Trains CFF : l'anglais est-il trop présent dans les annonces ?
L'anglais prendrait trop souvent le pas sur les langues nationales dans les annonces des CFF. Le conseiller national PLR vaudois Daniel Ruch demande au Conseil fédéral de se saisir de la question et souhaite qu'au moins deux langues nationales soient prioritaires.
Dans les gares et les trains, les annonces sont généralement diffusées dans la langue du lieu, puis souvent en anglais. Selon Daniel Ruch, auteur d'une interpellation déposée en juin, ce choix se fait au détriment des autres langues nationales, et notamment de l'italien. "L'anglais ne s'ajoute pas aux langues nationales. Il en remplace une. C'est ça le problème", estime-t-il dans Forum dimanche.
Pour l'élu vaudois, l'ordre des langues dépasse la simple question pratique. "L'ordre des langues n'est pas un détail technique. Il dit implicitement qui est considéré comme le destinataire principal du service public", souligne-t-il. Or, il rappelle que les usagers des transports publics sont très majoritairement des résidents suisses.
>> L'interview de Daniel Ruch dans Forum :
KEYSTONE - ANTHONY ANEX
Des annonces courtes pour les CFF
Les CFF défendent leur pratique par des impératifs de compréhension. La langue du lieu reste toujours prioritaire et, dans les villes bilingues comme Bienne ou Fribourg, les deux langues locales sont utilisées. Dans les destinations très touristiques, l'anglais permet ensuite de s'adresser au plus grand nombre.
L'argument touristique a ses limites. Par exemple, ça n'explique pas pourquoi l'italien, langue officielle de la Confédération, est quasiment absente
Multiplier les langues rendrait aussi les annonces trop longues et donc moins audibles. "Notre vocation première, c'est de faire en sorte que les annonces soient comprises par nos clients", explique Jean-Philippe Schmidt, porte-parole des CFF. L'entreprise estime également contribuer à la cohésion nationale en reliant quotidiennement les différentes régions linguistiques.
La justification ne convainc qu'en partie Daniel Ruch. "L'argument touristique a ses limites. Par exemple, ça n'explique pas pourquoi l'italien, langue officielle de la Confédération, est quasiment absente", répond-il. L'élu pointe également les conséquences pratiques pour un Romand qui ne maîtriserait ni l'allemand ni l'anglais: une annonce concernant un changement de train pourrait lui échapper et lui faire manquer une correspondance.
Vers une règle pour les entreprises de transport?
Daniel Ruch souhaite désormais une prise de position du gouvernement. "J'attends d'abord du Conseil fédéral une réponse de principe", explique-t-il. Il veut savoir si une entreprise soutenue par la Confédération peut faire passer une langue étrangère avant une langue nationale dans ses communications aux voyageurs.
Le conseiller national souhaite ensuite "un cadre clair pour les entreprises concessionnaires", avec un principe: au moins deux langues nationales devraient précéder toute langue étrangère dans les annonces. Selon la réponse du gouvernement, Daniel Ruch n'exclut pas de poursuivre son offensive au Parlement, éventuellement par le dépôt d'une motion.
Propos recueillis par Coralie Claude
Adaptation web: Raphaël Dubois