Le retour inattendu d'Autour de Lucie: "J'ai une gestation de pachydermes. Mais ce qui est important, c'est le résultat"
On les pensait disparus à tout jamais. Onze ans sans nouvelles – ou presque – c'est une éternité à la vitesse où l'industrie musicale évolue aujourd'hui. Erreur, Autour de Lucie existe toujours bel et bien. Le groupe formé autour de Valérie Leulliot – fille de Jean-Michel Leulliot, grande voix du sport sur TF1, et de Maryse Gildas, grande voix d'Europe 1 et veuve de Philippe Gildas – qui a une longue histoire avec la Belgique, est aujourd'hui un duo, avec Sébastien Lafargue.
Il signe un sixième album : Hors Monde. De quoi faire ressurgir les souvenirs gravés par "L'accord parfait" ou "Je reviens" et se plonger dans leur univers actuel toujours aussi touchant.
Que s'est-il passé depuis son prédécesseur Ta Lumière particulière sorti en 2015 et pourquoi avoir attendu tant de temps pour revenir ? Ça fait long…
"Je sais, mais c'est le temps qu'il faut quand on a fait déjà plusieurs albums, à moins d'aimer faire des redites, ce qui n'est pas mon truc. C'est le temps qu'il faut pour peaufiner quelque chose dont on soit fier quand ça sort."
Voici pourquoi "Pop Model", album culte de Lio sorti il y a 40 ans, est un disque coup de poing et d'une modernité toujours d'actualitéEn dix ans, le monde de la musique, il a considérablement évolué. Il y a le streaming, etc. Je pense à l'envolée du streaming en 2014. Depuis, le monde de la musique a complètement changé.
"On va dire qu'il a fallu faire un reboot total. Avec Ta lumière particulière, on faisait tout à deux. On s'est demandé : est-ce qu'on se plonge encore dans un nouvel album ? On fait un morceau, puis un deuxième. On n'a jamais eu vraiment de plan. À partir du moment où on a dix chansons dont on est fiers, je pense qu'on peut dire qu'on a un album. Mais jusque-là, moi, je ne dis jamais que j'ai l'album. Tant que ce n'est pas terminé, que les mots ne sont pas tous adoubés par le comité d'écoute de moi-même, tant que tout ça n'a pas été validé, survalidé par nous deux, j'estime que l'album n'est pas fini. C'est hyperexigeantt parce qu'on sait qu'on ne va pas faire des albums tous les ans. La rapidité aujourd'hui à laquelle vont les choses, moi, ça ne me parle pas du tout. Je ne comprends pas. Je ne suis pas du tout d'accord avec ça. Il y a une espèce de folie là-dedans. Ce n'est pas le bon rythme."

Autour de Lucie a toujours pris son temps, depuis le début ?
"Il y avait chaque fois trois ans entre les albums. Je suis quelqu'un de lent, c'est mon caractère. Un album tous les trois ans, je trouve que c'est un bon rythme. Le premier, on met 25 ans à l'écrire. Ensuite, on a l'accueil des gens et si ça se passe bien, on fait des concerts, sauf explosion énorme, ce qui n'a pas été notre cas même si on a reçu un très joli accueil. Vite, vite, on nous a dit qu'il fallait faire un deuxième qui est sorti en 1997, avec une tournée aux États-Unis qui a duré cinq semaines. C'était énorme. Il faut se remettre de tout ça. Et après, il faut aussi se mettre en danger. Quand on compose, on est souvent dans des automatismes et je n'ai pas envie de ça. Donc, il faut apprendre un nouvel instrument. À l'époque, c'était le sampler, avec l'arrivée de l'électro. Ça a donné le troisième album en 2000. On a quand même tenu un rythme pour les quatre premiers albums, c'est pas mal. Je ne peux pas faire plus rapide. Ensuite, on n'a plus eu de manager, plus de label, puis le tourneur qui vous lâche parce que ça ne fonctionne pas assez, ce n'est pas assez rentable. Il faut se remettre en question, se dire, est-ce que je continue ? Est-ce que ça vaut le coup ? Est-ce que les gens m'attendent ? C'est compliqué. Quand on vous lâche, c'est toujours très désagréable."
Autour de Valérie...La question s'est posée d'arrêter après 2004 ?
