquer Israël, dénoncer l’apartheid ou s’opposer au génocide ne revient en aucun cas à vous critiquer ». « Ce n’est pas à toi [de] décider à notre place », lâchait-elle.