Les géants de l'IA se lancent dans la bataille du smartphone
Publié le 13 octobre 2026 à 19:40 par Sirius
Cristiano Amon, le patron de Qualcomm, a révélé que des entreprises majeures de l'IA travaillent sur leurs propres smartphones. Leur objectif d'ici 2028 : faire tourner en continu un modèle de 100 milliards de paramètres. Un défi technique immense qui pourrait redéfinir le marché et lancer un nouveau cycle de renouvellement pour nos appareils.
La confirmation est venue lors d'un entretien du PDG de Qualcomm, Cristiano Amon. Sans citer de noms, il a affirmé que les « entreprises à la pointe de l'IA commencent à faire des téléphones ». Cette déclaration met fin à des mois de spéculations, notamment autour d'OpenAI. L'ambition affichée est colossale : ces nouveaux acteurs exigent des puces capables de faire fonctionner en permanence des modèles d'au moins 100 milliards de paramètres d'ici 2028. C'est un véritable bond en avant qui se prépare, visant à intégrer des agents IA directement au cœur du matériel pour une expérience utilisateur totalement nouvelle.
Pourquoi ce projet représente-t-il un saut technologique majeur ?
L'objectif de faire tourner un modèle de 100 milliards de paramètres en local est un défi technique colossal. Pour situer l'échelle, les puces les plus performantes de Qualcomm aujourd'hui, comme la Snapdragon 8 Elite Extreme Gen 6, gèrent des modèles d'environ 30 milliards de paramètres, et ce, de manière optimisée grâce à une architecture qui n'active qu'une fraction des paramètres à la fois. Apple, de son côté, a présenté un modèle local de 20 milliards de paramètres. Tripler cette capacité en quelques années seulement relève de la prouesse.
Qualcomm’s CEO on the coming AI phone supercycle@cristianoamon on the China vs. US AI sentiment, how AI is changing smartphones and wearables, Qualcomm’s data center strategy, and 6G.
We discuss why he thinks phones aren’t going away, how agents will use our personal context,… pic.twitter.com/0nFU1F7ZIX
— Alex Heath (@alexeheath) October 8, 2026
Le premier obstacle, et non des moindres, est celui de la mémoire vive. Un tel modèle, même compressé, occuperait environ 50 Go de RAM, alors que les smartphones haut de gamme actuels dépassent rarement 16 ou 24 Go. Vient ensuite la question cruciale de l'autonomie. Faire fonctionner un si grand modèle « en permanence » consommerait une quantité d'énergie phénoménale, un cauchemar pour les batteries actuelles. Les solutions de contournement existent, comme charger des parties du modèle depuis le stockage ou utiliser des puces dédiées pour les tâches de fond, mais elles ne résolvent pas l'équation fondamentale posée par une telle ambition.
Quels acteurs de l'IA sont déjà passés à l'action ?
Si Cristiano Amon reste discret sur l'identité de ses clients, les regards se tournent inévitablement vers les principaux laboratoires d'intelligence artificielle. Le cas le plus concret vient de Chine, où ByteDance, la maison mère de TikTok, a collaboré avec ZTE pour lancer le Nubia M153. Ce téléphone, conçu autour de l'assistant Doubao, a connu un succès immédiat avant de se heurter à des blocages de la part d'applications majeures comme WeChat, soulignant les défis d'intégration dans l'écosystème existant.
L'autre grand nom est bien sûr OpenAI. Les rumeurs, relayées notamment par l'analyste Ming-Chi Kuo, évoquent un appareil conçu autour d'agents IA plutôt que d'applications traditionnelles. L'objectif pour l'entreprise serait de maîtriser à la fois le matériel et le système d'exploitation pour offrir une expérience d'agent IA complète, sans les restrictions imposées par Google sur Android. En contrôlant l'ensemble de la chaîne, OpenAI pourrait enfin libérer le plein potentiel de ses technologies directement dans la poche de l'utilisateur.
Quel est l'enjeu économique derrière cette nouvelle ambition ?
Cette effervescence survient dans un contexte de marché morose. Les livraisons mondiales de smartphones ont connu une baisse historique, en partie à cause de la flambée des prix des composants, notamment la mémoire. Pour Cristiano Amon, l'arrivée de ces nouveaux appareils pilotés par l'IA pourrait déclencher un « supercycle » de renouvellement, comparable à la transition vers les smartphones à l'époque de l'iPhone. L'argument de vente ne serait plus l'application, mais l'agent personnel capable de comprendre le contexte de l'utilisateur et d'agir en son nom.
Pour un fournisseur comme Qualcomm, cette tendance est une aubaine. Même si un acteur comme OpenAI choisissait un concurrent tel que MediaTek pour sa première puce, la demande globale pour une puissance de calcul embarquée toujours plus grande assure un avenir radieux au secteur. Alors qu'Apple développe ses propres puces, voir émerger de nouveaux clients aussi exigeants est une garantie de croissance et de pertinence pour les années à venir.
Journaliste GNT en direct d'Alpha Canis Majoris
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