"Quand on est dans un métier comme le nôtre, on se pose toujours la question. On est tout le temps dans le doute. L'important, c'est le désir de proposer quelque chose. Est-ce que j'aime toujours ce que je fais, c'est ça le sel de tout artiste. Donc, quand il y a des événements négatifs, que ce soit dans la vie privée, dans la vie professionnelle ou dans la vie générale, parce qu'on ne peut pas dire qu'on soit dans un moment extrêmement jovial, tout ça joue sur le moral de la personne qui compose et qui écrit. Après, quand je vois comment l'album est accueilli, c'est sûr que ça fait du bien."
Quel est l'élément déclencheur qui a donné ce nouvel album après onze ans d'absence ?
"En 2015, on a fait une petite tournée. à l'époque, la pop commençait à ne plus être dans le coup. À nouveau, notre tourneur nous a lâchés. On s'est retrouvés tout seul et on a rencontré quelqu'un qui nous propose de faire un 45 tours en crowdfunding, chose que nous ne connaissions pas. C'est comme ça qu'on est revenu doucement dans la partie. On a été très bien coaché par Jean-Charles Dufeu du label Microculture, une structure fondée pour aider les artistes à faire du crowdfunding. Quand on a vu que ça pouvait fonctionner, que les gens étaient là, qu'il y avait quand même un peu de répondants, on s'est dit OK, faisons ce 45 tours. Et on voulait refaire des concerts, mais le Covid est arrivé et a cassé les pattes de tout le monde. Donc, on s'est enfermé dans le studio, on a bossé, terminé l'album qui est sorti en mai dernier."

Une longue absence ne constitue-t-elle pas un risque de se faire oublier du public ?
"Je n'ai jamais pensé comme ça, c'est mon rythme qui dicte le truc. Or, je sais que j'ai une gestation de pachydermes. Mais ce qui est important, c'est le résultat, ce qu'on va se mettre dans les oreilles. Là, je suis ravie parce que nos amis belges se manifestent alors que je n'avais plus de nouvelles d'eux depuis pas mal de temps."
Qu'elle est votre histoire avec la Belgique ?
"Pour moi, tout a commencé par la Belgique, avec un concert à Liège, en ouverture de Dominique Dalkan. C'était Rudy Léonet qui s'occupait de ce concert. Et j'ai eu mes tout premiers émois de scène en Belgique, avec Rudy Léonet. C'était fantastique. On avait aussi des copains qui avaient monté un petit festival avec comme invités : Dominique A, Philippe Katerine et Autour de Lucie… On était partis à Liège tous ensemble aussi. Il y a une photo de cette époque-là qui circule sur Facebook. En fait, nous, tout a commencé par la Belgique, c'est pour ça que j'ai beaucoup d'affection pour votre pays. Par après, on a beaucoup tourné chez vous, même qu'à un moment donné, Rudy m'a dit que nous venions un peu trop souvent. Pour moi, ce n'est jamais trop. J'ai même mixé chez vous mon album solo, Caldeira. C'était à Louvain. J'aime les Belges. J'adore votre sens de l'humour, votre pas de côté. J'ai toujours trouvé qu'en Belgique, il y avait cette curiosité, ce mélange que j'aimais bien. Vous étiez les premiers à me parler d'électro, parce que vous êtes au milieu de pas mal d'influences. La Belgique, c'était la France, mais en beaucoup plus moderne, sans œillères. Je trouve dommage de ne pas venir plus souvent en Belgique."
Y a-t-il des concerts de prévus pour soutenir ce nouvel album ?
"Pour la Belgique. il n'y a rien pour le moment. En France, il y a quelques petits concerts. On joue à deux à la guitare, avec notre ami l'ordinateur. C'est une formule acoustique. Mais j'aimerais proposer le disque à quatre sur scène. J'y travaille."
Paris, New York, Los Angeles, Londres, Berlin, Barcelone: Angèle voit XXL et dévoile sa tournée mondiale à venirS'il est difficile de trouver un financement pour faire un album, est-il tout aussi compliqué de trouver des dates de concert ?
"C'est très difficile. À chaque fois que j'en parle, on me dit : 'oh là là, c'est compliqué'. Ou alors : 'j'adore votre projet, mais je ne le ferai pas'. Il y a beaucoup moins de subventions, ce que je peux comprendre. Et puis, la musique a changé. Aujourd'hui, l'urbain qui a le vent en poupe. C'est normal que les jeunes écoutent une musique différente de la nôtre. Mais moi, je suis extrêmement têtue et fidèle. Je pense que les gens ont toujours envie d'écouter des guitares, de beaux textes et de belles chansons. Alors, je me bats pour que ce petit pré carré perdure. Mais c'est vrai que ce n'est pas évident. C'est un peu les croisades."
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