Les Daktylides, rois de Mykonos
En 1980, George Daktylides choisit cet emplacement avec vue sur la mer et les moulins à vent du XVIe siècle pour ouvrir sa seconde pension de famille, Korali. Elle devient au fil du temps l’un des hôtels les plus luxueux de l’île.
© Eric Hadj / N/C
Jeanne Le Borgne 01/08/2026 à 06:30, Mis à jour le 01/08/2026 à 06:30
En cinquante ans, cette famille a bâti un empire hôtelier qui accueille 250 000 touristes sur le joyau chic de la mer Égée.
Très prisée de la jet-set, des fashionistas et de la communauté LGBT, Mykonos, petit caillou aride au milieu de la mer Égée, a été mise en lumière dans les années 1950 par Aristote Onassis. L’armateur l’a alors fait découvrir au monde entier en y invitant ses célèbres amis, de Grace Kelly à Jackie Kennedy. C’est, depuis un demi-siècle, l’île grecque de la fête par excellence. Que ce soit sur la plage ou dans un club, et particulièrement au Jackie O’, les nuits sont rythmées par des playlists endiablées, les bouchons de champagne qui s’envolent et tous les excès imaginables. Une ambiance festive qui attire les hommes d’affaires en quête de décompression ou les futurs mariés venus « enterrer » leurs jeunes années façon hippie. Mais, aux premières lueurs du soleil, l’île change de visage. Le son des basses est remplacé par celui des oiseaux, des vagues, du vent, de l’apaisement. « Mykonos est un lieu où la beauté de la nature s’harmonise avec la beauté de l’esprit humain », disait Maria Callas.
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Depuis 1979, c’est le luxe de cette simplicité que la famille Daktylides cultive. À l’époque, George Daktylides, conducteur de bus, a un éclair de génie : pour faire face à la montée du tourisme, ce natif de l’île a l’idée de construire de ses mains le tout premier hôtel privé de Mykonos. Une pension de famille avec vue sur la mer Égée et les emblématiques moulins à vent du XVIe siècle. Les clients sont accueillis par sa femme, Eleftheria, et servis par ses quatre fils : Panos, Markos, Vangelis et Marios. « L’été, mon père se transformait en réceptionniste, chauffeur et barman. Ma mère s’occupait du petit déjeuner, du ménage et des attentions pour les clients. Et nous, nous faisions le reste », se souvient Vangelis Daktylides, aujourd’hui P-DG de la Myconian Collection. L’établissement rencontre un franc succès. Les clients affluent des États-Unis, d’Australie, du Brésil et de l’ouest de l’Europe – poussant George Daktylides à bâtir un second hôtel et ses quatre garçons à intégrer l’École hôtelière de Lausanne, en Suisse.
La Myconian Collection réalise un chiffre d’affaires annuel de 50 à 70 millions d’euros
Quarante-sept ans après, la famille possède quinze des plus luxueux hôtels de Mykonos, soit 1 200 chambres et villas sises dans les coins les plus prisés de l’île : Deos se situe à moins de cinq minutes du centre-ville alors que Sunrise a les pieds dans le sable du paradis sauvage d’Agrari. « Chaque établissement a sa propre identité, explique Vangelis Daktylides. Certains sont adaptés aux vacances entre amis, d’autres pour une demande en mariage ou une lune de miel, d’autres encore pour les familles… Mais tous ont pour point commun de donner le sentiment d’être “comme à la maison” tout en offrant des prestations très haut de gamme. » Le tout sans aucun artifice.
Exit le bling-bling, place à l’holistique avec une architecture épurée, des chambres où le regard est uniquement happé par la piscine privée et la vue sur la mer, des plages avec des matelas ultra-moelleux et nulle autre musique que celle de la nature, des spas avec des soins de marques prestigieuses et des restaurants sublimant les produits locaux. Plusieurs établissements sont d’ailleurs labellisés Relais & Châteaux.
Leur stratégie gagnante : un état d’esprit familial et des hôtels à taille humaine
Une offre qui séduit une clientèle internationale. Ainsi, entre juin et octobre, 250 000 touristes sont accueillis par la famille Daktylides. Et pour être certains que tous les besoins de ces prestigieux vacanciers soient satisfaits, chaque frère a la responsabilité de trois à quatre hôtels. Ils y sont présents de l’aube au coucher du soleil, mobilisés aux côtés de leurs 1 350 employés. « Le côté familial est ce qui a fait le succès de notre père et nous y tenons, insiste Vangelis Daktylides. Du haut de ses 84 ans, il reste très impliqué, et la nouvelle génération est déjà en train d’arriver : à 25 ans, la plus âgée de mes nièces gère les réservations de l’un de nos hôtels. »
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Vangelis Daktylides, P-DG de la Myconian Collection.
N/C / © Eric Hadj
Être implanté ici depuis toujours et faire partie des 10 000 résidents permanents fait aussi que Vangelis et ses frères connaissent tout le monde. Alors, pour leurs clients, aucune soirée n’est jamais réellement « complète », y compris lorsqu’il s’agit d’une fête privée au Scorpios, l’un des établissements les plus courus (105 euros le grand verre de rosé). Côté activités, ils peuvent également compter sur les meilleurs prestataires, que ce soit pour un survol de l’île en hélicoptère ou une virée en yacht à la découverte de Délos ou de Santorin avec la compagnie YAL’OOU, fondé par le Français Laurent Labarthe Medrano. « Nous avons également des contrats avec les pêcheurs et les producteurs pour avoir les meilleurs produits, confie le patron. Si un client oublie son passeport, je n’ai qu’un appel à passer à mes amis douaniers ou directement au pilote de l’avion pour qu’on l’attende. Et si quelqu’un se blesse, j’appelle la clinique la plus proche pour qu’il soit prioritaire. »
Les frères Daktylides ont aussi fait construire une école de 180 places pour le village d’Ano Mera
Une faveur d’autant plus facile à obtenir que la famille Daktylides a financé 18 studios pour accueillir gracieusement les médecins mobilisés ici durant l’été et met à disposition de l’hôpital son équipe de maintenance. Elle fait également don de ses draps et serviettes, changés tous les deux ans, à l’hôpital d’Athènes. Les frères Daktylides ont aussi fait construire une école de 180 places pour le village d’Ano Mera, qui en était dépourvu, ainsi que des appartements pour les enseignants venus du continent. « Soutenir le développement de notre île est essentiel, appuie Vangelis Daktylides. Non seulement parce que nous venons d’ici, mais aussi parce que si nous voulons offrir le meilleur de Mykonos à nos clients, il est essentiel que notre île reste exceptionnelle. »
Deos, Sunrise, Kyma… Chaque établissement a sa propre identité mais tous cultivent le côté « comme à la maison ».
N/C / © Eric Hadj
Cette volonté de préserver au maximum l’île se traduit dans la stratégie de développement de la Myconian Collection : si les Daktylides ont la chance d’avoir des terrains, hors de question de venir tout bétonner. Les hôtels sont à taille humaine. Le plus exclusif de tous, le Kyma, ne compte que 18 suites. Chaque année, le groupe réalise un chiffre d’affaires compris entre 50 et 70 millions d’euros. « Cette saison s’annonce néanmoins plus délicate, glisse Vangelis Daktylides. Il demeure un climat d’incertitude en raison de la guerre au Moyen-Orient : les clients américains situent la Grèce trop proche de la zone de tension et les habitants du Golfe ne voyagent plus, tandis que les Européens sont plus frileux pour des raisons économiques. » Nul doute néanmoins que le petit-fils d’Apollon, Mycon, à qui l’île doit son nom, continuera de veiller sur elle en attendant des jours meilleurs.
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